Le rôle du climat est central dans cette seconde phase. Une agriculture largement dépendante des précipitations expose directement l’emploi aux chocs de sécheresse. Lorsque la part de l’emploi agricole reste élevée, ces chocs se traduisent mécaniquement par des destructions d’emplois et une hausse rapide du chômage. Les dynamiques de création et de destruction d’emplois corroborent ce constat.
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Emploi agricole. Une perte moyenne de 50.000 emplois par an depuis 2000
Depuis le début des années 2000, la part de l’emploi agricole dans l’emploi total recule de manière continue, avec une accélération à partir de 2016 sous l’effet des sécheresses récurrentes. Quels en sont les facteurs explicatifs et les implications pour l’économie ? Cette évolution est-elle nécessairement négative ou peut-elle, sous certaines conditions, renforcer la stabilité macroéconomique ?
Par
Badr Elhamzaoui
Le 4 février 2026 à 17h53
|
Modifié 4 février 2026 à
18h08
La publication de la situation du marché du travail au titre de l’année 2025, au-delà des chiffres de l’emploi et du chômage, montre une baisse marquée et continue de la part de l’emploi agricole dans l’emploi total.
Une transformation structurelle profonde
Cette évolution ne peut être en aucun cas assimilée à une contraction sectorielle conjoncturelle. Elle reflète plutôt une transformation structurelle profonde, portée par plusieurs facteurs, dont les effets concernent directement l’appareil productif et l’équilibre global du marché du travail.
Consultées par Médias24, les données du HCP montrent que la part de l’emploi agricole dans l’emploi total est passée de 45,1% en 2000 à 25,5% en 2025. Il 's'agit d'une baisse de près de 20 points de pourcentage.Entre 2000 et 2025, l’agriculture a perdu environ 1,24 million d’emploisLe diagnostic est encore plus parlant lorsqu’on raisonne en effectifs. Sur la même période, le nombre d’actifs occupés dans l’agriculture est passé de 4.010.000 à 2.770.000. Cela représente une baisse absolue de 1.240.000 emplois agricoles.
Autrement dit, la destruction nette annuelle moyenne des emplois agricoles s’est établie, entre 2000 et 2025, à près de 50.000 emplois par an.
La dynamique de cette baisse n’a toutefois pas été de la même ampleur sur l’ensemble de la période. Pour simplifier, on peut distinguer deux tendances. La première s’étend de 2000 à 2015, il s’agit d’une phase durant laquelle le ratio emploi agricole/emploi total fluctue autour de 40%, tout en affichant une tendance baissière progressive.
La seconde période est nettement plus marquée. Entre 2016 et 2025, la part de l’emploi agricole dans l’emploi total est passée d’environ 39% à 25,5%, soit une chute de plus de 13 points en l’espace de dix ans.
Des éléments d’explication
Cette évolution ne renvoie pas à une cause unique. Elle résulte d’une combinaison de facteurs, dont le premier, à considérer avec prudence, est l’amélioration de la productivité du travail agricole.
Le maintien de la part de la valeur ajoutée agricole autour de 8% à 10% de la valeur ajoutée totale sur la période 1998-2024, malgré la contraction des effectifs, suggère que l’agriculture produit globalement autant avec moins de main-d’œuvre. Cette évolution reflète, au moins en partie, un gain de productivité, même si celui-ci demeure inégal selon les filières et les territoires.
Cette dynamique est cohérente avec les transformations internes du secteur. L’introduction progressive de techniques plus capitalistiques, le développement de l’irrigation, l’amélioration des semences et l’intégration croissante de certaines filières aux marchés, notamment à l’export, ont réduit les besoins en travail par unité produite.
Ce mouvement a contribué à libérer de la main-d’œuvre agricole, sans entraîner une contraction équivalente de la production. Dans le même temps, l’urbanisation, l’élévation du niveau d’éducation et les aspirations sociales nouvelles ont renforcé les sorties de l’agriculture, en particulier chez les jeunes actifs.
La lecture diffère toutefois selon les périodes. Entre 2000 et 2015, la baisse de la part de l’emploi agricole restait modérée et s’accompagnait d’un recul du taux de chômage, y compris en milieu rural, où celui-ci était passé de 5% à 4,1%. Le recul était progressif, compatible avec une transition structurelle graduelle.
En revanche, la phase entamée à partir de 2016 a été plus brutale et s’est accompagnée d’une forte hausse du chômage. Cette coïncidence suggère que la seconde vague de baisse de la part de l’emploi agricole est largement liée aux chocs climatiques, en particulier aux épisodes de sécheresse que connaît le Maroc depuis 2016.
Quelles implications ?
D’un point de vue macroéconomique, cette évolution n’est pas nécessairement défavorable. Une diminution de la part de l’emploi agricole réduit la vulnérabilité globale du marché du travail aux chocs climatiques.
Moins l’emploi est concentré dans un secteur dépendant de la pluie, moins les sécheresses se traduisent par des flambées du chômage. La baisse de l’emploi agricole peut ainsi renforcer la stabilité macroéconomique, en atténuant le lien direct entre précipitations, emploi et chômage.
Cette trajectoire reste cependant conditionnelle. Elle n’est soutenable que si la main-d’œuvre libérée est réaffectée vers des activités plus productives et plus stables.
Sans montée en gamme du tissu productif hors agriculture, la vulnérabilité ne disparaît pas. Elle se déplace vers l’informalité, le sous-emploi urbain et la précarité. La question de la formation et de l’employabilité devient alors centrale.
Par ailleurs, la baisse de l’emploi agricole reflète aussi un désengagement des jeunes, attirés par d’autres secteurs ou découragés par la faible rentabilité et les risques climatiques.
À titre d’illustration, selon les constats de la COMADER sur l’emploi rural, plus de 45% des agriculteurs sont âgés de 55 ans et plus. La part des jeunes de moins de 35 ans reste faible et continue de reculer. Cette situation pose clairement la question du renouvellement générationnel dans le secteur.
Ainsi, à terme, ce phénomène pourrait poser un problème économique autant que social, car il peut fragiliser la capacité productive elle-même si l’investissement en capital et en équipements ne compense pas le recul de la main-d’œuvre.
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Par
Badr Elhamzaoui
Le 4 février 2026 à 17h53
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