Réformes des retraites : état des lieux des différents régimes à fin 2024
La réunion de la Commission technique sur la réforme des retraites, prévue initialement le 18 septembre, a été reportée. Ce dossier complexe continue de subir des retards. Médias24 a toutefois obtenu des données sur la situation réelle des différents régimes, à fin 2024. Détails.
Prévue ce jeudi 18 septembre, la réunion de la Commission technique chargée de l’examen du dossier de la réforme des systèmes de retraite avec les syndicats les plus représentatifs a finalement été reportée, apprend Médias24 de sources informées.
D’après nos sources, aucune nouvelle date n’a pour l’instant été communiquée aux partenaires sociaux.
Cette rencontre devait permettre de faire le point sur la situation des différentes caisses de retraite. Médias24 a toutefois pu obtenir des informations à ce sujet, que nous détaillons dans le présent article.
Un dossier complexe
Avant d’analyser la situation, rappelons que le dossier de la réforme des retraites traîne depuis plusieurs années, sans qu’un consensus n’ait pu être trouvé entre le gouvernement et les syndicats. À une année de la fin du mandat actuel, et compte tenu du rythme des discussions, la perspective d’un accord avant la fin du mandat paraît peu probable.
Rappelons également que la difficulté de ce dossier s’explique en grande partie par la structure même du système de retraite au Maroc. Celui-ci repose sur une organisation plurielle, couvrant à la fois le secteur public (CMR et RCAR) et le secteur privé (CNSS et CIMR). Ce système est caractérisé par une diversité d’organismes gérant les pensions de retraite, chacun ayant ses propres règles, modalités de cotisation et de calcul des prestations, ce qui compromet sa pérennité.
Entre un vieillissement accéléré de la population, une hausse de l’espérance de vie et une diminution du rapport entre cotisants et retraités, le ratio cotisants/retraités se dégrade progressivement, mettant en péril les réserves des différentes caisses.
Plusieurs organismes ont déjà tiré la sonnette d’alarme concernant l’épuisement imminent des réserves de ces régimes, en particulier celui des pensions civiles (RPC) de la CMR, dont l’échéance est prévue pour 2031. Ils appellent à la mise en place de mesures structurelles afin de garantir la pérennité du système dans son ensemble, d’où la nécessité d’accélérer les discussions autour de cette réforme dans le cadre du dialogue social.
La CMR et la CNSS sous pression
Les chiffres obtenus par Médias24 sur le système de retraite au Maroc démontrent que la croissance des retraités dépasse celle des cotisants, ce qui augmente le risque de déficit des différents régimes.
La population active cotisante n’évolue pas aussi vite que la population retraitée. Le nombre de cotisants est passé de 3,4 millions en 2010 à 5,3 millions en 2024, alors que le nombre de retraités est passé de 700.000 en 2010 à 1,4 million en 2024.
Le nombre de cotisants a donc progressé de 56%, tandis que celui des retraités a presque doublé (+100%), ce qui fragilise l’équilibre financier du système.
Certains régimes sont d’ailleurs déjà déficitaires. D’autres atteindront le seuil critique d’ici 2030. C'est le cas notamment du RPC de la CMR, qui se trouve déjà en déficit technique depuis 2014 et en déficit global depuis 2015. Sa situation est donc très critique.
Le RCAR, qui couvre le personnel des établissements publics soumis au contrôle financier de l'État, le personnel non titulaire de l'État ainsi que celui des collectivités territoriales, enregistre pour sa part un déficit technique depuis 2004. Il devrait basculer en déficit global dès cette année (2025), mais ses réserves lui permettront de tenir jusqu’en 2052.
La CNSS a été pour la première fois en déficit technique et global dès 2024. Une situation inquiétante d’autant que c’est le régime le plus important en nombre de cotisants (4 millions en 2024). Ses réserves devraient tenir jusqu’en 2036.
Enfin, la CIMR bénéficie de la situation la plus confortable (un solde global de 8,2 MMDH). Il s’agit du régime le plus solide, avec une soutenabilité bien au-delà de 2045. Il s'agit d’une assurance complémentaire.
Des pensions plus élevées dans le public que dans le privé
Les chiffres obtenus démontrent également des inégalités entre les secteurs public et privé.
En 2024, les pensions moyennes du RPC/CMR et du RCAR (secteur public) s’établissaient respectivement à 8.557 DH et 5.923 DH par mois.
Celles de la CNSS et de la CIMR (secteur privé) s’établissaient quant à elles à peine à 2.177 DH et 2.834 DH par mois, respectivement. L’écart est donc visible. Les pensions du public sont trois à quatre fois plus élevées que celles du privé.
La pression sur la CNSS est par ailleurs plus forte. La Caisse compte le plus grand nombre de retraités avec des pensions très faibles. Malgré sa solidité actuelle, elle pourrait rapidement devenir déficitaire si ces tendances persistent.
La révision du système en vigueur ne peut donc plus attendre. La réflexion engagée actuellement tourne autour de deux volets. D’un côté, une réforme systémique visant à repenser l’architecture globale des régimes existants, avec pour objectif de garantir la continuité du versement des pensions. De l’autre, une réforme paramétrique, qui consisterait à ajuster les paramètres actuels (âge, durée de cotisation, et mode de calcul des pensions) et à regrouper les régimes en deux pôles distincts, un pôle public et un pôle privé.
Cette proposition est toutefois rejetée par les syndicats, qui la qualifient de "triangle maudit". Ils s'opposent catégoriquement à l'augmentation de l'âge de la retraite, à la hausse des cotisations salariales et à la baisse des pensions des retraites.
Reste à voir si un consensus pourra être trouvé au cours de cette dernière année de mandat. Affaire à suivre…
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