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DIPLOMATIE

Sahara. Pourquoi le ralliement du Canada est plus disruptif qu’il n’y paraît

Le ralliement d’Ottawa au plan d’autonomie marocain intervient au moment où il était peut-être le moins attendu. Ni porté par ses intérêts économiques dans la région, ni dicté par sa culture politique interne, ce choix rompt avec l’attentisme canadien et devrait, par ricochet, faire évoluer davantage le rapport de force diplomatique au Sahara en faveur du Maroc.

Sahara. Pourquoi le ralliement du Canada est plus disruptif qu’il n’y paraît
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Le 29 avril 2026 à 17h04 | Modifié 29 avril 2026 à 17h04

Ce mardi 28 avril 2026, peu après 18 h 30, heure du Maroc, Anita Anand, ministre des Affaires étrangères du Canada, publie sur les réseaux sociaux un post pour rendre compte de la teneur des entretiens qu'elle vient d'avoir avec son homologue algérien, Ahmed Attaf.

De ce qu'elle affirme, leurs discussions ont porté sur les "relations bilatérales", les "questions régionales d’intérêt commun" et les "possibilités d’approfondir la coopération et de faire progresser les priorités communes". Mais personne n'est dupe : sur leur table a aussi clairement figuré le sujet du Sahara marocain, auquel fait vraisemblablement référence l'expression euphémique de "questions régionales d’intérêt commun".

Et pour cause, avant d’appeler Attaf,  la responsable canadienne annonçait à Nasser Bourita, le ralliement d'Ottawa à l'initiative pour la négociation d'un statut d'autonomie dans les provinces du Sud, que la capitale nord-américaine "reconnaît" désormais "comme une base crédible et sérieuse pour une solution mutuellement acceptable au conflit dans la région".

Une formulation qui, de prime abord, pourrait sembler timide, voire même timorée, dans la mesure où elle ne va pas jusqu'à la reconnaissance formelle de la souveraineté du Maroc sur son Sahara. Mais en tenant compte du contexte intérieur propre du Canada, comme on y viendra, on peut avancer, sans s'y tromper, qu'il s'agit en l'espèce d'une victoire diplomatique historique indéniable pour le Royaume et pour sa première cause. Et peut-être même, d'un tournant. La preuve la meilleure ayant été que tout simplement, de son côté, l'Algérie a choisi de ne piper mot de l'échange entre Anita Anand et Ahmed Attaf. Comme pour mieux, visiblement, enterrer une couleuvre qu'il est bien difficile d'avaler.

Un choix à contre-courant des intérêts objectifs d’Ottawa

Car autant, du point de vue marocain, il est une communauté d'intérêt déjà en place avec les autres grandes puissances (États-Unis, France, Royaume-Uni) qui finit fatalement par amener les États, rien qu'au nom de la "realpolitik", à donner raison au Maroc, autant avec le Canada les relais d'influence diplomatique et les réseaux d'appui du Royaume sont quasi absents, pour ne pas dire inexistants.

Ainsi, Rabat entretient, certes, avec Ottawa des relations bilatérales de long cours, remontant à mai 1962 et portées notamment par une diaspora marocaine significative au Canada — plus de 100.000 personnes — et des échanges commerciaux en progression — plus de 1,8 milliard de dollars canadiens en 2024 — soit pas moins de 13 milliards de DH. Mais in fine, le lien demeure moyennement dense, ou, du moins, d'une profondeur stratégique moindre en comparaison à celle que le Maroc a été en mesure de construire avec d’autres partenaires occidentaux.

Principal marché d'exportation du Canada sur le continent africain, l'Algérie a même, au plan économique du moins, une longueur d’avance par rapport au Maroc, avec notamment la présence de plus d’une centaine d’entreprises canadiennes actives dans des secteurs allant de l’énergie et des infrastructures (AtkinsRéalis, ex-SNC-Lavalin) aux services numériques (CGI), en passant par l’aéronautique et la formation spécialisée (CAE, Bombardier) ainsi que l’ingénierie-conseil (WSP, Hatch). Partant, Ottawa avait davantage à gagner, au regard de ses intérêts objectifs dans la région, à maintenir une position d’équilibre entre Rabat et Alger ; ce qui n'est donc pas sans donner une portée d’autant plus significative à son inflexion.

Un basculement doctrinal dans un environnement a priori défavorable

Mais à cela s'ajoute aussi et surtout, comme on y a déjà fait allusion plus haut, un environnement politique canadien largement façonné par les enjeux de reconnaissance des droits des peuples autochtones. Depuis plusieurs années, le Canada s'est, à cet égard, fortement engagé dans la mise en œuvre de la Déclaration des Nations unies sur les droits des peuples autochtones, qui consacre notamment le principe d’autodétermination et le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes et tend, dans sa logique politique, à privilégier des lectures fondées sur la reconnaissance de peuples distincts et sur l’expression référendaire de leurs revendications plutôt que sur des formes d’autonomie encadrées au sein d’un cadre étatique existant.

Dans un tel contexte, il n’est pas surprenant que, par effet d’analogie, Ottawa puisse se montrer davantage réceptif aux arguments portés par le camp algérien autour de l’idée d’un "peuple sahraoui" en quête de reconnaissance. Et cela fait donc que le ralliement canadien au plan d’autonomie marocain s’apparente à un basculement à la fois politique et doctrinal d’autant plus significatif qu’il ne lui était en rien acquis au vu des éléments en présence.

Bien évidemment, et c'est un point de contexte important, sinon primordial, le pas canadien a également été grandement encouragé par l'adoption, le 31 octobre 2025, de la résolution 2797 par le Conseil de sécurité, qui pour la première fois a donné une primauté affirmée au plan d'autonomie marocaine comme prélude à "une solution politique définitive et mutuellement acceptable". Mais en elle-même, la possibilité qu'un effet d’entraînement procède du nouveau positionnement canadien n'est pas négligeable, en levant une partie des réticences politiques associées à un tel choix, et en rendant même plus difficile, pour d’autres capitales, le maintien d’une ligne d'attentisme.

En d'autres termes, le Canada vient peut-être de mettre la rondelle au fond du filet — expression empruntée au hockey, sport roi au pays de l'érable, qui signifie marquer de manière décisive. Et cela, sur la glace diplomatique, rebat forcément les cartes et oblige les autres joueurs à se découvrir. Sans possibilité, toutefois, pour que le gardien algérien y puisse quelque chose, comme aurait bien pu en témoigner Ahmed Attaf si ses supérieurs hiérachiques lui avaient laissé l'occasion de s'exprimer après avoir parlé à Anita Anand.

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Le 29 avril 2026 à 17h04

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