Tourisme. Lecture de la trajectoire d’un secteur devenu clé (2008-2025)
Porté par la reprise post-Covid, le tourisme marocain a retrouvé puis dépassé ses niveaux d’avant-crise. Mais une lecture de long terme montre une trajectoire plus contrastée, marquée par le choc de 2008 suivi d’une phase d’expansion modérée, puis un changement d’échelle à partir de 2022.
Dans la continuité de notre lecture du bilan pré-électoral, après une analyse générale des performances macroéconomiques puis un focus sur l’emploi, le tourisme mérite un traitement à part.
Ce secteur ne relève plus seulement de l’hôtellerie ou des loisirs. Il est devenu un pilier des entrées de devises, un soutien important de l’activité et un amortisseur face aux déséquilibres extérieurs.
Notre analyse élargit le regard au-delà du seul bilan gouvernemental actuel, en replaçant les performances du tourisme marocain dans une trajectoire longue allant de 2008 à 2025.
Cette période permet d’identifier trois séquences majeures. D’abord, le choc de la crise financière internationale, dont l’effet apparaît surtout dans les recettes. Ensuite, une phase d’expansion modérée, presque mécanique, jusqu’en 2019. Enfin, la rupture provoquée par la pandémie de Covid-19, suivie d’un rebond très rapide et inédit à partir de 2022.
Les arrivées touristiques
Entre 2008 et 2019, les arrivées touristiques sont passées de 8,2 millions à 12,9 millions, soit une progression d’environ 57,5%. Cette hausse est significative, mais elle n’a pas été linéaire. Entre 2008 et 2011, le secteur a continué à avancer à un rythme soutenu, avec des progressions annuelles comprises entre 5% et 7%, malgré le contexte de crise financière internationale.
La crise de 2008 n’a donc pas cassé la dynamique des arrivées. Son effet apparaît davantage dans les recettes que dans le volume des touristes. Cela indique que la demande touristique ne s’est pas effondrée, mais que la dépense moyenne, la durée de séjour ou la capacité des visiteurs à consommer ont été affectées par la dégradation économique dans les marchés émetteurs.

La période 2012-2016 est différente. Le secteur continue de progresser, mais à un rythme beaucoup plus faible. La croissance annuelle des arrivées ne dépasse pas 3% sur cette séquence, et l’année 2015 enregistre même une baisse de 1%. Ce ralentissement intervient hors crise mondiale majeure. Le secteur avance par lui-même dans l’indifférence d’une partie du gouvernement.
À partir de 2017, la dynamique commence à se redresser. Les arrivées progressent de 9,8% en 2017, puis de 8,3% en 2018, avant de ralentir à 5,2% en 2019. Le secteur retrouve donc une phase d’expansion plus visible avant d’être brutalement interrompu par la crise sanitaire.
En 2020, les arrivées chutent de 12,9 millions à 2,8 millions de touristes, soit un effondrement de 78,3%. Cette rupture relève d'un arrêt exceptionnel de l’activité touristique internationale.
La période après le Covid marque ensuite un changement de rythme. Le rebond de 2022 est spectaculaire. Le point le plus important est que la progression s'est poursuivie après ce rattrapage. Entre 2022 et 2025, les arrivées passent de 10,9 millions à 19,8 millions, soit une hausse d’environ 82% en trois années. Les taux de croissance demeurent à deux chiffres chaque année sur la période 2023-2025.
Cette montée en volume s’explique par la reprise mondiale du tourisme, mais aussi par des mesures prises au Maroc. L’accessibilité aérienne s’est améliorée, les connexions avec les marchés européens ont été renforcées, les compagnies low cost ont pris plus de place et la promotion internationale de la destination est devenue plus offensive. Le secteur ne s’est donc pas seulement rétabli après le Covid. Il a franchi un nouveau palier.
Les recettes de voyage et leur poids dans l’économie
Entre 2008 et 2019, les recettes de voyage sont passées de 55,6 à 78,7 MMDH. La tendance de fond est donc bien orientée à la hausse, mais elle n’a rien d’un parcours linéaire. La série montre au contraire plusieurs inflexions.
La première intervient en 2009, dans le sillage de la crise des subprimes. Les recettes reculent, alors même que les arrivées touristiques continuent d’augmenter. Ce décalage montre que le choc a d’abord pesé sur la dépense des visiteurs, plus que sur leur nombre. En d’autres termes, le Maroc a continué à attirer des touristes, mais dans un contexte où leur capacité de consommation, leur durée de séjour ou la structure de leurs dépenses s’est dégradée.
Après ce recul, les recettes ont commencé à se redresser partiellement. Sur la période 2012-2016, elles affichent ensuite une quasi-stagnation, marquée par des variations limitées et plusieurs années de repli.
Par ailleurs, la dynamique devient plus lisible à partir de 2017, avec une reprise plus nette jusqu’en 2019, avant d’être brutalement interrompue par la crise sanitaire.
La rupture liée au Covid est, de loin, la plus forte de toute la période. En 2020 et 2021, les recettes chutent brutalement, ce qui traduit un arrêt exceptionnel de l’activité touristique internationale.
À partir de 2022, la reprise est rapide et d’une ampleur remarquable et historique. Les recettes retrouvent très vite leur niveau d’avant-crise, puis le dépassent. À titre d’exemple, entre 2022 et 2025, elles ont augmenté de 44,2 MMDH, soit une hausse de 47,1%.
Le ratio recettes de voyage sur PIB reflète clairement ce constat. Il s’élevait à 7,0% en 2008, avant de reculer à 6,5% en 2009 sous l’effet de la crise internationale. Il oscille ensuite autour de 6% pendant une grande partie des années 2010, signe d’une progression réelle des recettes, mais sans changement majeur de place du secteur dans l’économie.
En 2020 et 2021, ce ratio s’effondre à 3,2% puis 2,7%. À partir de 2022, il rebondit fortement, revient à 7%, puis atteint 8,1% en 2025, soit son niveau le plus élevé sur l’ensemble de la période.
La recette moyenne par touriste
La recette moyenne par touriste apporte une lecture plus qualitative de la trajectoire du secteur. Elle permet de savoir si l’essor du tourisme repose seulement sur la hausse du nombre de visiteurs ou aussi sur une meilleure capacité à générer de la valeur par séjour.
Après 2008, cet indicateur suit d’abord une orientation baissière. Cette évolution confirme que la crise internationale a pesé sur la dépense touristique. Le Maroc a continué à accueillir davantage de visiteurs, mais ceux-ci ont dépensé en moyenne moins qu’auparavant. La dynamique du secteur est donc restée positive en volume, sans progression équivalente de la valeur générée par touriste.
À partir de 2014, la recette moyenne remonte en partie, mais sans suivre une hausse régulière. Elle alterne ensuite entre progression et recul jusqu’à la veille de la pandémie. Cela montre que le secteur a gagné en taille, sans hausse continue de la dépense moyenne par touriste.
Le niveau anormalement élevé observé en 2020 puis en 2021 ne traduit pas une amélioration soudaine de la qualité ou du positionnement de l’offre touristique. Il reflète surtout l’effondrement du nombre de visiteurs, qui modifie fortement la structure des flux et rend la moyenne peu comparable au reste de la période.
À partir de 2022, l’indicateur revient vers des niveaux plus proches de la normale, tout en restant globalement au-dessus de la plupart des niveaux observés avant la pandémie. Une partie de cette amélioration tient à l’effet de rattrapage post-Covid, particulièrement visible en 2022 et 2023. Cela se voit ensuite dans l’évolution plus modérée de la recette moyenne. En 2025, celle-ci ralentit encore, tout en demeurant à son niveau le plus élevé de toute la période étudiée hors années de rebond post-Covid.
Le secteur a clairement pris une nouvelle dimension, mais cette progression repose d’abord sur la hausse du nombre de visiteurs. La valeur générée par chaque touriste a aussi progressé, mais de façon plus irrégulière et moins nette. Pour la suite, l’enjeu ne sera donc pas seulement d’attirer plus de touristes, mais aussi de faire en sorte qu’ils dépensent davantage et que l’offre touristique gagne en qualité.
Quatre gouvernements, une économie. Lecture comparative des performances macroéconomiques
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