Céréales : les minotiers s’engagent à collecter 15 à 20 millions de quintaux de blé marocain
D’ici au 15 juillet 2026, les minotiers se sont engagés à collecter entre 15 et 20 millions de quintaux de blé tendre issu de la production nationale. Un volume proche du record historique au Maroc et dont dépendra, selon eux, la réouverture des importations. Détails.
L'essentiel
• Les minotiers se sont engagés à collecter entre 15 et 20 millions de quintaux de blé tendre national durant la période juin-juillet 2026, dont au moins 80% avant le 15 juillet, un objectif proche du record historique de collecte au Maroc.
• La reprise des importations ne sera pas automatique au début du mois d’août : elle dépendra de l’évolution de la collecte de la récolte nationale, suivie par des commissions dédiées.
• Selon les représentants du secteur, les 2,3 millions de quintaux importés entre janvier et mai correspondent aux besoins de la minoterie sur cette période et ne relèvent pas d’importations massives.
• Les minotiers expliquent que le blé national, malgré sa bonne qualité cette année, doit être stabilisé dans les silos avant son écrasement et parfois mélangé à d’autres origines pour atteindre les niveaux de protéines requis par certains usages.
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Les détails
Face aux interrogations suscitées par certaines informations sur la place des importations dans l’approvisionnement du marché, les minotiers apportent leurs précisions. Lors d’une rencontre récente avec la presse, des représentants du secteur ont réaffirmé leur engagement à collecter le blé tendre local, dans le cadre du dispositif mis en place par l’État pour la campagne 2026.
“La collecte de la production nationale est encadrée par l’État, qui nous a fixé un objectif de 15 à 20 millions de quintaux pour la période juin-juillet 2026, dont au moins 80% d’ici au 15 juillet”, ont-ils expliqué. Un objectif jugé ambitieux, alors que le record de collecte enregistré jusqu’à présent au Maroc s’établit à 16 millions de quintaux.
Ce volume a été fixé par un accord de modération signé récemment entre les cinq parties concernées, à savoir les ministères de l’Agriculture et des Finances, la Fédération nationale des négociants en céréales et légumineuses (FNCL), la Fédération nationale des minotiers (FNM) et le groupe Crédit agricole du Maroc. Cet accord a par la suite été détaillé par une circulaire de l’Office national interprofessionnel des céréales et des légumineuses (ONICL).
Une collecte encadrée pour donner la priorité à la récolte nationale
En fixant une cible de 15 à 20 millions de quintaux de blé tendre à collecter durant la période primable, les pouvoirs publics cherchent à favoriser l’écoulement de la récolte nationale, tout en sécurisant l’approvisionnement du marché et en maintenant la stabilité des prix.
L’accord s’inscrit aussi dans un contexte international encore marqué par les tensions logistiques et géopolitiques, qui rendent stratégique la constitution de stocks sur le territoire national.
Dans cet accord, la FNCL et la FNM se sont engagées à privilégier l’achat et l’utilisation du blé tendre d’origine nationale, et à assurer une collecte d’un volume compris entre 15 et 20 millions de quintaux durant la période de collecte primable, en juin et juillet 2026, dont au moins 80% avant le 15 juillet 2026.
Les deux fédérations se sont également engagées à soutenir le prix payé au producteur en tenant compte du prix référentiel annoncé pour la commercialisation de la récolte 2026, lequel s’élève à 280 DH/q. Ce prix varie toutefois selon plusieurs paramètres, notamment la disponibilité dans une région donnée, le recours aux engrais et les frais de transport.
Pourquoi un volant d’importation reste nécessaire
Les minotiers assurent toutefois que la priorité donnée au blé national ne signifie pas l’arrêt total des importations. Malgré une bonne qualité du blé marocain cette année, avec un taux de protéines compris entre 10% et 10,5%, pouvant atteindre 12% pour certaines productions ayant bénéficié d’un apport en engrais, les céréales importées demeurent indispensables, selon eux, pour répondre aux exigences des consommateurs marocains.
“Il est nécessaire de mélanger le blé national avec celui d’autres origines étrangères pour maintenir le degré de protéines exigé par le consommateur marocain, surtout pour les viennoiseries haut de gamme, qui nécessitent un taux de protéines allant jusqu’à 14%”, ajoutent-ils.
Les représentants du secteur avancent également un argument technique : la récolte nationale ne peut pas être utilisée immédiatement après sa collecte. Elle doit être stabilisée pendant au moins un mois dans les silos avant son écrasement, afin de poursuivre sa maturité. “Durant cette période, c’est le blé importé qui sera utilisé”.
2,3 millions de tonnes importés de janvier à mai
D’après les minotiers, de janvier à mai 2026, un total de 2,3 millions de tonnes de blé tendre a été importé. “C’est l’équivalent de la consommation de la minoterie pendant cette période”, affirment-ils.
“Le besoin national en blé tendre destiné à l’écrasement est estimé à près de 400.000 tonnes par mois. Les volumes importés depuis le début de l’année ont donc essentiellement servi à couvrir cette demande. Nous n’avons pas procédé à des importations massives, contrairement à ce qui a pu être avancé dans certains médias”, assurent les mêmes sources, écartant l’idée d’un arbitrage défavorable à la récolte nationale.
“La collecte de la production nationale constitue une exigence de l’État et conditionne également la réouverture des importations. Cela signifie que celles-ci ne reprendront pas automatiquement au début du mois d’août. Leur reprise dépendra de l’évolution de la collecte de la récolte nationale, dont le suivi est assuré par des commissions dédiées”, expliquent-ils.
“Actuellement, nous avons encore 14 navires de céréales en rade au port de Casablanca, dont environ quatre transportant près de 220.000 tonnes de blé tendre”.
Une collecte lancée dans plusieurs bassins céréaliers
Selon les mêmes sources, “la collecte a démarré il y a près de deux semaines”. “Elle a démarré tardivement, mais les minotiers ont entamé leurs achats dans plusieurs bassins céréaliers, notamment à Casablanca, Safi, Marrakech, El Jadida, Fès, Meknès et Berrechid”.
Ce démarrage tardif s’explique par plusieurs facteurs externes. D’abord, le retard de la moisson, laquelle a coïncidé avec les fêtes de Aïd al-Adha. La cherté de la main-d’œuvre a également pesé sur le démarrage de la collecte, de même que les problèmes de transport et de logistique.
Les minotiers pointent par ailleurs l’état des moissonneuses-batteuses après six années de sécheresse. Ils évoquent également des reconversions ayant affecté le réseau habituel d’intervenants. “C’est une machine qui était quasiment à l’arrêt qu’il faut faire tourner à nouveau cette année. Le redémarrage peut donc nécessiter un certain temps”.
Des primes pour encourager le stockage
Afin d’encourager le stockage de la récolte nationale collectée, l’État a mis en œuvre des primes incitatives au profit des organismes stockeurs.
La prime de stockage s’élève à 2,5 DH/q/quinzaine durant la période de collecte primable, c’est-à-dire en juin et juillet 2026. Elle passera à 3 DH/q/quinzaine à partir du 1ᵉʳ août.
“Afin de constituer un stock stratégique de la production nationale, les achats de blé tendre de production nationale de la récolte 2026, effectués par les organismes stockeurs durant la période de collecte primable, bénéficient d’une prime de stockage de 3 DH par quintal et par quinzaine à partir du 1ᵉʳ août”, peut-on lire dans la circulaire de l’ONICL.
“La quantité maximale éligible est de 8 millions de quintaux durant la période allant du 1ᵉʳ août au 30 septembre 2026. Elle est réduite à 6 millions de quintaux durant la période allant du 1ᵉʳ octobre au 30 novembre 2026 et à 4 millions de quintaux durant la période allant du 1ᵉʳ décembre 2026 au 31 janvier 2027. Les quantités maximales fixées pour chacune des trois périodes précitées ne sont pas cumulables”, précise le document.
La circulaire ajoute que “la première prime de magasinage sera servie pour les stocks déclarés le 16 juin 2026 et toujours détenus au 30 juin 2026. La dernière sera servie au titre de la deuxième quinzaine de décembre 2026. Le mode de stockage en plein air est toutefois exclu du bénéfice des primes de soutien au stockage”.
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