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Ryad Mezzour : 200 milliards de DH d'exportations automobile en 2025

ENTRETIEN (I). Après la baisse de régime mondiale en 2020 et 2021, pandémie oblige, la production automobile redémarre en 2022 avec trois chiffres clés: un taux d'intégration de 64% qui a été atteint en juin; le Maroc est devenu en avril, le premier fournisseur non européen de voitures au sein de l'UE; l'objectif de 100 milliards d'exportations automobile devrait être atteint d'ici la fin de l'année.

Ryad Mezzour : 200 milliards de DH d'exportations automobile en 2025

Le 10 août 2022 à 13h00

Modifié 12 août 2022 à 8h10

ENTRETIEN (I). Après la baisse de régime mondiale en 2020 et 2021, pandémie oblige, la production automobile redémarre en 2022 avec trois chiffres clés: un taux d'intégration de 64% qui a été atteint en juin; le Maroc est devenu en avril, le premier fournisseur non européen de voitures au sein de l'UE; l'objectif de 100 milliards d'exportations automobile devrait être atteint d'ici la fin de l'année.

Nous commençons cet entretien en 4 parties, par l’industrie automobile. La croissance de la plateforme automobile a été freinée comme partout dans le monde par la pandémie. Aujourd’hui, elle reprend ses ambitions. Le taux d’intégration est en hausse; les exportations automobiles devraient atteindre 100 milliards de DH cette année (objectif fixé à 2020 mais la pandémie l’a empêché) et … 200 milliards en 2025. Au cours des 4 premiers mois de cette année, le Maroc a dépassé la Turquie et il est devenu en quantité le premier fournisseur de voitures non européen sur le marché de l’UE.

Ryad Mezzour espère une montée de la capacité de production vers le million de voitures par an. Il sait aussi que les véhicules électriques sont l’avenir et que le Maroc doit y aller.

Médias24: Etes-vous en contact avec d’autres constructeurs automobiles pour une implantation au Maroc ? Une question que l’on vous pose régulièrement…

Ryad Mezzour: La réponse est oui.

Il faut toutefois bien saisir le contexte général. Le marché européen qui est notre principal marché d’exportation est en baisse. La plupart des capacités dirigées vers l’Europe sont sous-utilisées, sauf les nôtres certes.

Il n’en reste pas moins que la mobilité en Europe est en train de se transformer. La voiture est devenue un outil de déplacement plutôt qu’un objet de position sociale. Les habitudes, la relation des ménages avec la voiture se transforment profondément. Voyez les jeunes, ils sont de moins en moins dans l’acquisition et de plus en plus dans la location.

Donc, les perspectives pour ce marché ne sont pas des perspectives d’augmentation de volume mais de transformation. D’où la nécessité d’évoluer vers la mobilité électrique.

Donc, oui, nous sommes en discussion avec des constructeurs qui recherchent la compétitivité, avec des constructeurs qui recherchent l’accès à ces marchés dans des conditions globales avantageuses. Mais la plupart sont aujourd’hui en surcapacité.

-Cela signifie que nous n’aurons pas de troisième constructeur dans l’immédiat. Il n’y a pas de visibilité.

-Des discussions sont en cours avec différents constructeurs pour s’installer au Maroc pour gagner en compétitivité ou pour d’éventuelles augmentations de capacités dans le futur.

Capacité installée au Maroc: 1 million de voitures en 2025

-Cela signifie aussi que le Maroc va rester à la capacité installée actuellement.

-Je pense que l’objectif d’une capacité de production installée au Maroc de 1 million de véhicules par an, est atteignable d’ici 2025.

-Voyons les prochaines étapes selon lesquelles devrait évoluer l’industrie automobile au Maroc, dans le moyen terme. Comment évoluera le taux d’intégration ?

-Nous avons atteint un taux de 64% au mois de juin dernier. L’objectif est d’atteindre 80% dans les 3 à 4 ans à venir.

-Il ne restera donc que 20% qui représentent la matière que nous n’avons pas au Maroc.

-Exact.

Nous sommes en train de travailler sur cette future montée vers les 80%, la plupart des projets sont identifiés pour atteindre cet objectif.  Les investisseurs sont identifiés, les contacts sont en cours, les études de cas sont en train de se faire, certaines ont démarré, c’est un processus continu.

-Donc, dans 3 à 4 ans, 80% de taux d’intégration. D’ici là, on commencera à injecter des batteries marocaines.

-C’est l’objectif.

-Et donc, ça permettra de se maintenir au taux de 80% d’intégration, même dans l’électrique…

-Et peut-être plus.

Une voiture c’est 2.300 à 2.400 pièces dont un tiers dans le moteur.

Nous ne sommes pas encore très intégrés dans les pièces moteur. Nous assemblons des moteurs certes, mais pas la totalité.

Donc, la production de batteries dans une gigafactory va préserver et améliorer le taux d’intégration.

Ceci ne nous empêche pas de continuer à intégrer les pièces moteur, parce qu’il y a des marchés extrêmement importants pour le thermique et pour l’hybride.

-Fin 2022, quels seront les chiffres de production et d’exportation automobiles ?

-Au cours des 4 premiers mois, 86.000 voitures ont été exportées dont 81.492 vers l’Europe. Par extrapolation, je suppose que l’on a dû produire au cours de la même période, 120.000 à 130.000 véhicules malgré la crise des semi-conducteurs.

Le marché européen est notre principal marché, mais le Maroc exporte les automobiles vers 75 pays au total.

La production marocaine à la fin de l’année devrait se situer à 420.000-430.000 véhicules. La capacité de production installée est de 700.000 autos par an.

Nous sommes en train de ramener de nouveaux modèles au Maroc. Grâce à cela et à condition que la demande augmente, nous devrions atteindre le cap des 600.000 autos produites, dont 500.000 exportées. Nos usines se battent pour être les plus compétitives au niveau de leurs maisons-mères, pour attirer les projets et les faire ici. Déjà, le Maroc produit le véhicule le plus vendu en Europe la Sandero, et le deuxième véhicule le plus vendu en Europe la 208.

Et nous bataillons toujours pour attirer encore les véhicules porteurs de volume sur nos marchés cibles.

En 2022, le Maroc est devenu le premier fournisseur extérieur de voitures, devançant la Turquie

-Parlons de la concurrence au niveau de ce grand marché qu’est l’Europe…

-En 2022, le Maroc est devenu le premier fournisseur tiers de l’UE en voitures neuves pour les 4 premiers mois.

Le pays s’est hissé à cette première place en nombre de voitures après une progression constante ces dernières années (4ème en 2019, 3ème en 2020 et 2ème en 2021).

La Turquie est désormais reléguée au 2ème rang, après avoir occupé la première place. Elle est d’ailleurs toujours devant le Maroc en valeur, avec seulement 30 millions d’euros d’écart.

Sur notre principal marché, l’Europe, nous devançons des pays comme le Japon, la Chine, ou la Corée du sud qui ont une tradition automobile plus ou moins longue.

-La capacité de production sera-t-elle finalement portée à 1 million d’unités ?

-C’est en tous cas notre objectif !

L’objectif de 100 milliards de DH d’export auto est atteignable cette année

-Une hausse de la production induirait immanquablement une hausse de l’export…

-Nous nous étions fixé cet objectif psychologique de 100 milliards de DH à l’export. Nous avons atteint 52 milliards au 1er semestre. Donc, l’objectif des 100 milliards est probablement atteignable cette année.

-Pour fabriquer une voiture, il faut des importations. Est-ce qu’on peut dire que parallèlement à cette dynamique de hausse des ventes, la part marocaine des voitures est de plus en plus importante, puisque le taux d’intégration augmente ? On augmente le volume exporté et en même temps, la part locale de ce volume. On gagne sur les deux tableaux logiquement.

-Exact.

Mais il faut différencier entre taux d’intégration et valeur ajoutée.

La dernière fois, que nous avons fait les calculs, en 2021, la valeur ajoutée représentait environ 40% de l’ensemble produit. On refait ce calcul chaque année.

64% de taux d’intégration, cela veut dire quoi ? Cela signifie que 64% des pièces qui composent le véhicule sont produites au Maroc. Mais dans ces pièces-là, le taux d’intégration n’est pas 100%.

D’ici 5 ans, on espère dépasser 200 milliards d’export auto

-On devrait donc atteindre 100 milliards de DH d’export fin 2022. Et ensuite, quand est-ce qu’on atteindra 150 milliards ?

-Dans le modèle que nous avons conçu, on espère d’ici 5 ans, dépasser les 200 milliards de DH d’export.

-Il y aura obligatoirement une part d’électrique dans ces futurs chiffres n’est-ce pas ?

-Oui, nous faisons déjà de l’électrique d’ailleurs. Pas encore de l’hybride, mais l’électrique oui.

En électrique, la capacité actuelle est de 40.000 unités à Kénitra, avec un doublement de cette capacité en cours sur deux marques, Citroën et Opel. Ce sont des véhicules conçus au Maroc.

-Logiquement, Renault devrait s’y mettre…

-Logiquement, oui.

-Dans vos souhaits, comment va évoluer la production de voitures électriques au Maroc ?

-Normalement, sur la capacité du million que nous devrions atteindre, il devrait y avoir au moins un tiers qui sera de l’électrique ou de l’hybride.

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