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Mehdi Michbal

Coupe du Monde Qatar-2022 : match Maroc-Croatie

Mondial. Le réalisme de Regragui et la leçon belge

Le 24 novembre 2022 à 11h35

Modifié 24 novembre 2022 à 12h35

Le match du Maroc contre la Croatie montre que, dans le foot national, il y a désormais un avant et un après Walid Regragui. La défaite "naïve" du Canada contre la Belgique, quelques heures plus tard, n’a fait que le confirmer. Voilà pourquoi.

« Copie propre, peut mieux faire ». C’est le commentaire que l’on pourrait faire à propos de la prestation du Maroc contre la Croatie. Face à l’une des meilleures équipes au monde, un milieu d’enfer avec un Luka Modrić en costume cravate, les Lions de l’Atlas ont arraché un nul : un résultat plus que positif, que l’on doit au réalisme de Walid Regragui et à la discipline de son onze.

Arrivé moins de trois mois avant le jour J, le coach national a vite imprimé son style, sa vision et sa philosophie de jeu. Et le résultat est impressionnant. On n’a pas gagné certes, mais ce match est un tournant dans l’histoire du foot marocain. Il y a un avant et un après Walid.

C’est peut-être la première fois de l’histoire du foot national que l’on voit jouer l’équipe marocaine de cette manière. Walid Regragui nous a fait sortir de l’obsession de la possession, de la prestation, « d’Al Ada », comme il dit. Il a laissé le ballon aux croates, a joué avec un bloc défensif compact, combatif, obstruant tous les espaces (ou presque) où auraient pu s'insérer les talentueux finalistes du Mondial 2018.

Un Brésil du continent sans titres… BASTA !

Mercredi 23 novembre, le Maroc a joué comme une équipe européenne. Exit la naïveté d’antan, cette volonté d'impressionner les spectateurs à tout prix, au risque de perdre à la fin… comme en 2018 face à l’Iran ou le Portugal. Pourtant, même avec ce point au compteur qui nous laisse toujours vivant pour la suite de la compétition, des supporters marocains disent ne pas avoir reconnu l’équipe du Maroc, la critiquent, considèrent qu’elle a mal joué, et c’est normal. Car elle a changé de peau, de style. Et ils ne s’en rendent peut-être pas compte. Ils doivent s’habituer désormais à la méthode Regragui, et upgrader d’un cran leur manière de regarder un match de foot.

C’est quoi « bien jouer » ? Enchaîner de belles phases de jeu en faisant fi du résultat final ? Non, merci.

Le Maroc joue son sixième Mondial, nous disposons d’une belle génération de joueurs qui évoluent dans de grandes équipes, participer pour faire bonne figure ne suffit plus, c’est le discours du « colonisé », des « faibles », de ceux qui aspirent tout au plus à amuser la galerie. Quand on s’engage dans une compétition, c’est pour gagner.

Et pour gagner, on n’est pas obligé de « bien jouer ». Il s'agit d’être efficace en défense d’abord, ne pas encaisser de buts, ne pas perdre. Et rester à l'affût de la moindre occasion qui se présente pour mettre le ballon dans les filets adverses. Lors de ce Maroc-Croatie, on a été bons, très bons, sur le premier volet, un peu moins sur le second.

Notre équipe a créé trois occasions, mais aucune ne s’est concrétisée en buts. C’est là où on a péché, où on peut mieux faire. Et c’est sur cela que les joueurs de Walid doivent travailler s’ils veulent aller le plus loin possible dans cette compétition que l’on joue presque à domicile et espérer gagner un jour la Coupe d’Afrique des Nations.

On nous a longtemps qualifiés dans l’univers mondial du foot de « Brésil de l’Afrique ». C’est flatteur. Mais ce Brésil africain, contrairement au vrai Brésil, n’a dans son palmarès qu’une seule coupe continentale, gagnée en 1976 en Ethiopie ! Ce que fait Walid Regragui aujourd’hui, c’est transformer ce petit Brésil en « little Italy ». Et il l’a bien démontré lors de son premier match officiel contre la Croatie.

La démonstration belge…

L’autre match de notre groupe, qui a opposé les Belges aux Canadiens, est venu certainement le conforter dans sa philosophie de jeu, et nous rassurer également par rapport à ce tournant que prend le foot national avec ce jeune coach du terroir. Ce match joué mercredi, en début de soirée, est une démonstration grandeur nature de ce qu’est devenu le foot moderne, depuis que le tiki-taka des Barcelonais s’est écroulé face à l’Inter Milan de Mourinho et le Réal de maître Ancelotti.

Les Canadiens ont tout fait... Ils ont contrôlé la balle, joué pratiquement tout le match dans le camp adverse, devant des Belges qui en apparence étaient impuissants, méconnaissables, mais qui n’ont pas encaissé de buts malgré les dizaines d'occasions créées par le Canada. Les diables rouges sont restés compacts, guettant la petite ouverture qui leur permettra d’arracher la victoire. Et il a suffi d’une balle bien sentie arrivée directement de l’axe défensif, derrière le dos des défenseurs nord-américains, pour que l’attaquant belge, Batshuayi, envoie la balle au fond des filets et tue le match.

En deux touches, l’affaire était pliée. La Belgique sort ainsi, avec trois points, leader de son groupe, devant le Maroc et la Croatie (qui ont un point chacun). Et le Canada qui a fait la meilleure prestation du groupe en termes de jeu, selon les standards des romantiques nostalgiques d’un certain foot des années 1970 : zéro point. Voilà ce que l’histoire retiendra.

Arrêtons de juger l’équipe nationale de Walid Regragui avec les lunettes du passé. Les Lions de l’Atlas ont montré mercredi qu’ils ont mûri. Les 40 millions d'entraîneurs qui regardent les matchs sur leur canapé doivent maintenant suivre…

« Que la stratégie soit belle est un fait, mais n’oubliez pas de regarder le résultat », disait un autre Lion, Sir Winston Churchill, en pleine seconde guerre mondiale. L’histoire a prouvé qu’il avait raison.

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