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AGRICULTURE

Le mouton de l’Aïd est-il condamné à devenir plus coûteux ? L’analyse du Pr Sraïri

Invité de l’émission "le 12/13" de Médias24, l’enseignant-chercheur Tahar Sraïri estime que les tensions observées lors de Aïd al-Adha 2026 révèlent des fragilités plus profondes. Décapitalisation du cheptel bovin, hausse durable des coûts de production, raréfaction de la main-d’œuvre agricole et impact croissant du changement climatique sur l’élevage marocain.

Le mouton de l’Aïd est-il condamné à devenir plus coûteux dans les années à venir ?
Tahar Sraïri, enseignant-chercheur à l’Institut Agronomique et Vétérinaire Hassan II
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Le 6 juin 2026 à 15h01 | Modifié 6 juin 2026 à 15h01

Pour Tahar Sraïri, enseignant-chercheur à l’Institut agronomique et vétérinaire Hassan II de Rabat, les tensions observées sur le marché du mouton à l’occasion de Aïd al-Adha 2026 ne peuvent être réduites à une simple question de pénurie ponctuelle. Elles constituent avant tout le symptôme de transformations profondes qui affectent l’élevage marocain depuis plusieurs années.

Intervenant sur le plateau de Médias24, le spécialiste rappelle d’abord que le recensement réalisé à l’été 2025 a confirmé une relative stabilité des effectifs ovins et caprins par rapport aux références historiques. En revanche, il met en lumière une réalité moins commentée : la perte d’environ 30% du cheptel bovin national à la suite des années successives de sécheresse.

Selon lui, cette décapitalisation des bovins a eu un effet direct sur le marché de la viande rouge. Moins nombreux et moins productifs, les bovins ont progressivement laissé davantage de place aux petits ruminants dans l’approvisionnement des boucheries. Les ovins, traditionnellement destinés en grande partie à l’Aïd, ont ainsi été davantage sollicités pour la consommation courante tout au long de l’année.

Tahar Sraïri souligne également les limites des estimations disponibles. Les projections reposent sur des modèles démographiques qui intègrent les naissances attendues à partir du nombre de femelles reproductrices. Or, ces calculs ne tiennent pas toujours compte de certains facteurs comme la mortalité animale ou les conséquences des épisodes climatiques extrêmes.

L’enseignant-chercheur insiste par ailleurs sur une particularité marocaine souvent sous-estimée : l’importance culturelle du sacrifice de l’Aïd. Contrairement à de nombreux pays musulmans, le Maroc demeure un pays d’élevage ovin où le sacrifice est profondément ancré dans les pratiques sociales. Il rappelle que les ménages restent fortement attachés aux races locales et à leur territoire d’origine, qu’il s’agisse du Sardi dans la région de Casablanca, du Timahdite dans le Moyen Atlas ou encore d’autres races régionales.

Pour lui, cette dimension culturelle explique pourquoi l’importation massive de moutons ne constitue pas une solution réaliste. Au-delà des contraintes logistiques et économiques, les consommateurs marocains restent attachés à des animaux répondant à des critères précis et à des races qu’ils connaissent depuis plusieurs générations.

Sur la question des prix, Tahar Sraïri estime que la hausse constatée ces dernières années s’inscrit dans une tendance de long terme. Il rappelle qu’un mouton destiné au sacrifice représentait dans les années 1980 environ 0,8 fois le salaire minimum. Aujourd’hui, ce ratio atteindrait près de 1,5 fois le SMIG, traduisant une augmentation structurelle du coût d’accès au rituel pour de nombreux ménages.

À ses yeux, cette évolution s’explique en partie par l’explosion des coûts de production, mais aussi par des mutations profondes de la société marocaine. L’urbanisation croissante a réduit les savoir-faire liés à l’abattage et à la préparation des carcasses, générant de nouvelles dépenses qui s’ajoutent au prix d’achat de l’animal.

L’universitaire attire également l’attention sur une dimension souvent absente du débat : le coût du travail dans les exploitations d’élevage. Selon ses travaux, un troupeau de 60 brebis représente environ 400 journées de travail par an. Or, l’exode rural, la scolarisation généralisée et l’évolution des aspirations des jeunes générations rendent aujourd’hui cette main-d’œuvre plus rare et plus coûteuse.

Pour Tahar Sraïri, l’élevage a longtemps été sous-estimé dans les politiques agricoles au profit d’autres productions jugées plus rentables ou plus économes en eau. Cette situation a contribué à la perte progressive de l’autosuffisance du Maroc en viande rouge, mais également dans le secteur laitier.

Face à ces défis, le chercheur ne cache pas son pessimisme quant à une baisse durable des prix. Les projections climatiques annoncent davantage de sécheresses, une hausse des températures et une pression accrue sur les ressources pastorales. « Il faut s’attendre à ce que la bête sacrificielle coûte plus cher à l’avenir », prévient-il.

Pour inverser la tendance, il plaide notamment pour une meilleure organisation des circuits de commercialisation, une modernisation de la filière et une utilisation accrue des outils numériques afin de réduire certains coûts liés aux multiples intermédiaires. Il appelle également à renforcer l’accompagnement technique des éleveurs afin d’améliorer la productivité et de limiter les pertes.

Au-delà de Aïd al-Adha 2026, Tahar Sraïri livre un diagnostic plus large : celui d’un élevage marocain confronté simultanément aux effets du changement climatique, aux mutations démographiques et à la transformation des modes de consommation. Des défis qui, selon lui, continueront à peser sur le prix de la viande et sur le marché du mouton dans les années à venir.

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Le 6 juin 2026 à 15h01

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