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Dossier Cet article est issu du dossier «2e Journée nationale de l'industrie» Voir tout le sommaire
ECONOMIE

Mia Lahlou-Filali : “Il faut changer de paradigme et sanctuariser le made in Morocco”

La vice-présidente de la CGEM a évoqué, durant cet échange réalisé dans le cadre de la 2e édition de la Journée nationale de l’industrie, le "made in Morocco", l’industrie pharmaceutique, les prix des médicaments et l’industrie cosmétique, entre autres.

Mia Lahlou-Filali : “Il faut changer de paradigme et sanctuariser le made in Morocco”
Mia Lahlou-Filali, vice-présidente de la CGEM lors d'un entretien avec Médias24, lors de la 2ème édition de la Journée nationale de l'industrie. Crédit : DR
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Le 22 octobre 2024 à 8h30 | Modifié 22 octobre 2024 à 8h14

La place du Maroc dans l’industrie du cannabis légal, la marque marocaine à l’international, la souveraineté sanitaire... autant de sujets sur lesquels la vice-présidente de la Confédération générale des entreprises du Maroc et directrice de Pharma, Mia Lahlou-Filali, s’est livrée à Médias 24, dans un entretien exclusif lors de la 2e édition de la Journée nationale de l’industrie.

Médias24 : Lors de votre intervention pendant la Journée nationale de l'industrie, vous avez évoqué les marques marocaines fortes ; quelle est votre vision par rapport à ce point-là ?

Mia Filali Lahlou : J’ai pris la parole sur deux secteurs que je pense être à haut potentiel pour notre pays : l'industrie cosmétique, du bien-être, et l'industrie du cannabis thérapeutique.

L'industrie des cosmétiques a un potentiel énorme, elle est la deuxième exportatrice de France après l'aéronautique. Dans notre pays, nous avons une tradition ancestrale, connue dans le monde entier, faite de rituels, de bien-être, de beauté, de la femme marocaine. Et en plus, nous disposons d’une richesse incroyable en termes de plantes aromatiques et médicinales. On est classé 2e dans le monde.

La bonne nouvelle, c'est que la qualité, l'expertise, la transformation et le savoir-faire sont là, reconnus mondialement. Il faut aujourd'hui, changer de paradigme et sanctuariser le made in Morocco, en l'occurrence en créant des marques marocaines fortes, reconnues mondialement, qui rayonnent à travers le monde.

L’objectif est de capter l'intégralité de la valeur au Maroc, pour assurer surtout la pérennité de ces secteurs. Nous sommes clairement compétitifs. Demain, si nous le sommes un peu moins, ces acteurs-là iront façonner ailleurs.

Mais si nous avons des marques fortes établies au Maroc, cela équivaut à des emplois et des investissements pérennes, ainsi que la possibilité non seulement d'arrêter d'importer de la cosmétique, mais de switcher.

Pour le secteur du cannabis thérapeutique, grâce à la vision éclairée de Sa Majesté, aujourd'hui, la région du Rif est en train de se développer. Cette filière porte des potentialités infinies, en termes de création de richesses. Nous sommes capables d'intégrer toute la chaîne de valeur, des ingrédients, de la culture, de la recherche, du développement, de la fabrication, de la transformation primaire, secondaire, tout peut être fait au Maroc.
La filière du cannabis thérapeutique permet de faire une intégration horizontale, c’est-à-dire que les synergies avec les autres secteurs sont infinies puisque le cannabis est une plante où rien n’est jeté. On peut l’utiliser dans le médicament, dans les produits de bien-être, la cosmétique, l’automobile, le packaging et le textile.

- Quel est le petit plus qui nous manque pour que ces marques marocaines soient portées à l'international ? Si on a le produit, le savoir-faire, la capacité, pourquoi la marque marocaine ne se crée-t-elle pas ?

- Premièrement, il faut oser y croire, surtout dans les potentialités de nos produits et du rêve, de l'émotion que suscite le produit marocain. Nous avons besoin aujourd’hui que ces marques et notre terroir soient protégés. Il faut valoriser cette biodiversité, et cela passe par la création d'appellations d'origine contrôlée pour que nos marques marocaines puissent s'appuyer sur ces caractéristiques uniques du terroir marocain. On a besoin d'un soutien fort à la recherche et développement pour monter en gamme, et mettre au point des formulations qui seraient uniques à partir de nos ingrédient, sans oublier la facilitation de tous les aspects administratifs pour la création des entreprises.
Il faudrait aussi renforcer les coopératives parce qu'elles sont garantes de la perpétuation de la tradition ancestrale des modes de production et elles ont besoin aujourd'hui d'être accompagnées pour pouvoir upscaler en quantité et monter en gamme.

- Depuis la crise de la Covid-19, la souveraineté sanitaire a été mise en lumière plus que jamais. Mais de quelle souveraineté sanitaire parle-t-on ? Doit-on tout produire localement ou juste s'assurer d'avoir cette capacité de production à activer au moment où il y a une crise ? Ou encore devrait-on nous contenter de constituer des stocks de produits stratégiques ?

- La souveraineté sanitaire est au cœur de l'ADN de l'entreprise que je codirige avec ma sœur. Pour nous, le socle de la souveraineté sanitaire, c'est la recherche et le développement local pour être capable de développer le produit dont notre pays a besoin au moment où il en a besoin.

La production locale du médicament est une fausse bonne idée parce que ce serait illusoire de penser que l'on pourrait devenir complètement autosuffisant dans la production de tous les ingrédients. Le véritable nœud, c'était la production, la mise ensemble de tous ces ingrédients pour les fabriquer et les mettre à disposition de notre territoire. Maintenant, ça ne nous exclut pas de nous spécialiser dans 1, 2, 5, 10 ingrédients. Aujourd'hui, le Mexique, par exemple, fabrique un ingrédient clé dans l'antibiothérapie qui s'appelle l'acide clavulanique. Il est l'un des trois pays au monde à proposer cet ingrédient phare. Cela lui octroie une force dans les négociations, dans beaucoup d’aspects.

Choisir un certain nombre d'ingrédients et venir les fabriquer au Maroc, ça aurait du sens. Nous avons la capacité de le faire. Les conditions de bonnes pratiques de fabrication pour une matière première sont beaucoup moins exigeantes que pour un médicament. Cette matière première pharmaceutique est, ensuite, transformée pour devenir un médicament. Pourquoi ne pas choisir certains ingrédients stratégiques ou certaines matières premières stratégiques ?

- Dans le secteur, cette souveraineté sanitaire est-elle discutée avec le gouvernement ? Quelle est la voie que nous avons choisie ? Qu'est-ce qui est en train d'être fait actuellement ?

- Au niveau du ministère de la Santé, il y a toujours eu la mise en place de stocks de sécurité, qui sont surveillés de manière très accrue. Pour assurer la souveraineté et la présence du médicament dans un pays, il faut qu’il soit fabriqué localement.

- Concernant le prix donné au médicament, d'un côté, il y a l'enjeu, par exemple des caisses d'assurance, de la pérennité financière, du benchmark. Quand on fait des benchmarks à l'international, on se dit que le prix du médicament vendu au Maroc est cher. Mais, de l'autre côté, l’argumentaire de l’écosystème pharmaceutique est qu’avec un certain niveau de prix, la rentabilité commence à vaciller ou à être touchée, et le médicament risque de disparaître. Comment concilier l'enjeu de la pérennité financière et de la disponibilité du médicament ?

- Les médicaments fabriqués localement, les génériques, sont des médicaments qui sont vendus au prix le plus juste, au prix le plus bas, puisqu'ils sont taxés sur les benchmarks.

Une excellente étude de la CNOPS avec la douane, réalisée en 2021 ou 2022, démontre que les médicaments importés sont, au moins 30% à 40% d'entre eux, vendus jusqu'à 3, 4, 5, 10 fois plus chers au Maroc que dans le pays du benchmark le plus facile à identifier qu'est la France.

Si on faisait un élargissement de la couverture de la CNOPS à l'ensemble de la population marocaine, on a 3 millions de personnes assurées par la CNOPS, si on multipliait par dix pour couvrir l'ensemble des Marocains. On passerait de 25 millions de DH à 250 MDH. C’est le montant additionnel pour couvrir le besoin du top 10 en volume.

- Dans tous ces produits importés, au moins la moitié peuvent déjà être fabriquée localement puisque nous disposons des technologies nécessaires. Mais pourquoi ne les fabrique-t-on pas ?

- Le ministère de la Santé, aujourd'hui, est véritablement engagé dans le soutien à la fabrication locale et dans l'expansion de cette fabrication locale pour couvrir les besoins de notre consommation. Aujourd'hui, on est quasiment à 50% d'importation versus 50% de fabrication locale. Si on appliquait le benchmark, on ne serait pas dans ces niveaux de prix et dans ce déficit, qui est en train d'exploser, de la balance commerciale.
Il y a un laboratoire qui fabrique du biosimilaire au Maroc. Un grand nombre de produits sont des biosimilaires, sous forme d’injectables ou des formes sèches. On en fabrique. On est plusieurs à en fabriquer.

La souveraineté sanitaire passe bien sûr par la disponibilité du médicament, mais surtout par le fait d'assurer une couverture médicale à tous les citoyens marocains. Et donc, il reste la partie innovation, quand on voit un peu ce qui se fait au niveau mondial, dans le secteur pharmaceutique qui est très pointu, il faut beaucoup d'argent pour innover dans le secteur pharmaceutique.

- Peut-on penser que, demain, le Maroc pourra également figurer dans la cour des grands de l'innovation pharmaceutique ?

- Bien sûr, oui. L'innovation est fondamentale et demande énormément d'argent. Mais, aujourd'hui, ce ne sont plus les laboratoires pharmaceutiques, même les Big pharma n'investissent plus directement dans cette recherche et développement. Ils vont chercher des jeunes pousses, des start-up.

Dans l'industrie du cannabis thérapeutique, particulièrement, le Maroc est à égalité. On est sur la ligne de départ, avec les autres pays du monde, dans la course à l'innovation. Il n'y avait pas de recherche jusque-là qui était faite, pas de recherche clinique, puisque c'était interdit partout. Aujourd'hui, nous sommes à égalité.

Et nous allons pouvoir y arriver, si on croit en nous, si on croit dans la capacité des industriels marocains à investir. Il faut, encore une fois, libérer les énergies, faciliter justement l'accès au marché pour gagner cette course, pour être dans la course et pour la gagner.

- La loi de finances 2024 a été marquée par un débat sur la TVA sur les prix des médicaments. Comment se prépare le PLF 2025 ?

- Le projet de loi de finances se prépare très sereinement. En 2024, la TVA sur les médicaments a été supprimée et nous nous en réjouissons, puisque cela a un effet direct sur le patient marocain. Aujourd’hui, nous payons la TVA sur l'intégralité des intrants, mais nous allons être remboursés. Nous avons confiance dans notre gouvernement, dans l'État, pour que ces remboursements se fassent.

Le plus important est de faire appliquer les droits de douane aux produits finis importés lorsqu'ils sont fabriqués localement au moins par deux acteurs. Il ne faut pas qu'il n'y en ait qu'un seul en monopole, parce que là, il y a un risque pour le pays.

Quand on est deux acteurs au moins, il faut donner la primeur à cette fabrication locale et mettre des droits de douane, comme le font tous les pays dans le monde. Ce n’est en aucun cas un protectionnisme exagéré, c’est ce qui est fait dans tous les pays du monde. Il y a encore des molécules qui ne sont pas concernées par ça, alors qu'elles devraient l'être.

C'est une mesure que la Fédération marocaine de l'industrie et de l'innovation pharmaceutique va porter et que je soutiens, bien entendu.

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Le 22 octobre 2024 à 8h30
SOMMAIRE DU DOSSIER
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Pharmacies : grèves nationales en série contre la libéralisation du capital


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Intempéries : le Crédit Agricole du Maroc lance un dispositif de soutien aux agriculteurs et populations sinistrées


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La CGEM publie un white paper sur les enjeux de la souveraineté industrielle


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La recette d'Ahmed Reda Chami pour plus d'industrie et de productivité


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Chaînes de valeurs industrielles. “Il y avait beaucoup de complémentarité sur le continent à exploiter” (Abdou Diop)


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Mia Lahlou-Filali : “Il faut changer de paradigme et sanctuariser le made in Morocco”


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Driss El Yazami : “Nous devons développer une politique de rétention d’une partie de nos ressources humaines”


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Industrie. Mohamed Bachiri plaide pour l'intégration en profondeur et une formation professionnelle plus efficace


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Journée nationale de l'industrie : signature d'une série de conventions pour renforcer l'intégration industrielle


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JNI. Hicham El Habti prône une collaboration renforcée entre universités et secteur privé pour stimuler l'innovation


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Verbatim. Voici ce qu’il faut retenir de l’intervention de Ali Seddiki, DG de l’AMDIE lors de la 2e édition de la JNI


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Ryad Mezzour : “Le Maroc a une compétitivité comparable à celle de la Chine”


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Chakib Alj : “Nous sommes prêts pour industrialiser davantage notre pays”


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Verbatim. Comment l’ONEE accompagne les entreprises sur la compétitivité ? (Ali Fechtali)


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Verbatim. L’intervention de Lamia Tazi, vice-présidente de la FMIIP, lors de la 2e Journée nationale de l'industrie


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Les disparités régionales, grand frein à la souveraineté industrielle du Maroc (Adil Zaidi)


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2e édition de la Journée nationale de l'industrie : territorialité de l’industrie, quels défis et quelles actions à mettre en place ?


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Verbatim. Le plaidoyer de Chakib Alj pour l'industrie à la 2e édition de la JNI


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Lancement de la 2e édition de la Journée nationale de l'industrie


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