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Voici à quoi pourrait ressembler la première Gigafactory de batteries au Maroc 

ENTRETIEN (II). Ryad Mezzour s'explique sur le projet de Gigafactory au Maroc et nous livre tout ce qu'il juge publiable sans nuire au secret des négociations ni aux intérêts du Maroc. La Gigafactory aurait ainsi des partenaires marocains, serait conclue d'ici la fin de l'année au plus tard, nécessiterait 2 milliards d'euros par ligne de 3 à 4 GWh et fournirait à la fois des batteries mobiles et des batteries dites stationnaires liées à la production d'énergie renouvelable.

Voici à quoi pourrait ressembler la première Gigafactory de batteries au Maroc 

Le 10 août 2022 à 14h58

Modifié 12 août 2022 à 8h10

ENTRETIEN (II). Ryad Mezzour s'explique sur le projet de Gigafactory au Maroc et nous livre tout ce qu'il juge publiable sans nuire au secret des négociations ni aux intérêts du Maroc. La Gigafactory aurait ainsi des partenaires marocains, serait conclue d'ici la fin de l'année au plus tard, nécessiterait 2 milliards d'euros par ligne de 3 à 4 GWh et fournirait à la fois des batteries mobiles et des batteries dites stationnaires liées à la production d'énergie renouvelable.

Le 22 juillet dernier, le ministre Ryad Mezzour surprenait tout le monde en annonçant que le Maroc était en discussion avec des industriels pour construire une Gigafactory de batteries électriques destinée à l’industrie automobile. Cette révélation avait été diffusée par Reuters et Médias24.

Cette annonce a-t-elle eu des conséquences? Avec qui discute le Maroc? quelles pourraient être les caractéristiques de ce projet? Comment le ministre justifie-t-il cette annonce critiquée pour des raisons de confidentialité de la stratégie marocaine?

Ryad Mezzour répond à nos questions dans le cadre de cette 2e partie de l’entretien-bilan que nous publions en 4 parties.

Médias24: Monsieur le ministre, est-ce que vous étiez obligé de parler de la Gigafactory ? Est-ce qu’il fallait en parler, de cette manière, publiquement ?

-Bien sûr qu’il fallait en parler, pour de multiples raisons.

Les opérateurs ont besoin d’avoir le cap de l’Etat, l’orientation de l’Etat, la motivation de l’Etat.

Dans les discussions que nous avions avec les différents partenaires, il y avait un intérêt certes. Le Maroc dispose d’atouts certains pour les attirer, pour attirer des investisseurs de batteries ; mais on était sur du temps un peu long, un peu ralenti. Il fallait accélérer la cadence, parce que l’Europe qui est notre principal débouché, a accéléré la cadence en termes d’objectifs et de transformation. Donc, il fallait indiquer à nos différents partenaires, une échéance temps, et j’ai indiqué avant la fin de l’année comme échéance pour conclure.

La troisième raison, c’est qu’il fallait attirer l’intérêt de groupes ou d’opérateurs qui étaient en train d’essayer de se positionner dans des pays voisins et qui pourraient inscrire le Maroc à l’ordre du jour.

Qu’est-ce que ça a eu comme effet ?  Ceux avec qui nous discutions sont entrés dans des échanges plus réguliers, aujourd’hui ils demandent des données techniques, ça a attiré deux opérateurs nouveaux. On se retrouve aujourd’hui avec 5 opérateurs qui sont dans le giron de discussion avec l’ambition de conclure au moins avec l’un d’entre eux avant la fin de l’année. Ça a remis le Maroc en tant que priorité dans l’esprit de nos partenaires traditionnels qui sont les constructeurs installés ici.

-Vous êtes en train de dire que vous avez choisi de faire cette sortie…

-Evidemment. C’est un choix assumé dans le cadre d’une stratégie volontariste pour pouvoir installer cette gigafactory au Maroc, qui est essentielle dans l’écosystème automobile.

-Vous dites donc que le Maroc n’avait pas le choix, il devait le faire…

-Il n’a pas le choix et il a tous les atouts pour le faire.

Le Maroc n’a pas le choix parce que 90% de nos exportations automobiles vont vers l’Europe et l’Europe a décidé à partir de 2035 de basculer vers le tout électrique. Donc, si on ne s’engage pas dans les discussions, si on ne conclut pas avec un opérateur, on ne pourra pas assumer cette transition qui a déjà commencé et qui va s’accélérer dans les prochaines années.

La batterie représente le tiers de la valeur de la voiture.

Nous avons travaillé pendant 15 ans pour atteindre un taux d’intégration de 64% qui est un taux d’intégration parmi les plus importants au monde, on va atteindre 80% et on pourrait perdre 20 à 30 points si on ne fait pas la batterie.

-Avec qui vous êtes en discussion puisque vous évoquez 5 opérateurs

-Je ne peux pas en parler, d’une part par rapport à eux et d’autre part pour ne pas éveiller l’intérêt de certains concurrents. Les opérateurs en question se trouvent sur trois continents, Amérique, Europe et Asie.

Notre confrère Le1 vous a accusé d’être en concurrence avec le département de Jazouli et avec l’Amdie sur l’investissement. Qu’est-ce que vous en dites ?

-Nous travaillons de façon générale au sein du gouvernement en toute synchronisation. Il peut y avoir parfois, on ne peut pas le nier, quelques frottements mais il y a une émulation positive qui est bénéfique pour faire avancer les sujets.

Nous nous sommes d’ailleurs rendus ensemble le mois dernier au salon aéronautique de Farnborough pour y chercher des investissements pour le Maroc.

-Pour en revenir à la production des batteries, essayons d’imaginer à quoi ressemblerait une Gigafactory au Maroc. Pour commencer, il y aurait donc un opérateur étranger.

-Oui, il y aurait un opérateur étranger.

-Est-ce qu’il mettrait tout le capital ? Est-ce qu’il y aurait des Marocains ?

-Il y aurait des opérateurs marocains avec lui, notamment publics, qui sont prêts à accompagner.

-Genre CDG ?

-CDG, Fonds Mohammed VI ou autre….

-Voyons la suite. Ils apportent pas mal de technologie… Comment vous allez faire pour le lithium ? Il faut des contrats d’approvisionnement à long terme.

-Encore une fois, ce serait un opérateur avec des installations mais qui n’est pas installé seulement au Maroc. Il aurait ainsi déjà sécurisé une partie de ses approvisionnements.

Cet opérateur serait soit déjà dans la production ; soit dans le prototypage avec des levées de fonds et également une sécurisation des approvisionnements.

Il ne vous a pas non plus échappé que Renault a signé avec Managem pour la fourniture en Cobalt. C’est destiné à la batterie.

Le Maroc veut entrer dans ce domaine avec ses atouts et ces atouts sont multiples. D’abord, les débouchés. Nous avons deux types de débouchés pour les batteries : la plateforme automobile qui en elle-même est capable d’accueillir une gigafactory et d’intégrer ses batteries produites au Maroc. Mais aussi pour tout ce qui est énergie renouvelable, nous pourrions fournir toute la production locale de véhicules électriques puis commencer à fournir le stationnaire.

Il y a deux catégories de batteries : celles destinées à la mobilité, aux véhicules. Et celles dites stationnaires, destinées à stocker l’électricité produite par énergie renouvelable. La batterie est l’une des solutions pour répondre aux besoins de stockage dans les énergies renouvelables.

-On peut imaginer que les constructeurs pourraient choisir de s’approvisionner en Asie.

-Non, leur intérêt est de s’approvisionner au Maroc. Et 90% de leur production au Maroc va en Europe.

Donc, en 2035, soit nous produirons des batteries pour équiper ces véhicules, car ces batteries seront partie intégrante des voitures ; soit l’industrie automobile ne sera pas. Il y aura des véhicules hybrides pendant quelque temps, puis plus rien. Ce serait la mort programmée de notre plateforme automobile.

-Quel est l’ordre de grandeur d’un investissement dans une gigafactory ?

-De l’ordre de 2 milliards d’euros.

-Et les emplois ?

-Tout dépend de la capacité et de la montée en charge. Une gigafactory se compose de plusieurs lignes, chaque ligne a une capacité de 3 à 4 gigas (GWh). Elle peut alimenter de 40.000 à 60.000 voitures environ, car tout dépend aussi de la taille des voitures.

On aurait combien de lignes pour commencer ? 4 ? 5 ?

-Vous pourriez avoir 2, 3 ou 5 lignes. C’est modulaire, indépendant.

-Vous avez présenté les débouchés possibles aux investisseurs potentiels…

-Dans nos discussions, l’un des atouts qui attire les investisseurs, c’est cette capacité à délivrer de la mobilité et du stationnaire.

-Vous pensez conclure avant la fin de l’année…

-Je fais tout pour. J’ai bon espoir.

Ce qui est intéressant, c’est que nos partenaires sont de plus en plus pressés. Cette déclaration a fait qu’ils sont de plus en plus dans une émulation positive pour être les premiers à s’installer au Maroc et bénéficier de cet accompagnement que le Maroc donnera au premier qui sautera le pas.

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