Chaînes de valeurs industrielles. “Il y avait beaucoup de complémentarité sur le continent à exploiter” (Abdou Diop)
Abdou Diop était notre invité, lors de la 2ème édition de la Journée nationale de l’industrie. Dans cet entretien, le président de la Commission Afrique de la CGEM a livré, en primeur à Médias24, des détails de l’étude sur la complémentarité des chaînes de valeurs dans le continent africain, et le devenir de la ZLECAF.
Abdou Diop s’est livré, durant cet échange, réalisé dans le cadre de la 2ème édition de la Journée nationale de l’Industrie, à propos d'une étude sur la complémentarité des chaînes de valeurs africaines, les défis que rencontre le continent et l’avenir de la ZLECAF.
Le président de la Commission Afrique de la CGEM s’est prêté au jeu des questions-réponses sur le plateau de Médias24, délocalisé à l'Université Mohammed VI Polytechnique - Benguérir pour l’occasion. Interview.
Médias24. Le président de la CGEM a mentionné une étude qui a été faite sur la complémentarité des chaînes de valeurs africaines dont les résultats allaient bientôt être révélés. Vous avez coordonné cette étude. Que pouvez-vous nous en dire ?
Abdou Diop. Le point de départ est un constat : sur beaucoup de chaînes de valeurs industrielles où le Maroc s'est positionné sur le plan mondial, il y avait beaucoup de complémentarités sur le continent, mais non exploitées. Le Maroc est en train de prôner le Made in Africa, la co-construction, le co-développement, mais nous nous rendons compte que sur des chaînes de valeurs comme l'automobile, le textile ou autres, nous avons la capacité de renforcer les complémentarités sur le continent, mais on ne l'exploite pas. Prenons l'exemple du textile. Aujourd'hui, il y a du coton sur le continent, malheureusement, nos industries s'approvisionnent ailleurs.
Il est important qu'en tant que secteur privé, nous prenions le dessus pour d'abord identifier à travers des exemples ces potentialités et les mettre à la disposition de nos confrères du secteur privé des autres pays. D'où l'idée de cette étude. Nous avons choisi quatre secteurs où nous avons étudié des complémentarités et à l'occasion d'un événement, nous les mettrons à disposition des autres acteurs du secteur privé panafricain pour discuter de la manière d’avancer et de travailler sur la production concrète de projets de transformation industrielle.
Prenons l'exemple du textile. Aujourd'hui, il y a du coton sur le continent, malheureusement, nos industries s'approvisionnent ailleurs
Nous avons choisi en fait quatre secteurs qui sont des quick wins en termes de potentiel. Le textile, l’automobile, l’agro-alimentaire et l’électrique sont les secteurs clés de l’étude que nous avons menée pour identifier des complémentarités. Nous allons présenter tout cela le 3 décembre lors d'un forum de la PME africaine que nous tiendrons inchallah à Rabat.
- Il est connu que le continent ne transforme pas assez cette matière première dont il regorge et que nous perdons beaucoup de valeurs à exporter des produits bruts, pour ensuite les réimporter transformés. Pourquoi n’avons-nous pas entamé cette démarche auparavant ?
- Je pense que sur le continent africain, nous étions dans une logique d'exportation des matières brutes. Depuis l’indépendance, c’était la solution la plus facile, les personnes qui produisaient du coton l'exportaient brut, ainsi que ceux qui produisaient du phosphate ou ceux qui avaient d'autres minerais. Avec le Covid, il y a une dynamique qui a commencé à shifter où les gens ont commencé à revenir sur l'importance de la souveraineté industrielle. Il y a désormais une prise de conscience qu’il faut plus de valeurs ajoutées locales.
Les pays ont compris que la valeur ajoutée se faisait ailleurs, donc ces pays sont plus ouverts à faire un saut industriel et c'est le moment que nous avons choisi pour le faire. Il y a un saut qualitatif qui a été fait en termes de disponibilité énergétique dans un certain nombre de pays et sur la logistique. Les conditions sont un peu plus favorables à l’industrie. Pourquoi nous ne l'avons pas fait avant ? Disons qu'aujourd'hui en tout cas le moment est venu.
- Lorsque vous allez présenter l’étude, est-ce que vous allez présenter des projets ou des opportunités ?
- Il s’agit d’un projet complet où nous analysons des complémentarités avec les plus et les moins. Ensuite, le choix des sous-segments de chaque secteur où il y a possibilité de complémentarité entre les pays à potentiel pour aboutir à des fiches projets.
L'idée c'est de présenter les conclusions lors d'une plénière et ensuite de travailler sur des ateliers thématiques où nous allons nous concentrer sur des projets concrets.
C'est vraiment à la manière du secteur privé, il ne s'agit pas uniquement de faire des études mais il s'agit de concrétiser les choses.
- Nous parlons d'Afrique, il est essentiel de faire un point sur l'avancement de la ZLECAF - la zone de libre-échange africaine. Où est-ce qu'on en est aujourd'hui ?
- La ZLECAF, sans faire de bruit, avance. Il y a 27 pays qui commercent dans ce cadre. Dorénavant, nous avons un certain nombre d'outils qui nous permettent sur un certain nombre de nomenclatures de pouvoir commercer dans le cadre de la ZLECAF. Toutefois, il s’agit d’une phase test.
La ZLECAF, sans faire de bruit, avance. Il y a 27 pays qui commercent dans ce cadre
D’une part, il faut une accélération industrielle des pays africains pour que nous puissions avoir plus de produits à mettre sur la table. Si nous voulons commercer sur le continent africain, il ne faut pas que ce soit uniquement les gros pays industriels actuels à savoir le Maroc, l'Égypte, l'Afrique du Sud, le Kenya ou la Côte d'Ivoire qui en bénéficient. Il faut que tout le continent en bénéficie. Il faut que nous travaillions davantage pour sortir la propriété intellectuelle industrielle et pour protéger les investissements. C’est très important puisque nous avons encore des entreprises qui ont peur d'envoyer des produits dans certains pays, de peur que ce soit copié sans qu'ils ne puissent rien faire. La ZLECAF a été lancée depuis trois ans. Je pense qu’il est encore tôt pour tirer des bilans mais les gens commencent à commercer.
Nous sommes dans une phase d'entraînement pour permettre progressivement aux différents pays de rentrer dans la danse pour que d'ici une dizaine d'années nous puissions vraiment avoir une ZLECAF opérationnelle.
Selon moi, il faut lui donner 10 à 15 ans. Donc rendez-vous entre 2031 et 2035 pour vraiment qu'elle soit opérationnelle.
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