img_pub
Rubriques
Mondial2026

Nasser Larguet : “Le football marocain est devenu un générateur de richesse”

Le football marocain n’a pas toujours été une industrie. Nasser Larguet se souvient d’un temps où il relevait encore du loisir, avant la professionnalisation des clubs, les droits télévisés, l’Académie Mohammed VI et l’épopée de 2022. À l’approche du Mondial 2030, l’ancien directeur technique national explique comment les Lions de l’Atlas ont également changé le regard porté sur le Maroc, bien au-delà du terrain.

Nasser Larguer, ancien directeur technique des Lions de l'Atlas
Nasser Larguer, ancien directeur technique des Lions de l'Atlas
Par
Le 22 juin 2026 à 14h41 | Modifié 22 juin 2026 à 16h22

L'essentiel

  • Pour Nasser Larguet, l’épopée de 2022 a fait basculer le football marocain dans une autre dimension, en donnant au pays une visibilité internationale inédite.
  • L’ancien directeur technique national voit dans ce succès l’aboutissement de quinze ans d’investissement dans la formation, autour notamment de l’Académie Mohammed VI et de la montée des compétences locales.
  • Au-delà du terrain, il estime que les Lions de l’Atlas ont renforcé l’image du Maroc, stimulé le tourisme et contribué à installer un climat de confiance auprès des investisseurs.
  • Alors que le Maroc dispute le Mondial 2026 en Amérique du Nord et prépare celui de 2030, Nasser Larguet insiste sur l’enjeu des infrastructures, de l’organisation et de l’efficacité sportive.

-oOo-

Les détails

L’épopée historique de la sélection nationale de football lors de la Coupe du monde 2022 a marqué un tournant dans le rayonnement international du Maroc, estime Nasser Larguet, ancien directeur technique national et ex-directeur de l’Académie Mohammed VI, qui affirme que cet exploit sportif a agi comme un puissant levier d’influence et de développement, renforçant son attractivité auprès des investisseurs étrangers.

Alors que les Lions de l’Atlas disputent actuellement la Coupe du monde 2026 en Amérique du Nord et que le Maroc se prépare déjà à coorganiser celle de 2030, Nasser Larguet revient pour Médias24 sur les enjeux et les retombées économiques attendues de ces rendez-vous planétaires.Comment le football est devenu un moteur économique

Médias24 : Le Maroc a participé à sa première Coupe du monde en 1970. Pourquoi a-t-il fallu attendre si longtemps pour que le football devienne un véritable levier économique ?

Nasser Larguet : Dans les années 1970, le football était avant tout perçu comme un loisir, car on jouait entre amis, sans véritable perspective professionnelle.

Mais progressivement, les choses ont changé avec la professionnalisation des clubs, l’arrivée du sponsoring, puis surtout celle des droits télévisés, qui ont complètement transformé l’économie du football.

C’est à ce moment qu’on a compris que ce sport pouvait générer des revenus, créer des emplois et devenir un secteur économique à part entière.Quinze ans d’investissements et de formation

– Peut-on dire que le parcours de 2022 est le résultat d’une stratégie de long terme ?

– Absolument, car rien n’est arrivé par hasard. C’est sous l’impulsion du Roi Mohammed VI que le Maroc a investi dans la formation, avec la création de l’Académie Mohammed VI et le développement de cursus pour les entraîneurs.

Le résultat de 2022 est par conséquent l’aboutissement de quinze années de travail au niveau local, où nous avons su également mobiliser les talents marocains formés en Europe.

Pour résumer, c’est la combinaison de toutes ces compétences qui a produit ce succès.

– Mais certains observateurs estiment que la forte présence de joueurs binationaux relativise les résultats de la formation locale ?

– Sachant qu’une équipe nationale doit rassembler les meilleurs joueurs disponibles, il n’est pas pertinent d’opposer les talents formés au Maroc à ceux formés à l’étranger, car c’est leur complémentarité qui constitue une force et explique notre qualification en demi-finale au Qatar.

Pour s’en convaincre, je rappelle que plusieurs joueurs issus de l’Académie Mohammed VI évoluent actuellement au plus haut niveau mondial et continuent d’alimenter l’équipe nationale.

– La nomination de Walid Regragui a-t-elle marqué un tournant pour les entraîneurs marocains ?

– L’arrivée de Walid Regragui a en effet démontré que les compétences marocaines sont capables de réussir au plus haut niveau. Ce n’est pas un cas isolé, car le Maroc dispose aujourd’hui d’un vivier de techniciens compétents.

Si notre football est devenu une référence continentale, c’est parce que notre pays a choisi de développer ses propres ressources humaines, en s’inspirant des meilleures pratiques internationales.Investisseurs et touristes séduits par la marque Maroc

– Dans quelle mesure l’épopée au Qatar a-t-elle renforcé l’image du Maroc à l’international ?

– Ce parcours historique a en effet offert au Maroc une visibilité exceptionnelle, avec des milliards de téléspectateurs qui ont découvert notre pays, son drapeau et sa position géographique.

Mais au-delà de l’exploit sportif, il a surtout projeté l’image d’un pays moderne, stable, bien organisé, qui reste fidèle à ses traditions.

Au final, cette notoriété a constitué un formidable atout pour attirer touristes et investisseurs.

– Le football peut-il réellement influencer les décisions d’investissement ?

– Bien sûr, car l’image projetée à l’international joue un rôle essentiel dans les décisions économiques.

À ce propos, beaucoup de personnes ont découvert le Maroc après la Coupe du monde ou se sont davantage intéressées au pays grâce à notre visibilité, ce qui a renforcé la confiance.

Partant du principe que les investisseurs étrangers recherchent des environnements stables, modernes et attractifs, le football a indéniablement contribué à construire cette image positive.

– Avez-vous déjà constaté des retombées économiques concrètes ?

– La réponse est encore une fois positive, car nous avons observé une forte progression du tourisme depuis 2022.

En outre, de nombreux joueurs marocains investissent également dans leur pays, notamment dans l’immobilier ou les activités commerciales.

Au regard des retombées économiques, on peut dire que le football est un ascenseur social, mais aussi un générateur de richesse qui favorise l’investissement, l’emploi et la circulation des capitaux.Un puissant outil de soft power

– Peut-on considérer le football comme un outil de soft power au même titre que le tourisme ?

– Sans aucun doute, car le football est devenu un puissant levier d’influence qui valorise notre image, attire les visiteurs étrangers, stimule les investissements et renforce le sentiment d’appartenance.

Au-delà du soft power, il faut rappeler que peu de secteurs ont une capacité comparable à fédérer les populations tout en générant des retombées économiques.

– La désignation du Maroc comme coorganisateur du Mondial 2030 est-elle une récompense sportive ou économique ?

– C’est le résultat des deux dimensions, sportive et économique, car nos performances sportives ont renforcé la crédibilité du Maroc, mais elles se sont également appuyées sur un développement remarquable de nos infrastructures, de l’organisation et de la gouvernance.

Cette combinaison a démontré que notre pays disposait de tous les atouts nécessaires pour accueillir un événement de cette ampleur.Pourquoi 2030 peut transformer durablement l’économie nationale

– Quels secteurs profiteront le plus de l’effet Coupe du monde 2030 ?

– De nombreux secteurs, car la préparation du Mondial 2030 mobilise déjà des investissements importants qui créeront des emplois et amélioreront durablement les équipements du pays.

Le tourisme sera certainement, une nouvelle fois, le premier bénéficiaire, mais il faut aussi citer les infrastructures, les transports, l’immobilier, la santé, les services et l’événementiel.

– Certains craignent pourtant que les nouveaux stades deviennent des éléphants blancs après 2030 ?

– Je n’y crois absolument pas, car le Maroc a pris en considération cette problématique, déjà rencontrée par d’autres pays comme la Grèce ou l’Afrique du Sud, qui ont organisé des Jeux olympiques ou un Mondial de football, et en a tiré les leçons.

Bien avant de sortir de terre ou d’être rénovés, ces équipements ont été pensés pour ne pas vivre uniquement les jours de match, mais pour devenir des lieux de vie accueillant concerts, manifestations culturelles, événements sportifs et activités commerciales.

– Alors que le Maroc dispute actuellement le Mondial 2026 en Amérique du Nord, êtes-vous optimiste pour l’avenir des Lions de l’Atlas dans cette compétition ?

– Oui, mais avec lucidité, car le Maroc n’est plus une surprise pour les équipes du continent ou d’ailleurs, qui veulent désormais battre les Lions de l’Atlas.

Si nous disposons d’un groupe talentueux et solide défensivement, le véritable défi consistera à gagner en efficacité offensive pour continuer à rivaliser avec les meilleures nations du football.

Si vous voulez que l'information se rapproche de vous Suivez la chaîne Médias24 sur WhatsApp
© Médias24. Toute reproduction interdite, sous quelque forme que ce soit, sauf autorisation écrite de la Société des Nouveaux Médias. Ce contenu est protégé par la loi et notamment loi 88-13 relative à la presse et l’édition ainsi que les lois 66.19 et 2-00 relatives aux droits d’auteur et droits voisins.
Par
Le 22 juin 2026 à 14h41

à lire aussi

Migration : à l’ONU, les provinces du Sud défendent leur modèle d’accueil
Quoi de neuf

Article : Migration : à l’ONU, les provinces du Sud défendent leur modèle d’accueil

À Genève, Abdellah Boufouss a mis en avant les dispositifs déployés à Laâyoune et Dakhla pour les personnes migrantes, tout en appelant les États à respecter le principe de non-refoulement.

Législatives 2026 : le PAM lance une plateforme pour sélectionner ses candidates régionales
Elections 2026

Article : Législatives 2026 : le PAM lance une plateforme pour sélectionner ses candidates régionales

Du 22 au 28 juin à minuit, les militantes intéressées devront déposer leur dossier en ligne avant un examen par une commission conjointe, puis d’éventuels entretiens individuels dont les résultats seront publiés sur le portail officiel du parti.

Bourse de Casablanca : le MASI termine la séance en hausse de 0,21%
La séance du jour

Article : Bourse de Casablanca : le MASI termine la séance en hausse de 0,21%

La Bourse de Casablanca a clôturé la séance du 22 juin dans le vert. Le MASI a progressé de 0,21%, soutenu notamment par les hausses de Minière Touissit, Zellidja et SMI, dans un marché ayant généré près de 160 MDH d'échanges.

Streaming illégal : avant le Mondial 2030, le Maroc prépare un tour de vis
DROIT

Article : Streaming illégal : avant le Mondial 2030, le Maroc prépare un tour de vis

Alerte de Bank Al-Maghrib sur les faux sites de streaming, réforme législative en préparation, offensive judiciaire et technique de chaînes internationales... Au Maroc, plusieurs initiatives se déploient simultanément pour renforcer la protection des droits de diffusion audiovisuelle, avec en ligne de mire la Coupe du monde de football 2030.

Code du médicament : le projet de loi 27.26 adopté en commission à la Chambre des conseillers
Quoi de neuf

Article : Code du médicament : le projet de loi 27.26 adopté en commission à la Chambre des conseillers

Le texte renforce les prérogatives de l’Agence marocaine des médicaments et des produits de santé et prévoit un encadrement plus strict de certains compléments alimentaires, notamment lorsque leur composition, leur dosage ou leurs effets justifient une prescription médicale.

CGEM : une nouvelle équipe autour de Mehdi Tazi pour le mandat 2026-2029 tournée vers l’innovation
NATION

Article : CGEM : une nouvelle équipe autour de Mehdi Tazi pour le mandat 2026-2029 tournée vers l’innovation

Réuni ce lundi 22 juin, le premier conseil d’administration de la nouvelle mandature a validé vingt commissions permanentes, un bureau exécutif resserré autour de Mehdi Tazi et Mohamed Bachiri, ainsi que plusieurs nominations destinées à élargir la représentation des femmes, des jeunes entreprises innovantes et des entrepreneurs marocains du monde.

Médias24 est un journal économique marocain en ligne qui fournit des informations orientées business, marchés, data et analyses économiques. Retrouvez en direct et en temps réel, en photos et en vidéos, toute l’actualité économique, politique, sociale, et culturelle au Maroc avec Médias24

Notre journal s’engage à vous livrer une information précise, originale et sans parti-pris vis à vis des opérateurs.

Toute l'actualité