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Dossier Cet article est issu du dossier «FIFA Coupe du Monde U20 Chili 2025 : les leçons d’une mobilisation nationale marocaine à la veille du Mondial 2026» Voir tout le sommaire
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Épisode 6. Supporters ou ambassadeurs ? Quand accompagner l’équipe nationale devient une forme de représentation du Maroc

Les épisodes précédents ont montré comment plusieurs centaines de Marocains ont traversé la planète pour soutenir les Lionceaux de l’Atlas lors de la finale de la Coupe du monde U20 au Chili. Ils ont également révélé que les joueurs ne considéraient pas ces supporters comme de simples spectateurs, mais comme des acteurs participant à l’environnement de performance de l’équipe. Pourtant, au fil des observations réalisées durant le voyage, une autre dimension est progressivement apparue. Nombre de supporters ne se percevaient plus uniquement comme de simples individus venus encourager une équipe nationale. Ils avaient le sentiment, parfois implicite, parfois revendiqué, de représenter eux-mêmes le Maroc.

Épisode 6. Supporters ou ambassadeurs ? Quand accompagner l’équipe nationale devient une forme de représentation du Maroc
Deux supporters marocains sous un grand drapeau national dans les tribunes de l’Estadio Nacional de Santiago, avant la finale de la Coupe du monde U20 entre le Maroc et l’Argentine, le 19 octobre 2025.
Dorayde Belbaraka
Le 22 juin 2026 à 13h18 | Modifié 22 juin 2026 à 13h19

Cette perception commence à se construire bien avant l’arrivée au stade. Dans les avions, dans les aéroports, dans les hôtels ou dans les espaces publics de Santiago, les supporters marocains sont constamment visibles. Ils portent les couleurs nationales, arborent des drapeaux, échangent avec des voyageurs étrangers et deviennent, souvent sans en avoir pleinement conscience, les premiers interlocuteurs rencontrés par de nombreuses personnes souhaitant appréhender le Maroc, son football ou sa culture.

Épisode 6. Supporters ou ambassadeurs ? Quand accompagner l’équipe nationale devient une forme de représentation du Maroc

Par Dorayde Belbaraka, docteur en sociologie politique du sport.

Au cours des entretiens réalisés durant le séjour, plusieurs participants évoquent cette responsabilité particulière. Ils expliquent qu’à l’étranger, chaque comportement individuel peut être interprété comme une représentation du pays tout entier. L’un d’eux résume cette idée avec simplicité : "Quand tu portes le drapeau du Maroc à l’étranger, tu ne représentes plus seulement toi-même". 

Le drapeau comme responsabilité

Cette conscience du regard extérieur semble s’être renforcée au fil des expériences internationales accumulées par les supporters marocains. Plusieurs personnes rencontrées au Chili avaient déjà accompagné les équipes nationales lors d’autres compétitions majeures. La Russie en 2018, le Qatar en 2022, puis le Chili en 2025 apparaissent fréquemment dans les récits comme les différentes étapes d’un même apprentissage collectif.

"Cela a commencé depuis la Russie en 2018. Il y avait pas mal de personnes qui étaient en Russie, puis au Qatar, et maintenant elles continuent à se déplacer pour différentes compétitions. Il y a même celles qui voyagent pour le futsal et d’autres événements sportifs. Tout cela, c’est pour encourager l’équipe et essayer de ramener la coupe", explique ainsi un supporter marocain résidant en France.

Ce témoignage révèle une évolution importante. Le déplacement international n’apparaît plus comme un événement exceptionnel réservé à quelques passionnés. Au fil des compétitions, une partie du public marocain a progressivement accumulé une expérience internationale qui transforme profondément le supportérisme national. Les déplacements vers la Russie, le Qatar, les compétitions continentales de futsal, les Jeux olympiques ou encore la Coupe du monde U20 au Chili ont permis l’acquisition d’un véritable savoir-faire collectif. Plusieurs supporters connaissent désormais les procédures de voyage, les logiques organisationnelles des grandes compétitions, les mécanismes de réservation, les contraintes administratives et les modes de coordination internationale aussi bien que certains professionnels du secteur événementiel. Cette accumulation d’expériences produit progressivement une forme d’expertise populaire du supportérisme international.

Une expertise populaire du voyage sportif

Cette évolution contribue également à transformer la géographie du supportérisme marocain. Les deux avions partis de Casablanca ne représentent qu’une partie des supporters présents à Santiago. Tout au long du séjour, il est possible de rencontrer des Marocains venus du Canada, des États-Unis, du Mexique, du Brésil, d’Argentine, du Chili, de France, de Belgique ou encore d’Espagne.

La présence d’un supporter arrivé spécialement du Sri Lanka suscite d’ailleurs de nombreuses discussions parmi les voyageurs. Pour plusieurs d’entre eux, elle symbolise parfaitement la dispersion mondiale des Marocains et la capacité du football à réunir temporairement des personnes vivant dans des contextes extrêmement éloignés les uns des autres.

Dans les tribunes, dans les hôtels ou dans les rues de Santiago, les conversations s’engagent naturellement entre des personnes qui ne se seraient probablement jamais rencontrées autrement. Un étudiant vivant au Maroc échange avec un entrepreneur installé au Canada. Un salarié arrivé de France discute avec un Marocain résidant au Chili. Pendant quelques jours, les distances géographiques semblent s’effacer derrière une appartenance commune.

Cette dimension transnationale apparaît comme l’un des enseignements majeurs du terrain chilien. L’équipe nationale agit comme un point de convergence capable de réunir temporairement des individus dispersés à travers le monde. À travers elle, se construit une forme de communauté marocaine mondialisée qui dépasse largement les frontières administratives du Royaume.

Les supporters, nouvelle image du Maroc

Cette réalité apparaît également dans les discours de plusieurs supporters qui expliquent avoir progressivement pris conscience qu’ils étaient observés. Les réseaux sociaux, les retransmissions télévisées et les images diffusées dans le monde entier confèrent désormais une visibilité internationale aux tribunes marocaines. Les supporters savent que leurs comportements, leurs chants, leurs réactions et leur manière d’occuper l’espace public contribuent eux aussi à façonner certaines représentations du Maroc.

Cette idée apparaît notamment dans les propos de Rachida, médecin présente au Chili pour soutenir l’équipe nationale. "Nous avions besoin de montrer que les Marocains sont unis et qu’ils peuvent réussir un grand projet collectif".

Et d'ajouter : "Je pense que c’est ce qui va mettre le Maroc en avant sur le plan international".

À travers ces propos apparaît une représentation particulièrement intéressante du supportérisme contemporain. Les supporters ne sont plus seulement des personnes qui accompagnent une équipe nationale. Ils deviennent également les porteurs d’un récit collectif sur le Maroc, sa capacité d’organisation, son unité et son rayonnement international.

Cette évolution a progressivement nourri ma propre réflexion de chercheur. En observant cette mobilisation, une intuition s’est imposée. Je me suis dit que l’équipe nationale marocaine était devenue une marque. Puis une seconde idée est apparue : les supporters marocains sont eux aussi une marque.

Cette intuition ne renvoie évidemment pas à une marque au sens commercial du terme. Elle renvoie à la capacité des supporters à produire une image, une réputation et des représentations qui circulent désormais à l’échelle internationale. À travers leurs comportements, leur visibilité et leur capacité à se mobiliser aux quatre coins du monde, ils participent eux aussi à la construction de l’identité internationale du football marocain.

Au fond, l’expérience chilienne révèle que le supportérisme marocain est entré dans une nouvelle phase de son histoire. Les supporters ne se définissent plus uniquement par leur attachement à une équipe nationale. Ils se vivent de plus en plus comme les représentants informels d’un pays dont ils souhaitent porter les couleurs bien au-delà des frontières du Royaume.

Cette transformation ne repose ni sur un mandat officiel ni sur une fonction institutionnelle. Elle résulte de l’expérience accumulée au fil des compétitions internationales, de la multiplication des déplacements et de la prise de conscience progressive que les supporters eux-mêmes participent à la présence du Maroc dans le monde.

Mais cette aventure ne s’arrête pas au coup de sifflet final.

Après la victoire, une autre scène va prolonger de manière inattendue les liens construits tout au long du séjour. Quelques heures après avoir remporté la première Coupe du monde de l’histoire du football marocain, les joueurs, les membres du staff et les supporters se retrouvent réunis dans un même espace : l’avion du retour vers le Maroc.

Ce voyage va offrir un dernier moment de partage entre ceux qui ont porté le maillot sur le terrain et ceux qui ont traversé plusieurs continents pour les accompagner depuis les tribunes. Les échanges qui naîtront à bord révéleront une nouvelle fois à quel point cette Coupe du monde a été vécue comme une aventure collective.

C’est ce dernier chapitre de l’épopée chilienne que nous explorerons dans le prochain épisode : Le vol des champions : quand joueurs et supporters partagent une même victoire.

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Dorayde Belbaraka
Le 22 juin 2026 à 13h18
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