img_pub
Rubriques
Publicité
Publicité
Dossier Cet article est issu du dossier «FIFA Coupe du Monde U20 Chili 2025 : les leçons d’une mobilisation nationale marocaine à la veille du Mondial 2026» Voir tout le sommaire
Contributions

Épisode 5. Une nation en mission : quand le football rassemble diplomates, institutions et citoyens dans une même aventure

Les épisodes précédents ont montré comment plusieurs centaines de Marocains ont traversé la planète pour soutenir les Lionceaux de l’Atlas lors de la finale de la Coupe du monde U20 au Chili et comment les joueurs eux-mêmes considéraient ce public comme un acteur de leur réussite. Pourtant, au fil du terrain, une autre réalité est progressivement apparue. Derrière les joueurs et les supporters se trouvait un ensemble beaucoup plus vaste d’acteurs qui avaient le sentiment de participer à la même mission. Des employés de la Royal Air Maroc aux équipages des avions, des diplomates aux responsables institutionnels, chacun semblait mobilisé autour d’un objectif commun : permettre au Maroc de remporter son premier titre mondial. Cette mobilisation collective a produit un phénomène plus surprenant encore : pendant quelques jours, les hiérarchies sociales et institutionnelles habituellement visibles semblaient s’effacer derrière une identité commune, celle de citoyens engagés dans une même aventure nationale.

Épisode 5. Une nation en mission : quand le football rassemble diplomates, institutions et citoyens dans une même aventure
Des supporters marocains à leur arrivée à Santiago, avant la finale de la Coupe du monde U20 entre le Maroc et l’Argentine, en octobre 2025.
Dorayde Belbaraka
Le 20 juin 2026 à 13h12 | Modifié 20 juin 2026 à 13h13

Lorsque l’offre exceptionnelle de la Royal Air Maroc est annoncée le vendredi 17 octobre 2025, elle apparaît pour beaucoup comme la solution qui rend enfin possible un projet jusque-là presque irréalisable. Depuis la qualification historique du Maroc contre la France en demi-finale, de nombreux supporters cherchaient désespérément un moyen de rejoindre Santiago. Les prix dépassaient souvent les 35 000 dirhams, les trajets nécessitaient parfois plus de trente-cinq heures de voyage et les délais habituels d’obtention des visas rendaient le déplacement extrêmement improbable. Pourtant, malgré ces contraintes, l’envie de partir existait déjà. L’offre de la RAM n’a pas créé cette volonté ; elle lui a simplement donné les moyens de s’exprimer.

Épisode 5. Une nation en mission : quand le football rassemble diplomates, institutions et citoyens dans une même aventure

Par Dorayde Belbaraka, docteur en sociologie politique du sport.

À l’agence RAM de Meknès, cette mobilisation prend immédiatement une dimension particulière. Les bureaux sont remplis, les téléphones sonnent sans interruption et les dossiers s’accumulent. Pourtant, les employés rencontrés ne décrivent jamais cette situation comme une surcharge de travail. En discutant avec les agentes d’accueil puis avec le directeur de l’agence, une même idée revient continuellement. Tous expliquent qu’ils participent à quelque chose qui dépasse largement leur activité professionnelle habituelle. L’agence reste ouverte jusqu’à une heure avancée de la soirée, puis le lendemain jusqu’à dix heures du soir. Lorsque je leur demande comment ils vivent cette mobilisation exceptionnelle, les réponses convergent :

« Pour nous, c’est un devoir national. »

« Nous ne comptons ni nos heures ni notre fatigue. »

« L’important, c’est la réussite de cette opération. »

À travers ces propos apparaît déjà une idée qui reviendra tout au long du voyage : chacun considère qu’il possède une part de responsabilité dans la réussite de cette aventure.

La victoire comme somme de détails

Cette lecture rejoint les propos du sélectionneur Mohamed Ouahbi lorsqu’il analyse les conditions ayant permis la conquête du titre mondial. Pour lui, la victoire ne repose jamais sur un seul facteur. Elle résulte de l’addition de multiples éléments qui, mis bout à bout, créent un environnement favorable à la performance.

« La gagne est la somme de plusieurs détails. »

Dans cette logique, la mobilisation logistique, diplomatique et institutionnelle observée autour du déplacement vers Santiago ne constitue pas un simple accompagnement de l’événement sportif. Elle participe pleinement à la création des conditions de la réussite. Le sélectionneur estime d’ailleurs que la présence des supporters au Chili doit être comprise dans cette perspective plus globale :

« Le public qui était présent est là grâce à une politique mise en place spécialement pour accomplir toutes les conditions nécessaires à la conquête d’un titre mondial. »

Cette même logique se retrouve à bord des avions affrétés pour Santiago. Plusieurs supporters décrivent un climat très différent de celui observé habituellement dans un vol commercial. Bien sûr, les membres d’équipage accomplissent leur mission professionnelle, mais les échanges avec les passagers semblent dépasser le cadre ordinaire du transport aérien. Les attentions se multiplient, les discussions s’engagent naturellement et les relations prennent rapidement une dimension plus personnelle.

Une phrase entendue à plusieurs reprises résume parfaitement ce sentiment :

« On avait l’impression d’être chez nous, mais que notre maison se déplaçait dans les airs. »

En discutant avec plusieurs membres d’équipage, je découvre que beaucoup ne se considèrent pas uniquement comme des professionnels du transport aérien.

« Nous ne nous sentons pas comme des stewards… Nous nous sentons comme des membres de la famille… Nous sommes nous aussi en mission. »

Selon eux, leur rôle consiste à permettre aux supporters d’arriver dans les meilleures conditions possibles afin qu’ils puissent ensuite accomplir leur propre mission dans les tribunes.

« Nous sommes là pour garantir toutes les conditions de confort nécessaires aux supporters… Nous voulons qu’ils arrivent reposés pour encourager les joueurs. »

Certains vont même plus loin :

« Nous sommes supporters avant tout. »

La frontière entre prestataires de service et bénéficiaires du service tend alors à disparaître. Les équipages ne se vivent pas comme des acteurs extérieurs à l’événement mais comme des participants à une même aventure collective.

Un morceau de Maroc à Santiago

Après plus de vingt heures de voyage et plusieurs escales, les premiers supporters marocains découvrent enfin Santiago. Pour beaucoup, il s’agit d’une première visite en Amérique du Sud. Pourtant, le dépaysement attendu laisse rapidement place à une autre impression. Plusieurs supporters expliquent avoir eu le sentiment que le Maroc les attendait déjà à leur arrivée.

Dès la sortie de l’aéroport, les représentants diplomatiques marocains sont présents. Les procédures se déroulent rapidement. Des bus attendent les voyageurs afin de les conduire directement vers la résidence consulaire du Maroc. Pour plusieurs participants, cette organisation contraste fortement avec les difficultés qu’ils imaginaient encore quelques jours auparavant lorsqu’ils tentaient de comprendre comment rejoindre une finale organisée à plus de dix mille kilomètres du Royaume.

À mesure que les bus traversent Santiago, les conversations reviennent souvent sur la même interrogation : comment un déplacement d’une telle ampleur a-t-il pu être organisé en quelques dizaines d’heures seulement ? Beaucoup se rappellent qu’après la demi-finale contre la France, la plupart considéraient encore ce voyage comme impossible. Pourtant, quelques jours plus tard, plusieurs centaines de Marocains se retrouvent réunis au Chili autour d’un même objectif.

L’arrivée à la résidence consulaire constitue probablement le moment où cette prise de conscience devient la plus forte. Un buffet est mis à la disposition des supporters. Les voyageurs peuvent se reposer, échanger et reprendre des forces avant de rejoindre le stade. Mais au-delà de l’accueil matériel, c’est surtout l’atmosphère générale qui marque les esprits. Pendant quelques heures, cette résidence devient une sorte de prolongement symbolique du Maroc.

Pour beaucoup de voyageurs, cette halte produit un effet particulier. Quelques heures auparavant, ils se trouvaient encore dans des aéroports ou dans des avions reliant plusieurs continents. À Santiago, ils retrouvent soudainement des visages familiers, la darija, l’amazigh, les couleurs nationales et un environnement entièrement tourné vers le même objectif.

C’est dans ce contexte qu’intervient l’un des moments les plus marquants du séjour. Le président de la Fédération royale marocaine de football, Fouzi Lekjaa, et le ministre des Affaires étrangères, Nasser Bourita, rejoignent les supporters à la résidence consulaire. Les photographies se multiplient, les discussions s’engagent spontanément et les salutations se succèdent.

Ce qui frappe le plus n’est pas leur présence elle-même mais l’impression que toutes les personnes présentes, quelles que soient leurs fonctions ou leurs responsabilités, semblent concentrées sur le même objectif : voir le Maroc remporter cette Coupe du monde.

Cette impression rejoint une réflexion plus générale formulée par Mohamed Ouahbi lorsqu’il évoque l’évolution récente du sport marocain :

« On est devenus un pays de la gagne… Le Maroc est devenu un pays qui cherche les titres et qui cherche à gagner. »

Selon lui, l’objectif n’est plus simplement de participer ou de réaliser une prestation honorable :

« On ne cherche plus seulement à participer… On ne cherche plus à faire bonne figure ou à donner une bonne image… On cherche à gagner. »

À ses yeux, cette évolution explique précisément la mobilisation coordonnée observée autour de la finale de Santiago. Joueurs, fédération, diplomatie, compagnie aérienne, institutions et supporters participent chacun à leur manière à un même écosystème de performance.

Les invisibles de l’épopée

Les échanges menés avec plusieurs responsables consulaires permettent également de mieux comprendre l’ampleur de la mobilisation déployée pour permettre ce déplacement. Selon plusieurs témoignages recueillis sur place, la consule et ses équipes se sont fortement investies afin de faciliter l’arrivée des supporters marocains sur le territoire chilien. Plusieurs interlocuteurs évoquent un engagement exceptionnel rendu nécessaire par le caractère inédit de l’opération et par les délais extrêmement réduits dans lesquels elle devait être menée.

Pour de nombreux participants, cette mobilisation constituait une nouvelle illustration du caractère collectif de l’aventure. Derrière la performance sportive, ils découvraient l’implication d’une multitude d’acteurs souvent invisibles, mobilisés afin de rendre possible ce déplacement exceptionnel.

La Coupe du monde U20 au Chili apparaît ainsi comme bien davantage qu’un événement sportif. Elle constitue un moment particulier durant lequel des acteurs habituellement séparés par leurs fonctions, leurs statuts ou leurs responsabilités se retrouvent réunis autour d’un même objectif. Pendant quelques jours, le médecin, l’étudiant, le diplomate, le ministre, le steward, le joueur ou le supporter semblent appartenir à une même communauté temporaire.

Cette convergence des engagements apparaît également dans les observations du sélectionneur national. Pour Mohamed Ouahbi, le nombre de supporters présents à Santiago ne reflétait probablement pas l’ensemble de ceux qui souhaitaient effectuer le déplacement :

« Si la RAM avait affrété davantage d’avions, je pense qu’on aurait été encore plus nombreux. »

Cette remarque souligne la profondeur du phénomène observé. Santiago ne révèle pas seulement une mobilisation exceptionnelle. Il révèle l’existence d’un potentiel de mobilisation beaucoup plus large autour de l’équipe nationale marocaine.

Enfin, lorsqu’il est interrogé sur l’avenir de cette relation entre l’équipe et son public, sa réponse est brève mais révélatrice :

« Et on recommencera. »

Cette formule dépasse largement le cadre de la Coupe du monde U20. Elle suggère que ce qui s’est produit au Chili n’est peut-être qu’une étape dans une dynamique plus large de rapprochement entre l’équipe nationale et son public à l’échelle internationale.

Pourtant, cette expérience a également produit un autre phénomène. Au fil du voyage, plusieurs supporters ont commencé à se percevoir différemment. Ils n’avaient plus seulement le sentiment d’accompagner une équipe nationale. Beaucoup avaient l’impression de représenter eux-mêmes le Maroc à l’étranger. À travers leurs comportements, leurs échanges et leur présence dans les tribunes, ils devenaient à leur manière les visages d’un pays observé bien au-delà de ses frontières.

C’est cette transformation du supporter en représentant informel du Royaume que nous explorerons dans le prochain épisode : Supporters ou ambassadeurs ? Quand accompagner l’équipe nationale devient une forme de représentation du Maroc.

Si vous voulez que l'information se rapproche de vous Suivez la chaîne Médias24 sur WhatsApp
© Médias24. Toute reproduction interdite, sous quelque forme que ce soit, sauf autorisation écrite de la Société des Nouveaux Médias. Ce contenu est protégé par la loi et notamment loi 88-13 relative à la presse et l’édition ainsi que les lois 66.19 et 2-00 relatives aux droits d’auteur et droits voisins.
Dorayde Belbaraka
Le 20 juin 2026 à 13h12
SOMMAIRE DU DOSSIER

à lire aussi

Trains RER: L'ONCF s'associe à la Corée du Sud pour structurer son futur réseau
Quoi de neuf

Article : Trains RER: L'ONCF s'associe à la Corée du Sud pour structurer son futur réseau

Dans l'optique de fluidifier le transport au sein des grandes métropoles régionales d'ici 2030, l'ONCF confie la réalisation et le suivi technique de son futur réseau RER à l'industrie ferroviaire sud-coréenne. Hyundai Rotem assurera l'entretien sur deux décennies tandis que KORAIL encadrera le contrôle qualité de la production et le transfert de compétences vers les équipes marocaines.

Sortie de l'acier, tensions géopolitiques, Mondial 2030... La stratégie d'Aluminium du Maroc expliquée par Abdeslam El Alami
Actus

Article : Sortie de l'acier, tensions géopolitiques, Mondial 2030... La stratégie d'Aluminium du Maroc expliquée par Abdeslam El Alami

Le groupe industriel installé à Tanger a validé la sortie de son activité acier lors de son conseil d'administration du 12 mai dernier. Son PDG, Abdeslam El Alami, invité du 12/13 de Médias24, explique les raisons de cette décision, revient sur l'impact de la guerre au Moyen-Orient sur ses approvisionnements en billettes d'aluminium, et anticipe la demande du secteur à l'horizon 2030.

Grâce au programme “Nasmaa”, 56 patients opérés pour retrouver le chemin de l'audition
Santé

Article : Grâce au programme “Nasmaa”, 56 patients opérés pour retrouver le chemin de l'audition

Ils viennent du Maroc, de Palestine ou de plusieurs pays africains. Pour certains, le son n'a jamais fait partie de leur quotidien. Grâce à une nouvelle campagne du programme Nasmaa menée sous l'égide de la Fondation Lalla Asmaa, 56 enfants et jeunes adultes ont franchi une étape décisive vers l'audition.

L'embellie historique des barrages masque encore la fragilité des nappes
Eau

Article : L'embellie historique des barrages masque encore la fragilité des nappes

Avec 12,6 milliards de mètres cubes stockés au 19 juin 2026, soit un taux de remplissage de 74,43 %, les barrages marocains renouent avec des niveaux inégalés depuis août 2015. Une embellie portée par le bassin de l'Oum Errabiâ, mais qui ne doit pas masquer la vulnérabilité des nappes phréatiques, loin de leurs niveaux d'avant la sécheresse.

Maroc Ecosse. Steve Clarke: “Le Maroc ira loin, mais on leur a rendu la vie difficile”
Mondial2026

Article : Maroc Ecosse. Steve Clarke: “Le Maroc ira loin, mais on leur a rendu la vie difficile”

C'est Ouahbi qui le raconte: à la fin du match, il a salué le coach écossais à qui il a dit qu'il avait une bonne équipe qui aura un bon parcours. En conférence de presse après-match, le sélectionneur écossais a estimé que le Maroc irait loin et qu'il pouvait atteindre le dernier carré.

Mohamed Ouahbi: contre Haiti, nous serons encore meilleurs
Mondial2026

Article : Mohamed Ouahbi: contre Haiti, nous serons encore meilleurs

Une victoire courte, mais une équipe qui grandit. Après le succès face à l'Écosse, le sélectionneur national Mohamed Ouahbi a parlé avec la sérénité d'un homme qui voit exactement où il va.

Médias24 est un journal économique marocain en ligne qui fournit des informations orientées business, marchés, data et analyses économiques. Retrouvez en direct et en temps réel, en photos et en vidéos, toute l’actualité économique, politique, sociale, et culturelle au Maroc avec Médias24

Notre journal s’engage à vous livrer une information précise, originale et sans parti-pris vis à vis des opérateurs.

Toute l'actualité