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Abdallah-Najib Refaïf

Journaliste culturel, chroniqueur et auteur.

Le foot dans tous ses États

Le 22 novembre 2022 à 12h08

Modifié 24 novembre 2022 à 16h09

Peut-on être un amoureux passionné du ballon rond et supporter tout le bruit et la fureur qui ont entouré l’actuelle Coupe du monde organisée par le Qatar ? C’est la question que s’est posée l’auteur de ces lignes avant le match d’ouverture qui a opposé l’équipe du pays hôte à celle de l’Équateur.

Ce fut le match le plus soporifique de toute l’histoire du Mondial, rencontre à l’issue de laquelle le Onze qatarien a été battu tout en révélant à l’humanité entière l’étendue de la médiocrité de son jeu. C’est la preuve que l’argent n’achète pas le talent, disent tous les ricaneurs-pourfendeurs de la décision d’octroyer l’organisation de cette coupe à un pays qui n’a aucune tradition footballistique. C’est une des critiques, mais ce n’est pas la seule, qui a cristallisé le débat sur cette édition.

La presse, surtout en Europe, a relayé la colère des uns et donné un écho formidable et planétaire aux controverses sur un certain nombre de questions relatives aux droits de l’Homme, à ceux des LGTB ainsi qu’aux récriminations des écologistes, voire au droit de prendre une petite bière aux abords des stades. En France par exemple, pays où la politique et le sport ont toujours été imbriqués et font bon ménage, le Qatar rayonnait déjà footballistiquement- mais pas seulement- à travers l’équipe phare du PSG et ses vedettes, Messi, Neymar, Mappé, Hakimi … C’est ainsi que les médias français ont sorti le dossier du vote pour l’octroi, en 2010, de l’organisation de la Coupe au Qatar par la FIFA. Une décision, semble-t-il, où l’ancien président Nicholas Sarkozy et l’ancienne vedette de foot Michel Platini auraient joué un rôle majeur. Le Monde, Libération et Mediapart, entre autres, ont publié pendant des semaines articles, entretiens et réactions contradictoires sur cette affaire.

Les chaîne de télé, suivistes comme toujours, ne sont pas en reste, qui ont monté en épingle des émissions de débats pétries d’indignations, d’appel au boycott et autres récriminations à la veille de l’ouverture officielle de cette manifestation planétaire. Planétaire, la Coupe du Monde va rassembler, selon les spécialistes des médias, près de 5 milliards de téléspectateurs à travers le monde sur les 8 milliards d’êtres humains que supporte désormais la Terre depuis une semaine, selon les démographes. C’est dire si les enjeux sont de taille, et surhumaines les batailles livrées en amont par la sphère financière adossée à la puissance politique. Car qui peut ne pas voir que le foot n’est plus qu’une affaire d’argent, de lobbying et de volonté de puissance ? Seuls les passionnés naïfs du foot d’avant, celui du monde d’hier, continuent de suivre un match en expectant ce doux et innocent plaisir que procure une talonnade, une passe décisive ou à l’aveugle, à l’origine d’un beau but marqué par leur joueur adulé.

Le foot, “meilleure invention de l’Homme après le bonheur”

Né au milieu du XIXe siècle en Angleterre sur les terrains boueux derrière des usines où s’échinaient des ouvriers vannés, et pratiqué aussi comme sport collectif par de jeunes aristocrates dans des universités prestigieuses, telle celle de Cambridge, (voir avec profit sur Netflix l’excellente mini-série “The English Game”), le football s’est répandu devenant le sport le plus populaire du monde. Mais ce sont les terrains vagues et poussiéreux, notamment d’Amérique latine et d’Afrique, qui vont, plus tard, former des cohortes de joueurs talentueux. Sport des pauvres, “opium du peuple !” alertaient les militants marxistes qui ne voyaient pas d’un bon œil cette pratique qui détournerait la classe laborieuse du “grand soir”.

Longtemps, le football a donc fait et fait encore la joie des gens de peu. Il leur procure cette sensation rare que seule un conte, une belle fiction ou un rêve inouï est capable de susciter. Bref, le foot est “la meilleure invention de l’Homme après le bonheur”, comme disait une ancienne publicité d’une marque de chocolat. Peut-être parce qu’il rappelle par ses rebondissements et sa ferveur, dans l’unité du temps et celle de l’espace, ces tragédies grecques qui faisaient le bonheur de la plèbe dans l’Antiquité.

90 min de rêves et de suspense, qui sont aussi la durée moyenne d’un bon film ou d’une pièce de théâtre. Avec cette différence majeure qu’aucun scénariste n’est à l'origine de cette narration car, jusqu’à l’ultime seconde, nul n’en connait le dénouement. C’est cela qui fait la magie de ce jeu populaire transformé en enjeu économique par les entreprises et géostratégique par certains États. Dès lors, il a déserté les rubriques des médias consacrées au sport pour les éditos alarmistes et moralisateurs, les débats télévisés enflammés animés par des experts verbeux qui n’ont jamais tapé dans un ballon ni fréquenté un stade.

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