Rabat : les démolitions au quartier de l’Océan divisent les élus municipaux
Les opérations de démolition dans le quartier de l’Océan à Rabat continuent d’alimenter le débat. Un élu de la majorité du conseil de la ville y voit une étape nécessaire de modernisation urbaine. Mais plusieurs conseillers d’opposition FGD dénoncent des pratiques qu’ils jugent irrégulières et opaques.
Faisant l'actualité au Conseil communal de Rabat, ce sujet voit s'affronter la majorité et l'opposition. Sollicités par Médias24, un élu RNI explique son soutien à ces opérations de démolition par la nécessité d’une transformation structurante de la capitale, tandis que deux conseillers FGD dénoncent certaines irrégularités et les incohérences juridiques de cette politique.
La majorité défend une transformation stratégique de la capitale
Pour ne pas changer, la présidente du conseil de la ville, Fatiha El Moudni, n’a pas souhaité s’exprimer sur ce dossier. Un élu de sa majorité nous déclare cependant que ces démolitions étaient nécessaires pour repositionner la capitale au rang des grandes métropoles internationales et la préparer à accueillir la Coupe du monde de football de 2030.
Cet élu, Driss Razi, affirme soutenir ces interventions qui s’inscrivent dans le cadre d'un plan censé moderniser les infrastructures immobilières et, in fine, améliorer l’attractivité de Rabat.
Pour l'ancien président de l'arrondissement du quartier Hassan, il ne s’agit pas de démolitions isolées, mais d’un projet global qui s’inscrit dans une dynamique de restructuration du tissu urbain et d'amélioration des équipements et des espaces publics, avec, à terme, l’objectif d’une valorisation foncière et économique de cette zone de la capitale.
Insistant sur la nécessité d’anticiper le développement urbain de Rabat, Driss Razi conclut en affirmant que d'autres quartiers résidentiels de la capitale bénéficieront bientôt d'opérations de modernisation.
L’opposition dénonce un manque de transparence
Face à cette vision présentée comme consensuelle au sein de la majorité, plusieurs élus d’opposition adoptent une position nettement différente. Ils dénoncent des opérations de démolition qu'ils jugent irrégulières et sans garanties suffisantes pour les habitants.
C’est le cas de Farouk Mehdaoui, conseiller de la FGD, qui critique une politique qui, selon lui, ne respecte pas pleinement le principe fondamental de la propriété.
"Comment faire accepter à des familles installées dans ce quartier depuis des décennies de devoir quitter leur lieu de résidence pour déménager dans des logements situés dans des communes éloignées de 25 à 40 kilomètres comme Skhirat ?", s’interroge l’élu. Il évoque un manque de visibilité sur leur relogement promis par les autorités, mais aussi sur l’avenir du foncier libéré du quartier de l'Océan.
Qualifiant de "propos infondés" la version officielle selon laquelle le nouveau plan d’aménagement de Rabat rendrait nécessaires ces démolitions, notre interlocuteur rétorque que ce projet n’a jamais obtenu l’aval des conseillers, et qu’en réalité, sa vocation est principalement commerciale.
Farouk Mehdaoui affirme en effet que plusieurs propriétaires de logements concernés par cette opération présentée comme un lifting du quartier ont été démarchés par le moqaddem, le pacha et le caïd de quartier pour les inciter à vendre leur bien à un promoteur immobilier précis.
Laissant entendre que ce dossier est motivé par des intérêts en partie privés, l’élu estime les voies de recours limitées après la démolition de la quasi-totalité des logements ciblés. Son parti compte d'ailleurs déposer une requête auprès du médiateur du Royaume et du Conseil national des droits de l’Homme (CNDH).
Des pratiques contestées ?
Confirmant les propos de son camarade de parti, le conseiller Omar Hayani dénonce le manque d’informations sur les projets futurs et l’opacité autour des investisseurs impliqués après la phase de démolition.
"On parle de zones immobilières avec des espaces de divertissement, mais nous n’avons aucune précision sur ces projets qui vont à l’encontre du principe constitutionnel du droit à la propriété", s’interroge l’élu FGD. Il s'étonne du fait que la grande majorité des propriétaires concernés, qui n’ont pas fait l’objet d’une procédure d’expropriation pour utilité publique, verront leur logement repris par des promoteurs privés.
Et d’ajouter que ceux qui ont fini par céder leurs biens, malgré l'absence de fondement légal, ont reçu des indemnisations jugées insuffisantes, alors que la plupart d’entre eux ont acquis récemment leur logement neuf et doivent encore payer les échéances de leur crédit immobilier.
"Pour mettre la pression sur ceux qui refusent de céder aux injonctions, dès qu’un propriétaire excédé vend son bien, la commune s’empresse de détruire la façade de l’immeuble alors que c’est considéré comme illégal, car à l’image des escaliers, il s'agit d'une propriété commune". Omar Hayani affirme que la FGD est le seul parti indépendant de la mairie qui ne se conforme pas aux consignes de vote.
Entre impératif de modernisation urbaine et exigence de justice sociale, le dossier de ces démolitions s’impose comme l’un des dossiers urbains et politiques les plus sensibles de la capitale.
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