Inondations : la décrue se fera attendre, la vigilance reste de mise à Ksar El Kebir et au Gharb
Les crues exceptionnelles dans le Nord-Ouest du Maroc, notamment dans les régions du Gharb et du Loukous, ont encerclé plusieurs localités et submergé de vastes étendues agricoles. Selon la plateforme de modélisation d'inondations de Copernicus, le risque va persister, en particulier au niveau de l'Oued Sebou, et ce au moins pour les prochains jours. La vigilance doit être maintenue.
Les principaux cours d’eau du Nord marocain maintiennent des niveaux très élevés, conséquence de deux semaines de précipitations intenses qui ont provoqué d’importantes inondations dans les régions de Ksar El Kébir et du Gharb.
Les données actualisées communiquées par le ministère de l'Intérieur ont précisé vendredi 6 février que le niveau d'eau a augmenté à Ksar El Kébir et que les prévisions météorologiques vont dans le sens d'une hausse du risque de crues.
Outre Ksar El Kébir, la mobilisation des autorités est maintenue dans tous les territoires sinistrés, à savoir les provinces de Larache, Kénitra, Sidi Kacem et Sidi Slimane. Elle s’appuie sur des comités de veille stratégique active, aussi bien au niveau central que dans les régions et provinces concernées.
Il faut dire que la Direction générale de la Météorologie (DGM) prévoit un nouvel épisode pluviométrique, avec des cumuls allant de 40 à 70 mm, adu samedi 7 février à midi au dimanche 8 février à 6 h, dans les provinces de Chefchaouen, Al Hoceima, Kénitra, Ouezzane, Tétouan et Larache.
La situation des principaux cours d’eau et barrages du Nord-Ouest
Au 6 février 2026, dans le bassin du Loukkos, cinq barrages supplémentaires ont atteint leur capacité maximale.
À cette même date, le barrage Oued El Makhazine a enregistré un niveau record de 156 % de sa capacité normale, en raison des fortes précipitations, notamment celles survenues dans la nuit du 4 au 5 février 2026.
Quant au barrage Al Wahda, il maintient un taux de remplissage inférieur à la maximale, à 89 %, ce qui représente un volume d'eau de 3,141 milliards de mètres cubes.
De même, la situation reste critique sur plusieurs cours d’eau :
- À l’embouchure de l'Oued Sebou, le niveau de l’eau est très haut et occupe la totalité de son lit majeur et se situe légèrement au-dessous du pont-rail, en plus d’une submersion près de la corniche du Sebou à Kénitra.
- L'embouchure d'Oued Loukkos, au niveau de Larache, présente le même profil, avec de vastes étendues de terres submergées.
- Au niveau de Ksar El Kebir, en aval du barrage Oued Makhazine, le niveau d’Oued Loukous n’a pas beaucoup baissé. La ville est encore en partie submergée.
- Plus au nord, une large superficie est inondée dans l’embouchure de l’oued Tahadart, au sud de la ville de Tanger.
- À Tétouan, Oued Martil affiche un niveau très élevé, tandis que la région continue de recevoir des pluies importantes.
- Dans la commune de Tamorot, située à proximité de Chefchaouen, les fortes précipitations ont provoqué un glissement de terrain. Exacerbé par la saturation des sols, il a entraîné l’effondrement d’une trentaine de maisons ainsi que d’une mosquée.
- Dans les bassins du Loukous et du Gharb, les petits oueds et canaux connaissent également des montées importantes des eaux (canal de Nador, oued Drader, oued Souier, oued Gharifa…). Celles-ci causent parfois des coupures de routes, comme c’est le cas de l’oued Derader entre Souk Larbaa et Moulay Bousselham.
La vigilance doit être renforcée, car les impacts des crues devraient s’aggraver
La cartographie des risques indique qu'une vaste zone riveraine d'Oued Sebou demeure sous une menace critique d'inondation. Ce périmètre englobe la ville de Kénitra ainsi que de vastes terres agricoles de la plaine du Gharb, particulièrement au sud de la ville de Sidi Allal Tazi, dans la commune de Mograne, ainsi que l'axe situé entre Mechraa Belksiri et Dar Guedari.

En se basant sur le modèle de prévisions d'inondation de Copernicus, qui se base sur les données satellitaires et les données historiques, les données actualisées maintiennent un niveau d'alerte rouge pour l'ensemble du bassin de Sebou.
Les prévisions du modèle Copernicus pour les 15 prochains jours signalent un risque de crue élevé concernant les oueds Sebou et Ouergha alors qu'un nouvel épisode pluvieux approche.

Dans le bassin du Loukkos, la zone à risque est principalement circonscrite à l'embouchure d'Oued Tahaddart, ainsi qu'à ses affluents, Oued Hachef et Oued Mharhar. Ce secteur demeure très vulnérable et est actuellement entièrement inondé.
Par ailleurs, la situation reste préoccupante à Ksar El Kébir. Le barrage Oued El Makhazine, en situation de surcapacité, empêche un retour à la normale malgré l'amélioration météorologique observée ce 6 février 2026. Si une légère baisse du niveau d'eau a été constatée au niveau du pont sud de la ville traversant Oued Loukkos, un nouvel épisode pluvieux annoncé compromet tout retrait significatif des eaux.

Au niveau de la ville de Tétouan, la vigilance reste de mise. Le niveau d'Oued Martil demeure particulièrement élevé à ce jour, alimenté par les précipitations continues qui touchent la région.
Peut-on espérer une décrue dans les jours à venir ?
À ce jour, les débits des cours d’eau sont nettement supérieurs à la normale dans les régions du Nord.
Malgré des niveaux d'eau élevés, le débit à l'amont du barrage Oued Makhazine a légèrement diminué ce 6 février 2026. Il est passé d'un maximum de 1.450 m3/s, atteint les 4 et 5 février, à moins de 1.200 m3/s. Cette légère baisse devrait toutefois être interrompue par un nouvel épisode de hausse à partir du 9 février prochain. Par la suite, une baisse progressive du débit devrait s'amorcer, pour atteindre son point le plus bas au cours de la fin de la semaine prochaine, à condition d'une amélioration des conditions météorologiques.

À l'embouchure d'Oued Loukous, les débits ont été plus importants, approchant les 2.900 m³/s les 4 et 5 février, avant de diminuer légèrement le 6 février et de se stabiliser entre 2.400 m³/s et 2000 m³/s. De même, une nouvelle augmentation des débits devrait survenir en début de semaine prochaine, en raison des précipitations qui devraient apporter de nouvelles masses d'eau.

Sur l’oued Ouergha, le débit a atteint un pic historique en dépassant les 1.800 m³/s, un niveau inédit depuis le début des inondations. Aucune baisse significative n’est attendue dans les prochains jours avant une nouvelle montée prévue en fin de semaine, laquelle devrait probablement excéder le précédent record du vendredi 6 février 2026.

Au niveau d'Oued Sebou (sud de Khenichet), les prévisions du modèle d’inondation Copernicus indiquent une nouvelle augmentation des débits au cours de la semaine prochaine. Ceux-ci pourraient atteindre un niveau record avoisinant 1.800 m³/s dès la fin de cette semaine, dépassant ainsi les valeurs précédemment enregistrées.

À l’embouchure même de l’Oued Sebou, le débit du fleuve a déjà franchi le seuil des 4.000 m³/s. Compte tenu des apports importants qu’il continue de recevoir, il est attendu qu’il dépasse ce niveau dans les prochains jours, avec des valeurs pouvant atteindre 8.000 m³/s.

En tout état de cause, les décrues devraient s’amorcer de façon progressive et inégale au plus tard d’ici la fin de la semaine prochaine, sous réserve qu'aucun nouvel épisode pluvieux conséquent ne survienne.
Toutefois, les surfaces inondées persisteront durant les semaines à venir. Cette stagnation des eaux s'explique par les caractéristiques topographiques de la région, notamment la configuration de plaine du Gharb, qui freine naturellement l'évacuation des crues.
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