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Une feuille de route pour la décarbonation

LONDRES – Le solaire et l’éolien ont révolutionné notre système énergétique. Mais si l’on considère que le secteur de l’électricité ne fournit actuellement que 20% de notre énergie, on comprend qu’il ne suffira pas de disposer d’une électricité verte pour parvenir à des émissions nulles de dioxyde de carbone d’ici le milieu du siècle. La conversion des énergies renouvelables à l’hydrogène vert, à grande échelle, ne fournira pas non plus la solution miracle. Nos navires, nos avions et nos trains ne sont pas prêts à cela, et les incitations économiques ne vont pas encore dans la bonne direction.

Le 1 avril 2021 à 13h23

Une transformation des infrastructures énergétiques

Notre défi énergétique est aussi un problème de demande énergétique. Pour réaliser nos ambitions climatiques collectives, il faut des transitions rapides et profondes dans chacun des secteurs qui participent à la demande mondiale d’énergie, non seulement pour ce qui concerne l’électricité, mais aussi pour les transports, l’industrie manufacturière, la sidérurgie et les industries chimiques. Lancer ces transitions au rythme et à la vitesse adéquates nécessite une transformation complète de notre infrastructure énergétique. Pour ce faire, il faudra respecter trois priorités essentielles.

Tout d’abord, nous devons accélérer le rythme de l’innovation. La récente analyse produite par l’Agence internationale de l’énergie (AIE) montre que presque la moitié des réductions d’émissions nécessaires pour atteindre la neutralité carbone d’ici 2050 pourrait provenir de technologies qui ne sont pas encore sur le marché.

Les technologies fournissant de l’énergie propre, comme les panneaux solaires, les éoliennes, les voitures électriques, les diodes électroluminescentes et les batteries à ions lithium, nous permettent d’envisager un monde qui atteindrait la neutralité carbone dans les prochaines décennies. Mais pour ce qui concerne les autres technologies propres, dont certaines sont encore au niveau du laboratoire, nous devons faire, si nous voulons parvenir jusque-là, des pas de géant. C’est dans les secteurs comme la sidérurgie, la cimenterie, l’industrie chimique, le transport maritime et aérien, où les émissions sont le plus difficiles à réduire et où les solutions technologiques accusent un certain retard, que les progrès sont les plus urgents.

La deuxième priorité est une collaboration plus étroite entre les pouvoirs publics et l’industrie. Le secteur privé est un inégalable moteur du changement. La majorité des inventeurs, des entrepreneurs et des investisseurs s’y concentre; leurs contributions seront essentielles pour que le monde déploie, à l’allure requise, les technologies non polluantes.

Des actions transfrontalières coordonnées

Dans le même temps, l’action publique est indispensable à la libération de la pleine puissance des entreprises. Laissés à leurs propres moyens, les marchés ne conduiront pas aux transformations du système énergétique mondial. Dans de nombreux secteurs, il faut aux entreprises de fortes politiques publiques pour qu’elles permettent aux technologies sobres en carbone de se développer. Elles ont besoin que les pouvoirs publics soutiennent les premiers stades de l’innovation dans les nouvelles technologies, créent les niches qui leur permettront de se développer et mettent en place les mesures efficaces qui permettront leur diffusion, secteur par secteur.

Enfin, une coordination internationale nettement renforcée est nécessaire. Dans un système mondial qui repose sur les actions nationales, organiser le type de changement systémique requis dans nombre de secteurs consommateurs d’énergie représente un défi majeur. Les approches nationales sont dans certains domaines extrêmement efficaces, notamment lorsque la puissance publique est à même de prendre des mesures résolues sans mettre en péril les producteurs nationaux dans des secteurs comme l’électricité. Mais une approche strictement nationale fonctionne moins bien dans les industries soumises aux échanges internationaux, et particulièrement dans les secteurs difficiles à décarboner. Dans ces domaines, des actions transfrontalières coordonnées sont indispensables pour conduire à l’adoption rapide de nouvelles technologies.

Le rôle de l'AIE

Les institutions multilatérales ont à cet égard un rôle indispensable à jouer. L’AIE simplifie la collaboration dans les technologies clés de la transition énergétique, une action à laquelle se consacrent plus de 6.000 experts déployés dans le monde entier, représentant presque 300 structures publiques et privées situées dans 55 pays, et nombre d’entre eux dans les pays disposant d’un statut d’associé comme la Chine, l’Inde et le Brésil. Mais si l’on tient compte du fait que l’objectif de la neutralité carbone recueille un consensus de plus en plus large, nous pouvons et devons faire plus.

Au cours de l’année, l’AIE établira la première feuille de route pour l’ensemble du secteur énergétique mondial, englobant l’électricité, les transports, l’industrie et le bâtiment, chacune des activités que nous devons transformer pour parvenir à la neutralité carbone d’ici 2050. En présentant exactement ce que chaque secteur doit faire et quand, le plan permettra aux pouvoirs publics et aux entreprises de comparer leurs progrès, et mettra en évidence les points sur lesquels une attention plus grande devra être portée.

La prochaine étape consistera à passer du plan à sa mise en œuvre. C’est pour cette raison que l’AIE a récemment créé un partenariat stratégique avec mission possible, un regroupement mondial de plus de 400 entreprises qui cherchent à accélérer la décarbonation à grande échelle de l’industrie lourde et des transports. Le soutien que nous apportons à cette initiative traduit aussi l’attention que porte désormais l’AIE aux rapprochements entre secteurs privé et public des grandes économies mondiales, qui doivent jouer le rôle de coordination qu’elles seules peuvent assumer. En mettant l’accent sur l’innovation, la collaboration et la résolution politique, des initiatives comme celle-ci peuvent aider le monde à relever le défi climatique.

Traduit de l’anglais par François Boisivon

© Project Syndicate 1995–2021
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Le 1 avril 2021 à 13h23

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