Quartier Océan à Rabat: démolitions en chaîne et incertitudes sur l’avenir du quartier
Les opérations de démolition se poursuivent dans le quartier de l’Océan à Rabat, où le paysage urbain évolue rapidement sous l’effet d’un chantier de requalification d’ampleur. Entre annonces jugées tardives, incertitudes sur le périmètre concerné et contestation des indemnisations, les témoignages recueillis sur place reflètent une situation confuse.
Situé en bordure de l’Atlantique, ce quartier à forte valeur foncière est appelé, selon les orientations initiales du plan d’aménagement, à renforcer sa vocation touristique.
À l’origine, le projet visait notamment à libérer le domaine public et à élargir plusieurs axes, dont les avenues Brahim Roudani, Mokhtar Gazoulit, Kebibat et de la Résistance. Il prévoyait également la reconversion de la corniche, la réhabilitation de friches urbaines et la restructuration de bâtiments à valeur patrimoniale.
Sur le terrain, plusieurs habitants interrogés décrivent une extension progressive du périmètre des démolitions, au-delà des emprises initialement ciblées.
Démarrées du côté de Douar Laskar un peu plus d'un an, les opérations se sont ensuite étendues à Gharbia puis au quartier Napoli, sans qu’un périmètre clair et définitif ne soit communiqué. "Au départ, il s’agissait d’élargir les voies en supprimant les occupations du domaine public, comme les jardins attenants aux maisons. Mais quelques mois plus tard, les habitations elles-mêmes ont été concernées", témoigne un ancien résident.
Aujourd’hui, l’incertitude demeure quant aux prochaines zones visées. Certains évoquent une extension plus large, tandis que d’autres affirment ne disposer d’aucune information fiable. "Personne ne sait exactement jusqu’où cela ira", résume un habitant, pointant un manque de visibilité qui alimente les rumeurs.
Dans certains immeubles, des appartements sont détruits tandis que d’autres restent occupés. Une configuration qui, selon plusieurs témoignages, fragilise les structures et accélère les départs.
"Si un occupant accepte de partir et que son voisin refuse, l’appartement libéré peut être démoli, ce qui met en péril l’ensemble de la résidence", explique un ancien habitant. Cette dynamique contribue à transformer progressivement le quartier, avec des îlots partiellement vidés ou en cours de démolition.
Opacité et indemnisations au cœur des critiques
La question des indemnisations cristallise une partie des tensions. Selon les témoignages recueillis, les montants proposés varient entre 10.000 dirhams le mètre carré pour les biens non immatriculés et 13.000 dirhams pour les biens titrés. Pour certains habitants, ces niveaux sont insuffisants pour se reloger dans des conditions comparables dans la ville de Rabat. "À ce prix-là, il devient difficile de rester dans la capitale, ce qui pousse vers des zones comme Tamesna, Skhirat ou Aïn Atiq", souligne un riverain.
D’autres estiment en revanche que ces montants correspondent à la valeur actuelle du marché, indépendamment des perspectives futures liées à la requalification du quartier.
Pour les locataires ou les détenteurs de droit au bail (sarout), les compensations sont décrites comme incertaines. Elles peuvent prendre la forme d’un appartement ou d’un terrain, souvent situés en périphérie, notamment à Skhirat, Témara, Tamesna ou Aïn Atiq.
Certains témoignages évoquent également des logements attribués dans des programmes économiques, nécessitant une contribution financière des bénéficiaires, incluant frais d’acquisition et de notaire.
Par ailleurs, plusieurs habitants indiquent que le versement des indemnisations intervient après la démolition effective des biens, obligeant les ménages à se reloger temporairement à leurs frais.
Au-delà des aspects financiers, des critiques émergent sur les modalités d’information. Certains habitants affirment avoir été prévenus environ six mois à l’avance, tandis que d’autres décrivent un processus marqué par le bouche-à-oreille et la circulation de rumeurs. "Les gens sont préparés progressivement, à travers des informations informelles, avant l’annonce officielle", avance un habitant. Une perception qui renforce le sentiment d’opacité autour de l’opération.
Pour une partie des habitants, les démolitions représentent une rupture, tant sociale que territoriale. Faute de communication officielle précise sur les contours du projet, les démolitions continuent d’alimenter les interrogations et des lectures parfois opposées, au rythme des transformations visibles du quartier.
Les citoyens restent dans le flou quant aux projets prévus après les démolitions. Les rumeurs se multiplient. Certains évoquent la construction de résidences haut standing, notamment de type Prestigia, ainsi que d’hôtels, de cafés et de restaurants. D’autres affirment que tout le périmètre allant de Douar Laskar jusqu’à l’église sera concerné.

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