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ECONOMIE

Investissement public de 300 MMDH en 2023 : un défi difficile à tenir pour le gouvernement

L’annonce par le gouvernement d’un investissement public de 300 milliards de dirhams en 2023 continue à interroger sur sa faisabilité et son financement. Décryptage.

Investissement public de 300 MMDH en 2023 : un défi difficile à tenir pour le gouvernement
Aziz Akhannouch, chef du gouvernement.
Ghassan Waïl El Karmouni
Le 20 mars 2023 à 16h35 | Modifié 20 mars 2023 à 17h06

300 milliards de dirhams. C’est le montant de l’investissement public que compte mobiliser le gouvernement en 2023 selon les chiffres de la loi de finances. Un montant historique réaffirmé par Aziz Akhannouch lors de l’allocution d’ouverture de la Conférence nationale sur le climat des affaires, qui s’est tenue le 15 mars 2023 à Rabat. Ainsi, le chef du gouvernement a réaffirmé qu’en 2023, "l’exécutif mobilisera des investissements publics atteignant 300 milliards afin de booster la croissance".

Quelle interprétation faire de l’expression "mobiliser des investissements" ?

Dans la note de présentation de la loi de finances, les 300 milliards sont décomposés ainsi :

- 95,5 milliards de dirhams du budget d’investissement du budget général de l’Etat ;

- 140,5 milliards de dirhams en investissements des entreprises et établissements publics ;

- 19 milliards de dirhams en investissements des collectivités territoriales ;

- 45 milliards de dirhams d’investissements devant être issus du Fonds Mohammed VI pour l’investissement.

Investissement public de 300 MMDH en 2023 : un défi difficile à tenir pour le gouvernement

"Mobiliser 300 milliards de dirhams ne signifie pas forcément dépenser cette somme", rappelle l’économiste Driss Effina. Pour lui, le montant annoncé est impossible à atteindre. Les niveaux d’exécution des projections budgétaires en termes d’investissement tournent historiquement autour de 75% (et même 40% pour les collectivités territoriales).

"Quel que soit le gouvernement, l’administration et ses procédures ne changent pas. Or, ce sont ces administrateurs de l’Etat qui exécutent les projections budgétaires du gouvernement. Du fait de la lenteur des procédures et de leur complexité, les budgets alloués sont le plus souvent reportés d’année en année. Pour des investissements en infrastructures par exemple, il faut parfois entre cinq et dix ans pour les réaliser."

Un son de cloche que partage l’expert Mehdi Fakir. "Si le potentiel de mobilisation est bien là, l’exécution [de ce montant, ndlr] va être difficile, voire impossible, même s’il y a cette volonté d’exemplarité de l’Etat en ce qui concerne l’investissement."

Le Fonds Mohammed VI impliqué

L’autre point qui explique que ce montant est difficilement atteignable est le fait d’intégrer aux 300 milliards de dirhams les 45 milliards du Fonds Mohammed VI pour l’investissement. La première anomalie concerne la composition du chiffre. Le Fonds Mohammed VI a été doté en 2022 de 15 milliards de dirhams à partir du budget général de l’Etat. Ce premier apport doit servir de levier pour d’autres financements "locaux et internationaux", d’après ce qui ressort de la communication publique sur ce fonds.

Sa stratégie d’investissement n’a pas encore été déployée, encore moins sa stratégie de levée de fonds, son tour de table ainsi que les actifs visés. Ceux-ci ne devraient être connus qu’en septembre, toujours selon le calendrier issu du premier conseil d’administration du fonds.

Le fait d’intégrer le fonds à l’effort d’investissement public sur une seule année prête ainsi à confusion. D’autant plus, comme le souligne Mehdi Fakir, "qu’investir 45 MMDH en une seule année est inconcevable". En effet, 45 milliards représente l’équivalent de l’ensemble de l’actif investi de la Caisse interprofessionnelle marocaine des retraites (CIMR) par exemple.

Les EEP, locomotives de l’investissement public

Sur les 300 milliards, le plus gros montant est celui des EEP, qui devrait atteindre les 140,5 milliards de dirhams d’investissement. Selon le rapport annexe à la présentation de la loi de finances concernant les EEP, il ressort que près du tiers devrait être réalisé par OCP (55,5 MMDH).

Les investissements de OCP, de l’Office national de l’électricité et de l’eau potable (12,7 MMDH) et de l’agence Masen (7 MMDH) représentent 53% du volume prévu pour l’ensemble des EEP.

L’augmentation du volume d’investissement (+41% par rapport à 2022) provient essentiellement du doublement de l’investissement d’OCP, passé de 26 milliards en 2022 à plus de 55,5 milliards en 2023 suite à l’annonce de la deuxième phase de sa stratégie d’investissement.

Avec le changement en cours des conditions de financement, ces coûts pourraient sensiblement être revus à la hausse, mettant à mal les conditions de financement des investissements publics, surtout que ceux-ci sont essentiellement porté par les EEP, déjà fortement endettés.

Ce retournement de la conjoncture financière internationale et le renchérissement des coûts de financement de la dette, aussi bien localement que sur le marché international, interroge sur l’ensemble de l’ambition d’investissement du gouvernement.

Ainsi, si l’on prend uniquement la dette du Trésor, son coût sur les dix ans est passé, selon une note de recherche d’Attijari Global Research publiée le 17 mars, de 2,32% en 2021 à 4,56% en mars 2023 au niveau de la dette interne.

Ce chiffre pourrait encore augmenter indépendamment de la politique des taux adoptée par la Banque centrale. Au niveau de la dette internationale, le coût, sur la même maturité, est passé de 2% en 2020 à 6,56% lors de la dernière sortie du Trésor sur le marché de la dette.

Le rapport de la dette publique de la loi de finances indique que le coût moyen de la dette intérieure (dette du Trésor + dette garantie par l’Etat) était jusqu’en 2021 de 3,7% alors que celui la dette extérieure était à 2,4%. Des chiffres qui font "désormais partie du passé", selon les termes mêmes de la directrice du Trésor, Faouzia Zaaboul, dans une récente interview avec Médias24.

Selon les chiffres annoncés par la TGR et de l’avis des experts interrogés, la mobilisation de la fiscalité permet au gouvernement d’espérer financer sa politique. Il n’en demeure pas moins que celle-ci reste limitée, car le déficit budgétaire ne cesse de se creuser, ce qui, d’une part, rend le recours à l’endettement important ; et d’autre part, génère une hausse significative de la pression fiscale.

"Il est certain que les recouvrements fiscaux ont massivement augmenté ces dernières années, mais à quel coût ?", s’interroge Driss Effina. Pour lui, l’augmentation de la pression fiscale sur les ménages et les entreprises déprime les investissements privés. "C’est une bonne chose de maintenir les investissements publics élevés, mais si c’est au prix d’un accroissement de l’endettement et de la pression fiscale, cette politique pourrait s’avérer contre-productive à moyen et long terme."

Durant les deux dernières années, les recettes fiscales ont enregistré des hausses significatives avec des taux de recouvrement de plus de 120%, ce qui démontre une augmentation de l’efficacité de l’Etat dans la collecte de l’impôt. Mais en contrepartie, la faiblesse de la croissance et de la dynamique d’investissement privé fait que cette pression s’exerce sur l’existant dans une conjoncture inflationniste qui a pour effet de faire baisser l’épargne nationale, rendant les besoins financiers de l’Etat, notamment extérieurs, plus importants.

Une réalité qui risque de rattraper rapidement le gouvernement qui, malgré une annonce ambitieuse de l’investissement public à 300 milliards, ne semble pas vouloir en faire un palier. Selon les documents de programmation budgétaire triennale, le niveau d’investissement public pour 2024 et 2025 devrait connaître une baisse sensible. Ainsi, malgré le fait que le gouvernement prévoie un budget d’investissement du Trésor autour des niveaux de cette année, il s’engage à le baisser en proportion du PIB.

Les dépenses d’investissement des EEP, eux, devraient baisser de 140 milliards en 2023 à 106,8 milliards en 2025, réduisant mécaniquement le niveau global de l’investissement public. Cette dynamique devra concerner tous les types de dépenses de l’Etat afin de réduire le rythme de croissance de la dépense publique à 2,5% en 2025 au lieu d’une hausse de 13% en 2023.

L’objectif étant de revenir à des niveaux de déficit autour de 3,5% au lieu d’une moyenne de plus de 5% ces dernières années, et de circonscrire le taux d’endettement du Trésor en deçà de 70%.

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Ghassan Waïl El Karmouni
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