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ECONOMIE

Retraites : la CIMR examinée le 15 juin, mais la réforme attendra sans doute un autre gouvernement

Après la CNSS, la CMR et le RCAR, la commission technique arrive au bout du diagnostic des régimes. Mais entre le calendrier électoral, les désaccords avec les syndicats et les arbitrages encore flous, le chantier ouvert depuis 2003 semble une nouvelle fois rattrapé par le temps politique. Round up.

Le point sur la réforme des retraites
Le point sur la réforme des retraites
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Le 8 juin 2026 à 19h00 | Modifié 8 juin 2026 à 20h17

L'essentiel

  • La commission technique des retraites doit examiner la situation de la CIMR le 15 juin, dernière caisse encore à passer au crible après la CNSS, la CMR et le RCAR.
  • Mais cette réunion ne devrait pas débloquer la réforme, dont l’aboutissement paraît peu probable avant la fin du mandat, malgré l’échéance fixée à fin 2026 par la loi sur la protection sociale.
  • Le blocage reste politique autant que technique : le gouvernement pousse une réforme paramétrique, tandis que les syndicats rejettent le "triangle maudit" et réclament une revalorisation des pensions.

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Les détails

Après son report afin de permettre aux partenaires sociaux de se concentrer sur le round d’avril 2026 du dialogue social, la réunion dédiée à l’examen de la situation financière de la Caisse interprofessionnelle marocaine de retraite (CIMR) est prévue le 15 juin, apprend Médias24 de sources syndicales.

Cette rencontre était initialement prévue le 6 avril 2026, mais les syndicats, en particulier la Confédération démocratique du travail (CDT), avaient demandé son report et la suspension temporaire des travaux de la commission technique des retraites jusqu’à la tenue du round d’avril du dialogue social.

Il s’agit de la dernière caisse que doit évaluer ladite commission. Elle a été précédée par le Régime collectif d'allocation de retraite (RCAR), le 16 février, la Caisse marocaine des retraites (CMR), le 3 février, et la Caisse nationale de sécurité sociale (CNSS), le 15 janvier. Mais cet examen ne devrait pas modifier l’état d’avancement de ce dossier complexe, qu’aucun gouvernement n’a réussi à faire aboutir depuis 2003.

Une fois ses travaux achevés, la commission technique devra identifier et évaluer les différents scénarios de réforme avant de les soumettre à la commission nationale. Mais le calendrier joue contre ce chantier, d’autant que les élections législatives sont prévues à partir du 23 septembre 2026.

Dans ces conditions, la réforme a peu de chances d’aboutir avant la fin du mandat de l’actuel gouvernement. Son examen sera donc probablement renvoyé au prochain exécutif, comme c’est le cas depuis plusieurs années.

Le chef du gouvernement l’a d’ailleurs laissé entendre lors d’une récente rencontre avec les médias. Il avait indiqué, sans l’affirmer explicitement, que ce dossier pourrait ne pas être finalisé avant la fin du mandat de l’actuel exécutif. Pourtant, selon la loi relative à la protection sociale, ce chantier devrait aboutir, au plus tard, d’ici la fin de l’année 2026.

Des visions différentes au cœur du blocage

Au cœur du blocage, deux visions s’opposent : celle du gouvernement, d’un côté, et celle des partenaires sociaux, de l’autre.

Lors de la rencontre avec les médias, Aziz Akhannouch avait assuré que son gouvernement avait communiqué les options de réforme possibles aux syndicats, qui sont en train de les examiner, tout en avertissant que "plus on tarde, plus le coût de la réforme sera élevé".

Les syndicats, eux, assurent à Médias24 qu’à ce jour la vision du gouvernement ne leur a pas encore été détaillée. Ils réclament une revalorisation des pensions alors que les régimes sont menacés de faillite.

En effet, durant les rounds 2024 et 2025 du dialogue social, le gouvernement avait confirmé l’organisation en deux pôles comme cadre général de la réforme : pôle public et pôle privé. Mais cette vision n’a pas été précisée davantage.

Le gouvernement souhaite commencer par une réforme paramétrique pour augmenter l’horizon de viabilité et diminuer la dette des régimes les plus fragiles, notamment le régime des pensions civiles de la CMR, dans la perspective d’une réforme systémique devant toucher l’ensemble des régimes.

Cette réforme devrait se faire soit en augmentant l’âge de départ à la retraite, soit en modifiant l’assiette de calcul des droits, soit en augmentant les cotisations et en baissant les pensions. Mais la question demeure complexe.

Le système de retraite marocain se caractérise par la coexistence de plusieurs régimes, aux statuts juridiques, modes de gestion, sources de financement et modalités de prestations différents. Quelles mesures concrètes seront appliquées à chacune des caisses concernées ? Aucune des parties concernées par le dossier ne répond à cette question, d’autant que le diagnostic des caisses n’est pas encore achevé. Il faut dire que cette réforme paramétrique était prévue pour 2025, mais il n’en est toujours rien.

À la suite de cette première phase, le gouvernement prévoit de passer à une réforme systémique, pour repenser l’architecture globale des régimes existants, avec pour objectif de garantir la continuité du versement des pensions. Cette phase est prévue pour fin 2026, mais elle n’aboutira probablement pas.

De leur côté, les syndicats rejettent catégoriquement ce qu’ils appellent le "triangle maudit", qui fait référence à la réforme paramétrique : hausse des cotisations, baisse des pensions et relèvement de l’âge de départ à la retraite.

Ils refusent également d’absorber le déficit des caisses du secteur public, en raison du déséquilibre des cotisations qui a duré plusieurs années. En effet, les cotisations dans le secteur public restent inférieures à celles du privé. En outre, les pensions dans le secteur public peuvent atteindre jusqu’à 80 % du dernier salaire de l’affilié, alors qu’elles sont plafonnées à 6.000 DH/mois à la CNSS, quel que soit le salaire de l’employé.

Les syndicats demandent également la revalorisation des pensions, chose quasi impossible au regard de la situation financière critique des caisses de retraite.

Le point sur la situation des caisses

Les derniers chiffres reflétant la situation financière des quatre caisses de retraite obtenus par Médias24 remontent à fin 2024. Depuis, nous n’avons pas été en mesure de les mettre à jour.

Il faut dire que l’examen des situations réelles est toujours en cours. Des écarts ont d’ailleurs été constatés entre les éléments présentés aux syndicats durant la première réunion de la commission technique, tenue le 17 décembre 2025, et ceux relevés par ces derniers lorsque la méthode de travail a changé.

Selon les chiffres de 2024, l’excédent financier de l’ensemble des caisses continue de baisser, d’où la nécessité d’accélérer cette réforme. La croissance du nombre de retraités dépasse celle des cotisants, ce qui augmente le risque de déficit des différents régimes.

La situation de la CMR, en déficit technique depuis 2014 et en déficit global depuis 2015, est la plus critique. L’épuisement de ses réserves est imminent, et serait attendu vers 2031.

Lors de la réunion de la commission technique dédiée à la CMR, les syndicats avaient estimé que la résolution du déficit du régime des pensions civiles nécessiterait une hausse du taux global de cotisation à 32,6 %. L’adoption de la formule des deux tiers pour l’État et d’un tiers pour les salariés porterait ce taux à 42 %, répartis entre 14 % à la charge des fonctionnaires et 28 % à celle de l’État.

L’État contribue actuellement à hauteur de 14 %, au même titre que l’affilié, qui contribue également à hauteur de 14 %, pour un total de 28 %. Le scénario proposé permettrait, selon eux, de résorber le déséquilibre du régime sans recourir à des mesures paramétriques sensibles.

Retraites : la CIMR examinée le 15 juin, mais la réforme attendra sans doute un autre gouvernement

Le RCAR, qui couvre pour sa part le personnel des établissements publics soumis au contrôle financier de l’État, le personnel non titulaire de l’État ainsi que celui des collectivités territoriales, enregistre un déficit technique depuis 2004 et un déficit global depuis 2025. Mais ses réserves lui permettront de tenir jusqu’en 2052.

Pour cette caisse, les syndicats ont réitéré leur rejet de la réforme paramétrique introduite par le décret 2.20.935 du 27 juillet 2021, fixant les modalités d’application du régime. Cette réforme avait notamment modifié les modalités de revalorisation annuelle des pensions.

Selon les syndicats, avant 2021, la révision variait généralement entre 3 % et 4 %, avec un minimum de 2 % et des pics pouvant atteindre 6 %. En 2021, elle s’établissait à 3,8 %. Depuis l’entrée en vigueur du décret, elle n’a plus dépassé 0,9 % à 1,1 %, pour atteindre 0,8 % en 2025. Cette baisse significative aurait ainsi empêché les pensions de suivre le rythme de l’inflation et de la hausse du coût de la vie, entraînant une érosion du pouvoir d’achat des retraités.

Les syndicats nous ont également indiqué avoir été informés, lors de cette réunion, que la réforme de 2021 aurait permis au RCAR de gagner sept années supplémentaires de viabilité. "Or, selon la présentation qui nous a été faite, l’horizon de soutenabilité actuarielle ressortirait à 2054, soit un décalage de deux ans seulement par rapport aux projections antérieures, et non de sept ans comme avancé pour justifier le décret de 2021. Nous avons alors demandé des explications sur cette différence."

Quant à la CNSS, qui couvre le secteur privé, elle est entrée pour la première fois en déficit technique et global en 2024. Une situation inquiétante, d’autant que c’est le régime le plus important en nombre de cotisants, avec 4 millions d’affiliés actifs en 2024. Ses réserves devraient tenir jusqu’en 2036.

Enfin, la CIMR bénéficie de la situation la plus confortable, avec un solde global de 8,2 MMDH à fin 2024. Il s’agit du régime le plus solide, avec une soutenabilité bien au-delà de 2045. C’est toutefois une assurance complémentaire et facultative.

Chronologie d’une réforme à la traîne

Cette réforme s’avère donc urgente. Si elle n’aboutit pas sous le mandat du gouvernement actuel, elle devrait constituer l’un des principaux dossiers du prochain exécutif.

Mais il faut dire que le gouvernement Akhannouch n’est pas le seul à avoir échoué à la faire aboutir. Cette réforme peine à voir le jour depuis plusieurs années.

La réflexion sur la problématique de la retraite au Maroc n’est pas nouvelle. Elle remonte au début des années 2000, et plus précisément au 30 avril 2003, lorsqu’un accord avait été conclu entre le gouvernement et les partenaires économiques et sociaux dans le cadre du dialogue social. Cet accord avait retenu la nécessité de tenir un colloque national sur la réforme des systèmes de retraite.

À l’initiative de Driss Jettou, s’était alors tenu, à Rabat, les 16 et 17 décembre 2003, ledit colloque, à l’issue duquel deux commissions avaient été créées :

  • la commission nationale, présidée par le chef du gouvernement et composée de représentants de la Confédération générale des entreprises du Maroc (CGEM), des secrétaires généraux des principales centrales syndicales et des ministres concernés ;
  • la commission technique, pilotée par le ministère des Finances. Elle comprenait également des représentants des principales centrales syndicales, des représentants de la CGEM, des représentants des ministères concernés, notamment l’Emploi, et des représentants des quatre caisses.

Les travaux des études actuarielles avaient été finalisés en 2010. Le modèle à deux pôles était déjà évoqué à cette époque. Les réunions de la commission technique se sont poursuivies par la suite, avant d’être suspendues en 2022, selon nos informations.

Selon des sources syndicales jointes par nos soins, la dernière commission chargée d’examiner cette réforme avait été mise en place en 2022, à l’initiative du gouvernement. Celle-ci avait tenu un certain nombre de réunions, lesquelles se sont arrêtées lorsque les représentants syndicaux avaient exigé d’être impliqués dans le diagnostic des caisses de retraite.

Depuis, aucune autre réunion n’a eu lieu, jusqu’à ce que le chef du gouvernement relance la commission nationale le 17 juillet 2025.

Une première réunion de la commission technique s’en est suivie, à l’issue de laquelle il a été décidé de changer la méthode de travail afin d’accélérer et d’approfondir le diagnostic, mais aussi de placer syndicats, patronat et gouvernement au même niveau d’informations, avant l’ouverture des arbitrages sur le fond. Au lieu de se réunir au ministère, les trois parties se réunissent depuis début janvier dans les locaux des caisses.

À suivre…

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