Inondations dans le Gharb et le Loukkos : récit d’une mobilisation historique de notre armée (Revue des FAR)
Face aux intempéries exceptionnelles qui ont frappé le nord-ouest du Royaume début 2026, les Forces armées royales (FAR) avaient déployé un dispositif d’urgence d’une envergure rare. De Ksar El Kébir à la plaine du Gharb, les unités de génie, la Marine royale et l’Intendance ont conjugué leurs efforts pour secourir les populations sinistrées, illustrant une fois de plus leur rôle central dans la gestion des catastrophes naturelles.
Le ciel semblait s’être ouvert pour ne plus se refermer. À la fin du mois de janvier 2026, le nord-ouest du Royaume a basculé dans une crise climatique d'une intensité jamais enregistrée. Des précipitations diluviennes, d'une violence inouïe, ont frappé de plein fouet les régions de Tanger-Tétouan-Al Hoceïma et de Rabat-Salé-Kénitra. En l’espace de quelques heures seulement, le réseau hydrographique a saturé : l’oued Loukkos et ses affluents sont sortis de leur lit dans un déchaînement de boue et d’eau.
Ce chaos naturel a rapidement transformé les quartiers populaires de Ksar El Kébir et les douars agricoles de la plaine du Gharb en un paysage lacustre désolé, où les habitations n'étaient plus que des îlots isolés du reste du monde. Les routes, devenues impraticables, ont fini de couper ces populations de tout secours conventionnel.
Face à cette situation d’urgence absolue menaçant des milliers de vies, la réponse de l’État s’est articulée au plus haut niveau. Dès la confirmation de l'ampleur du désastre, les instructions du Roi Mohammed VI, chef suprême et chef d’état-major général des FAR, ont été édictées avec une fermeté immédiate. L'ordre royal était d'engager un déploiement aéroterrestre et maritime massif, mobilisant l’élite des unités spécialisées des Forces armées royales pour arracher les populations aux eaux et prêter main-forte aux autorités civiles dans une véritable course contre la montre.
Le génie militaire : les ingénieurs du sauvetage
Dès les premières heures, la première unité de sauvetage et de secours du génie militaire a été projetée sur le terrain. Sous la houlette du commandant Ayoub El Amraoui, les équipes ont opéré dans des conditions extrêmes.
"Notre priorité a été de stabiliser la situation. Il a fallu pomper des volumes d'eau massifs dans les quartiers résidentiels et ériger en urgence des digues de terre pour freiner la progression des crues vers les zones habitées", explique le commandant dans un zoom publié dans le numéro 432 de la revue des FAR.
Outre l'aspect technique, le génie a joué un rôle crucial dans le déblaiement des axes routiers obstrués par les débris, permettant ainsi le retour des services de base.
La Marine royale : quand les rues deviennent des canaux
À Ksar El Kébir, là où les camions ne pouvaient plus passer, la Marine royale a pris le relais. Deux unités opérationnelles, provenant de la 5e base navale et de l’école de plongée, ont été déployées entre le 31 janvier et le 17 février 2026.
Équipés de canots pneumatiques et de matériel de plongée, les marins, sous les ordres du lieutenant de vaisseau Oussama Aboumezrak, ont effectué des centaines d’évacuations.
"Nous avons pénétré au cœur des quartiers submergés pour extraire des familles bloquées sur leurs toits ou dans leurs étages. Chaque intervention demandait une précision chirurgicale pour éviter les accidents liés aux courants et aux obstacles invisibles sous l'eau", témoigne l'officier.
Les plongeurs ont également sécurisé les abords du barrage Oued El Makhazine, surveillant de près l'impact des débits records sur les installations hydroélectriques.
L'intendance : une logistique de fer au service de l’humain
Le secours ne s’arrête pas à l’évacuation ; il faut nourrir et loger. C'est ici qu'intervient l'intendance militaire avec une efficacité redoutable. Le commandant Benaissa El Mernissi, chef des services régionaux de l’intendance à Tétouan, a supervisé le déploiement de sept unités de soutien et de quatre boulangeries mobiles.
Les chiffres sont éloquents :
- 40.000 pains produits chaque jour.
- 243.763 repas chauds distribués aux civils et aux secouristes.
- Des campements d'accueil installés à Ksar El Kébir, Larache et Kénitra, offrant un refuge digne et sécurisé aux sans-abri.
Chaque unité de soutien avait la capacité de prendre en charge 2.500 personnes, incluant l'hébergement sous tentes, la restauration et le suivi sanitaire, garantis par la présence de médecins vétérinaires pour veiller à l'hygiène alimentaire.
Une synergie civilo-militaire exemplaire
Le succès de cette opération, marquée par la fluidité de son exécution, repose sur une coordination étroite avec le ministère de l’Intérieur et la protection civile. Des centres de commandement basés à Tanger et Kénitra ont permis de mutualiser les informations en temps réel.
Cette intervention de 2026 restera comme un modèle de résilience. Au-delà de la prouesse technique des unités de génie ou de la bravoure des marins, c’est la dimension humaine qui a marqué les esprits. En apportant des vivres aux douars les plus reculés du Gharb et en assurant une présence rassurante jour et nuit, les FAR ont réaffirmé leur indéfectible attachement à leur devise : Dieu, la Patrie, le Roi.
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