Bourse de Casablanca : qui a profité de la baisse, qui a vendu ?

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Par | Le 5/7/2026 à 12:08
Après trois années de hausse, la Bourse de Casablanca a brusquement marqué le pas. La correction de près de 9% du premier trimestre n’a pourtant pas provoqué le mouvement de fuite que l’on pouvait imaginer : les chiffres de l’AMMC montrent un marché encore actif, mais plus prudent, où les investisseurs n’ont pas tous joué la même partition. Explications.

L'essentiel

  • Les personnes physiques marocaines sont restées acheteuses nettes au premier trimestre, avec 6,2 milliards de dirhams (MMDH) d'achats contre 5,6 MMDH de ventes, malgré une correction de près de 9% du marché.
  • Les personnes morales marocaines ressortent comme les principales vendeuses nettes du trimestre, avec 7,9 MMDH de ventes contre 6,3 MMDH d'achats, dans un contexte marqué par des arbitrages et des prises de bénéfices.
  • Les organismes de placement collectif en valeurs mobilières (OPCVM) ont joué un rôle d'amortisseur de la correction. Premiers intervenants sur la cote (38,4% des échanges), ils sont restés acheteurs nets et ont absorbé une partie des dégagements des personnes morales marocaines.
  • Les investisseurs ont continué à intervenir sur le marché, mais avec des montants unitaires plus faibles. Le volume des échanges a reculé de 16,7%, tandis que le nombre d'ordres a progressé de 59,2%, traduisant des prises de position plus progressives.
  • Les personnes morales étrangères ont renforcé leurs achats, avec une progression de 70,2% sur un an. Elles ressortent en position acheteuse nette, même si leur poids demeure limité à 6,1% des échanges.

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Les détails

Le premier trimestre 2026 a été marqué par une correction de près de 9% du marché boursier marocain. Cette baisse, que nous avons déjà largement expliquée, s’explique par la multiplication des prises de bénéfices, après trois années consécutives de hausse, dans un contexte d'assèchement de la liquidité, avant que les tensions géopolitiques au Moyen-Orient ne renforcent l'aversion au risque des investisseurs.

Mais au-delà de l'évolution des indices, une autre question mérite d'être posée : qui a réellement vendu pendant cette phase de correction ? Beaucoup pouvaient penser que les particuliers étaient les premiers à alléger leurs positions.

Les statistiques publiées par l'Autorité marocaine du marché des capitaux (AMMC) dans son rapport sur le profil des investisseurs racontent pourtant une autre histoire. Elles montrent que les personnes physiques marocaines sont restées acheteuses nettes au premier trimestre, tandis que les personnes morales marocaines ont, à l'inverse, été vendeuses nettes.

Plus d'ordres, moins de volumes : vers des transactions de plus petite taille

Il ressort de ces statistiques que, si le volume des échanges sur le marché central a reculé de 16,7% en glissement annuel, à 26,3 MMDH, le nombre d'ordres a progressé de 59,2%, atteignant 869.262, tandis que le nombre de contrats a augmenté de 47,2%, à 416.399.

Les investisseurs ont continué à intervenir sur le marché, mais avec des montants unitaires plus faiblesEn clair, les investisseurs ont continué à intervenir sur le marché, mais avec des montants unitaires plus faibles. Ils ont multiplié les opérations, sans pour autant générer les mêmes volumes qu'un an auparavant. La hausse beaucoup plus rapide du nombre d'ordres que des volumes montre ainsi que les échanges sont davantage fragmentés, avec des prises de position qui se font progressivement plutôt qu'en une seule opération.

Ce comportement est cohérent avec les conditions de marché observées au cours du premier trimestre. Dans un environnement international plus incertain, les investisseurs ont visiblement privilégié une approche plus prudente, en construisant ou en allégeant leurs positions par étapes.

Les particuliers achètent, les personnes morales marocaines vendent

Alors que beaucoup pouvaient penser que la correction du premier trimestre avait poussé les particuliers à quitter le marché, les chiffres montrent l'inverse. Les personnes physiques marocaines sont restées acheteuses nettes, avec 6,2 MMDH d'achats contre 5,6 MMDH de ventes, soit un solde positif d'un peu plus de 600 MDH. Elles représentent par ailleurs 22,6% du volume des échanges sur le marché central.

Ce comportement montre que les particuliers n'ont pas cédé à la baisse. Au contraire, une partie d'entre eux semble avoir profité du repli des cours pour renforcer progressivement leurs positions. Une attitude qui s'explique d'autant plus que la correction est intervenue après trois années consécutives de hausse, ramenant certaines valorisations à des niveaux jugés plus attractifs.

À l'inverse, les personnes morales marocaines ont été vendeuses nettes sur le trimestre. Elles ont réalisé 7,9 MMDH de ventes, contre 6,3 MMDH d'achats, représentant à elles seules 30,4% des ventes sur le marché central.

Cette différence de comportement laisse penser que les personnes morales marocaines ont davantage procédé à des arbitrages de portefeuilles et à des prises de bénéfices dans un contexte de correction du marché. Les particuliers, eux, ont plutôt adopté une logique inverse, en profitant des replis pour revenir progressivement à l'achat.

Les OPCVM confirment leur rôle de pilier du marché, les investisseurs étrangers reviennent progressivement

Les chiffres confirment également le rôle central des OPCVM sur la Bourse de Casablanca. Au premier trimestre, ils ont concentré 38,4% des échanges sur le marché central actions, devant les personnes morales marocaines (27,2%) et les particuliers (22,6%). Ils demeurent également acheteurs nets, avec 10,8 MMDH d'achats contre 9,3 MMDH de ventes.

Avec un solde acheteur de près de 1,5 MMDH, les OPCVM ont absorbé une partie des dégagements des personnes morales marocaines, principales vendeuses nettes du trimestre. Ils ont ainsi joué un rôle d'amortisseur, contribuant à préserver la liquidité du marché malgré la correction des indices. Leur horizon d'investissement, généralement plus long, ainsi que les flux réguliers collectés auprès des épargnants, leur permettent de maintenir une présence soutenue sur le marché, y compris dans les périodes de volatilité.

Les OPCVM ont joué le rôle d'amortisseur de la correctionLes statistiques mettent également en évidence une évolution du côté des investisseurs étrangers. Les personnes morales étrangères ont réalisé 1,63 MMDH d'achats, en hausse de 70,2% par rapport au premier trimestre 2025, tandis que leurs ventes ont reculé de 7,5%, à 1,55 MMDH. Elles se retrouvent donc elles aussi en position acheteuse nette.

Même si leur poids reste encore limité, avec 6,1% du volume des échanges sur le marché central, cette progression des achats constitue un signal encourageant. Elle traduit un regain d'intérêt des investisseurs étrangers pour la place casablancaise, dans un contexte où les fondamentaux du marché demeurent solides et où la correction du premier trimestre a pu offrir des points d'entrée plus attractifs sur plusieurs valeurs.

Des comportements différents, mais une même prudence

Au-delà des positions acheteuses ou vendeuses de chaque catégorie d'investisseurs, les statistiques mettent en évidence un changement de comportement. Toutes les grandes catégories d'intervenants ont réduit leurs achats par rapport au premier trimestre 2025.

Les acquisitions des OPCVM ont reculé de 26,8%, celles des particuliers de 19,8%, et celles des personnes morales marocaines de 10,2%. Même les investisseurs restés acheteurs nets ont donc réduit le rythme de leurs investissements.

Cette évolution confirme que la correction du premier trimestre n'a pas entraîné un retrait des investisseurs, mais plutôt une approche plus prudente. Les OPCVM ont notamment joué un rôle déterminant en absorbant une partie des dégagements des personnes morales marocaines, principales vendeuses nettes du trimestre, contribuant ainsi à préserver la liquidité du marché.

Enfin, les investisseurs étrangers ont envoyé un signal plus encourageant. Malgré leur poids encore limité, leurs achats ont bondi de 70,2% sur un an, tandis que leurs ventes ont reculé de 7,5%. Ils ressortent ainsi en position légèrement acheteuse, un mouvement qui peut traduire un regain d'intérêt pour la place casablancaise après la correction du début d'année.

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