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ECONOMIE

Chakib Alj : “Nous sommes prêts pour industrialiser davantage notre pays”

Chakib Alj s’est livré, durant cet échange réalisé dans le cadre de la Journée nationale de l’industrie, sur les forces et faiblesses de l’industrie marocaine. Le président de la CGEM dresse un état des lieux de ce qu’il reste à accomplir dans les prochaines années pour renforcer le tissu industriel, monter en gamme et créer de nouveaux écosystèmes.

Chakib Alj : “Nous sommes prêts pour industrialiser davantage notre pays”
Chakib Alj, président de la CGEM lors d'un entretien avec Médias24, pendant la 2ème édition de la Journée nationale de l'industrie. Crédit : DR
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Le 16 octobre 2024 à 17h15 | Modifié 21 octobre 2024 à 14h56

Industrialisation, création d’écosystèmes, montée en gamme de l’industrie, ce sont les thématiques fortes que met en avant le président de la CGEM, Chakib Alj dans cet entretien avec Médias24, en marge de la 2ème édition de la Journée nationale de l’industrie.

Le patron des patrons détaille la recette idéale pour enrichir et solidifier le paysage industriel marocain.

Il faut simplifier le parcours de l'investisseur pour accompagner justement la montée en gamme dans notre industrie et impliquer davantage le privé dans la formation professionnelle.

Médias24. En quoi cette deuxième édition de la Journée nationale de l'industrie est-elle importante pour la CGEM ?

Chakib Alj. Le discours de Sa Majesté lors de la 1ère édition a tracé une feuille de route claire sur ce qu'on doit faire pour développer l'industrie dans notre pays. À mon sens, la prise de conscience est générale, que ce soit au niveau des entrepreneurs ou au niveau de l'administration et du gouvernement. Nous sommes maintenant prêts pour industrialiser davantage notre pays.

Ces dernières années, les infrastructures mises en place sont de première classe. Et ceci au niveau portuaire, des aéroports, des autoroutes, de la logistique et de la production d’énergie. Dans le secteur de l’énergie propre, nous visons 52% d’ici 2030. Afin d’amortir ces investissements, nous avons besoin d'investir dans notre industrie, et de créer plus d'emplois. Avec l’expérience du Covid-19, nous nous sommes rendus compte que nous avons besoin d’être autosuffisants sur certains produits.

Le capital humain marocain a montré qu’il est capable de créer un écosystème en moins de 15 ans, que ce soit dans l’automobile et l’aéronautique. Nous sommes en train de faire la même chose pour le textile. Nous allons développer encore d’autres écosystèmes.

Le gouvernement est présent, et il est à l’écoute. Ce genre d'initiatives va créer une émulsion où les gens, du secteur public ou privé, vont se rendre compte que le potentiel industriel du royaume est énorme.

- La montée en gamme de notre industrie est au coeur des échanges. Qu'est-ce qui nous manque pour aller vers cette montée en gamme ?

- 80% du travail a été fait, maintenant, ce qui manque, réellement, c'est la simplification administrative. Il faut simplifier le parcours de l'investisseur, la formation professionnelle pour accompagner justement la montée en gamme dans notre industrie et impliquer davantage le privé dans la formation professionnelle.

Les meilleurs exemples sont les secteurs de l'automobile, l'aéronautique, et l'industrie textile. Cela prouve que quand les professionnels s'impliquent, l'emploi et la création d'emplois sont beaucoup plus professionnels.

Ce modèle doit être dupliqué afin que les professionnels soient impliqués dans la formation de leurs futurs ingénieurs ou techniciens. Il y a également la disponibilité du foncier, sujet sur lequel il y a une prise de conscience.

Maintenant, il faudrait faciliter les autorisations. Certaines personnes ont des terrains, et veulent en faire des zones industrielles. Pourquoi ne pas leur faciliter la tâche pour qu’ils puissent créer des bassins industriels et de l’emploi ?

Il va falloir que les banques commencent à choisir en fonction de la qualité du projet et non pas seulement de la qualité de l'investisseur.

En 20 ans, nous avons connu des changements et révolutions. On ne connaît pas les métiers de demain, et à quoi ils vont ressembler. Donc, il faudrait anticiper et avoir un code du travail beaucoup plus équilibré entre l’employé et l’employeur.

L’aspect financement est primordial. Il faut que les banques puissent suivre et deviennent audacieuses. Il va falloir que les banques commencent à choisir en fonction de la qualité du projet et non pas seulement de la qualité de l'investisseur.

Je pense que la voie est tracée, la vision est claire, autant chez le gouvernement, l'administration ainsi que dans le secteur privé. On y croit très fort !

Il y a beaucoup d'opérateurs qui, maintenant, pensent à s'industrialiser. Il ne faut pas oublier que dans les années 80-90, beaucoup de gens ont quitté l'industrie pour se diriger vers l'immobilier, vers des choses plus faciles. Prenons l'exemple de Fès, Meknès, des villes sinistrées, qui étaient des fleurons de l'industrie marocaine. Maintenant, je pense qu'il faut faire revivre leur potentiel.

- Vous dites que les investisseurs, aujourd'hui, reviennent à l'industrie et que des régions qui étaient par le passé des fleurons sont en souffrance. Comment la CGEM peut pousser l'industrie à revenir dans ces régions et sortir de l'axe traditionnel que l'on connaît ?

- On peut mentionner Fès, Meknès, Oujda, ces régions ne connaissent pas le développement qu'elles méritent. Maintenant, la charte d'investissement donne des incitations pour aller vers des régions excentrées.

On voit beaucoup d'entreprises multinationales qui vont investir à Oujda, dans la câblerie, où dans des zones excentrées parce qu'elles cherchent un bassin de travail, où elles vont s'installer. La région Fès-Meknès a beaucoup de potentiel, et de disponibilité de main-d'œuvre. Il faudrait déjà commencer par développer cette zone.

Il va y avoir des investissements importants dans l'écosystème de l'industrie du textile. C'est l’occasion de re-dynamiser et refaire vivre la zone Fès-Meknès à travers le textile, par exemple, ou l'automobile avec les gigafactories qu'ils vont avoir, et tout l'écosystème qui va se créer autour des batteries.

Nous espérons que les fruits seront récoltés rapidement puisque tous les ingrédients sont là. Il faut juste que tout le monde mette la main à la pâte.

- Aujourd'hui, ose-t-on investir davantage dans l'industrie ? A-t-on ce mindset qui change pour se diriger vers l'industrie ?

- Il faut avoir un ADN industriel. Moi, j'ai cet ADN, donc pour moi, c'est logique d'aller vers l'industrie. Il faut créer cet ADN, et cela se fait au niveau de la formation et de l’entrepreneuriat. Il faut goûter à l’industrie, je pense qu’il n’y a pas mieux.

En mettant à disposition le foncier, et des crédits, je pense qu'il n'y a plus d'excuse. Il faut y croire. Il faut se dire que nous avons des jeunes talents avec des idées géniales. Le Royaume est l’un des rares pays à avoir autant d’accords de libre-échange, avec l’Europe, les Etats-Unis et le Moyen-Orient. Beaucoup de personnes souhaitent investir au Maroc, des étrangers aussi. Pourquoi les Marocains n’investiraient pas dans leur pays ?

Le but de cette 2ème édition de la Journée nationale de l’industrie est de poser les problématiques, les débattre et trouver des solutions ensemble. Nous travaillons en partenariat avec le gouvernement. Nous espérons que les fruits seront récoltés rapidement puisque tous les ingrédients sont là. Il faut juste que tout le monde mette la main à la pâte.

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Le 16 octobre 2024 à 17h15
SOMMAIRE DU DOSSIER
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