Croissance à 4,9% en 2025 : le Maroc avance vite, mais surtout grâce à l’investissement public
À première vue, 2025 ressemble à une très bonne année pour l’économie marocaine. Mais derrière les 4,9% de croissance, l’essentiel de l’élan vient de l’investissement public, alors que la consommation des ménages reste faible et que le non-agricole ralentit. Le défi, désormais, est clair : faire prendre le relais au secteur privé. Lecture des comptes.
L’essentiel
- La croissance marocaine a atteint 4,9% en 2025, portée notamment par le rebond agricole et par une forte hausse de l’investissement brut.
- L’investissement brut a contribué à hauteur de 5 points à la croissance, soit davantage que le taux de croissance final, avant l’effet négatif du commerce extérieur.
- Cette dynamique semble largement liée à l’investissement public, notamment aux grands chantiers et aux infrastructures, ce que confirme la bonne performance du BTP.
- Malgré cette impulsion, la croissance non agricole a ralenti de 5,1% à 3,9%, tandis que la consommation des ménages n’a progressé que de 1,2%.
- Le principal défi consiste désormais à faire émerger un relais privé capable de créer des emplois durables, de soutenir la consommation, de générer des recettes fiscales et de prolonger la croissance après l’essoufflement de l’investissement public.
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Les détails
L’économie marocaine a enregistré, selon le HCP, une croissance de 4,9% en 2025, contre 4,4% en 2024. En dehors du rebond exceptionnel de 2021 qui avait suivi la crise sanitaire, ce taux constitue la meilleure performance enregistrée depuis 2017.
Dans le calendrier des comptes nationaux, les résultats de l’année la plus récente sont toujours provisoires. Ceux de l’année précédente deviennent semi définitifs, tandis que les comptes de l’année N-2 sont arrêtés dans leur version définitive.
La croissance de 2023 a ainsi été relevée de 3,7% à 3,8%. La révision la plus importante concerne 2024, dont la croissance passe de 3,8% à 4,4%.
Les chiffres de 2025
Dans le détail, la valeur ajoutée agricole a rebondi de 8,2% en 2025, après une contraction de 5,7% en 2024. Compte tenu de son poids, proche de 10% du PIB, ce rebond apporte un ordre de grandeur d’environ 0,8 point à la croissance.
En revanche, la croissance de la valeur ajoutée non agricole a ralenti, passant de 5,1% en 2024 à 3,9% en 2025. Cette décélération est d’autant plus significative qu’elle intervient dans un contexte d’investissement particulièrement soutenu. Elle suggère que l’impulsion actuelle reste concentrée et que ses effets d’entraînement sur l’ensemble du tissu productif non agricole demeurent encore limités. Un point qui ne devrait pas passer inaperçu.
L’investissement public, principal moteur de la croissance
L’investissement brut joue un rôle dominant dans la croissance enregistrée. Il a progressé de 16,3%, après une hausse déjà élevée de 13,9% en 2024. Sa contribution atteint ainsi 5 points de croissance.
En d’autres termes, la contribution de l’investissement dépasse à elle seule le taux de croissance total de l’économie. Une partie de cette impulsion a ensuite été neutralisée par la contribution négative du commerce extérieur.
Certes, les statistiques officielles ne permettent pas d’isoler précisément l’investissement public de l’investissement privé. Il est toutefois raisonnable de considérer qu’une part importante de la progression de l’investissement brut provient de l’effort public, notamment dans le cadre des grands chantiers et des préparatifs liés à la Coupe du monde 2030.
L’analyse par secteur d’activité corrobore cette lecture. Parmi les quinze secteurs non agricoles, seuls trois ont enregistré une accélération de leur croissance en 2025. Il s’agit de la construction, du commerce et des activités immobilières.
Tous les autres secteurs ont ralenti, à l’exception des activités d’éducation, de santé humaine et d’action sociale, dont la croissance est restée stable.
Cette configuration porte les signes d’une croissance fortement soutenue par l’investissement public, lequel se concentre largement sur les infrastructures et le BTP. Cela explique la bonne performance du BTP, dont la croissance a dépassé 6% pour la deuxième année consécutive.
Si l’investissement privé productif progressait significativement, on s’attendrait normalement à observer une diffusion plus large dans l’industrie, les services aux entreprises, les activités numériques, le transport et, avec un certain délai, dans la consommation des ménages. Or, celle-ci ne progresse que de 1,2% et la majorité des branches non agricoles ralentissent.
Le défi de l’après-investissement public
L’effort public a donc fortement contribué à la croissance, qui s’est établie à 4,9% en 2025. Ce taux peut être considéré comme très satisfaisant au regard de l’historique de la croissance au Maroc. Alors, où se situe le problème ?
Ce niveau de croissance ne correspond toutefois pas au rythme habituel de l’économie marocaine. Au cours de la dernière décennie, hors rebonds exceptionnels, la croissance marocaine s’est le plus souvent maintenue autour de 3%, sauf lorsque certaines conditions particulières sont réunies, notamment un effort soutenu d’investissement public.
Pour les années 2024 et 2025, les taux de croissance ont été largement soutenus par l’effort d’investissement public. Il s’agit donc d’une croissance portée par une impulsion publique, financée par les recettes budgétaires, les ressources des entreprises publiques et, en partie, par l’endettement.
C’est là que se situe le principal enjeu. Cet investissement public doit impérativement être relayé par un secteur privé capable de créer des emplois durables, de distribuer des revenus, de soutenir la consommation des ménages, de générer des recettes fiscales, de contribuer à l’allègement du poids de l’endettement et de produire davantage de valeur ajoutée.
Or, la croissance de 2025 ne montre pas encore clairement ce relais. L’investissement brut, largement alimenté dans le contexte actuel par l’effort public, contribue à lui seul à hauteur de 5 points à la croissance. Dans le même temps, la consommation des ménages ralentit, le PIB non agricole décélère et, au sein des activités non agricoles, la construction poursuit son ascension, aussi bien en matière de valeur ajoutée que de création d’emplois.
Cette évolution confirme l’effet direct des investissements publics sur le BTP et sur les secteurs liés aux grands chantiers. Elle montre aussi que les effets d’entraînement sur le reste du tissu productif restent encore limités.
Cela pose la question des nouveaux moteurs de croissance après l’essoufflement de l’investissement public. Médias24 avait déjà traité cette problématique dans un précédent article. Les résultats de 2025 lui donnent aujourd’hui une nouvelle importance.
Par ailleurs, il convient de rappeler que l’investissement public peut faciliter et catalyser l’investissement privé en développant les infrastructures et en réduisant certains coûts liés à l’activité économique. Toutefois, l'émergence d’un secteur privé mature et solide dépasse la seule dépense publique en investissement. Elle dépend également de la concurrence, d’une meilleure allocation des moyens, notamment financiers, de la fiscalité ainsi que de la qualité du cadre réglementaire et institutionnel.
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