Clôture de la 16ᵉ Conférence de l’Énergie : un brainstorming France-Maroc au service de l’eau et des énergies vertes
Avec la France comme invitée d’honneur, la 16ᵉ édition de la Conférence de l’Énergie a eu lieu le mercredi 23 avril 2025 au centre MASEN à Ouarzazate. Organisée par la Fédération de l’énergie, elle a réuni décideurs clés et experts énergétiques marocains ainsi que leurs homologues français. À l’issue des travaux de cette conférence, des pistes concrètes ont été exposées pour renforcer la dynamique du modèle énergétique marocain.
Après une dernière édition organisée en 2022, la Conférence de l’Énergie signe son grand retour, un événement d'autant plus symbolique qu'il se déroule cette année au sein du complexe solaire de Ouarzazate, quelques jours après sa remise en fonction.
Cette 16ᵉ édition a été marquée par une forte mobilisation gouvernementale, conduite par le Chef du gouvernement, Aziz Akhannouch, et les principaux ministres concernés, notamment Leila Benali, ministre de la Transition énergétique et du développement durable, et Nizar Baraka, ministre de l'Équipement et de l'eau.
Elle s'inscrit dans le sillage de la dernière visite du président français Emmanuel Macron au Maroc, qui a abouti à la conclusion de 22 accords stratégiques, dont une part significative concerne le secteur de l'énergie et plus particulièrement les énergies vertes. Une dynamique qui explique naturellement le choix de la France comme pays à l'honneur cette année, succédant ainsi aux Émirats Arabes Unis lors de la précédente édition.
Ce moment précis, à l’issue de cet évènement, offre une occasion idéale pour dresser le bilan des avancées accomplies, identifier les leviers d'accélération et renforcer les engagements nationaux.
Leila Benali : le Maroc a besoin aujourd’hui de plus de gaz naturel qu’il y a 5 ans
Dans son allocution, la ministre de la Transition énergétique et du développement durable, Leila Benali, a souligné que la priorité n'est pas la possession de l’énergie seule, mais la maîtrise de l'outil industriel. Cette maîtrise est essentielle pour assurer la gestion dans le temps des projets énergétiques, à l'image du complexe Noor Ouarzazate, récemment remis en l’état et qui représente à lui seul 10% de la capacité installée en énergies renouvelables.
Le Maroc atteint aujourd’hui un point d’inflexion stratégique dans ses projets d’énergies renouvelables. Comme l’a souligné Benali, les investissements dans les énergies renouvelables ont été multipliés par 4, et ceux dans les réseaux par 5, reflétant une dynamique forte. Les cinq prochaines années constituent une fenêtre d’opportunité unique pour accélérer cette transition et concrétiser les ambitions nationales.
L'objectif initial d'atteindre 52 % de capacité installée en énergies renouvelables d'ici 2030, annoncé par le Chef du gouvernement, reste réalisable, comme l’a reconfirmé Leila Benali, entre 2026 et 2027. Les efforts les plus exigeants ont été consentis il y a 15 ans : création de MASEN, mettre en place des infrastructures, attirer les bons investissements, surmonter les défis…
Avec la participation active des parties prenantes publiques et privées, le Maroc est désormais en mesure de financer et de développer des projets renouvelables dépassant 300 à 400 MW, ce qui devrait lui permettre de surpasser ses objectifs initiaux, a réaffirmé la ministre de la Transition énergétique.
Bien que cet objectif soit très important, Leila Benali a affirmé que le véritable défi aujourd'hui réside dans le fait que, bien que le Maroc ait atteint un taux d'électrification rurale de 99,9 %, le dernier kilomètre demeure le plus difficile à parcourir. L'expérience acquise lors du séisme d'Al Haouz a démontré l'efficacité des solutions décentralisées, avec le déploiement réussi par MASEN de mini-réseaux qui se sont révélés non seulement opérationnels mais aussi économiquement viables dans plusieurs zones reculées. Ces solutions innovantes, aujourd'hui éprouvées sur le terrain, pourraient ainsi constituer la clé pour parachever cette électrification rurale totale, tout en offrant une alternative parfois plus économique que les extensions classiques du réseau.
En ce qui concerne l’hydrogène vert, Leila Benali a indiqué que les discussions sont en cours avec les six premiers partenaires qui ont signé les six premiers contrats de réservation de fonciers pour 6 mois. L’approche choisie, dans le cadre de l’offre du Maroc, s'appuie sur une gestion partagée des risques entre acteurs publics et privés qui combine une vision à long terme et une flexibilité opérationnelle, essentielle pour les technologies en phase de maturation.
En plus des énergies renouvelables intermittentes et les projets d’hydrogène vert, Leila Benali a précisé que le Maroc a besoin aujourd’hui de plus de gaz naturel qu’il y a 5 ans pour assurer la transition énergétique.
Pour atteindre cet objectif de transition, Leila Benali a saisi cette occasion pour annoncer un appel à manifestation d’intérêt imminent concernant l’infrastructure gazière. Mme Benali a souligné que cette infrastructure était attendue de longue date, accusant un retard de 20 ans par rapport à la première feuille de route dédiée à l'infrastructure gazière, élaborée en 2004.
"Cet appel à manifestation d'intérêt va permettre de mettre en place une première installation à Nador, les connexions de pipeline avec le gazoduc Maghreb Europe, la connexion avec les zones industrielles de Kénitra-Mohammedia qui ont énormément besoin d'électricité verte et de gaz et le but au final, c'est de relier l’ensemble avec le future terminal sur la façade Atlantique de Dakhla pour relier notre infrastructure gazière marocaine avec le gazoduc Afrique Atlantique", a expliqué Leila Benali.
Rappelons qu’une feuille de route d’infrastructure gazière (2024-2030) a été présenté en 2024 par la ministre de la Transition énergétique et qui a annoncé l’ossature des projets de développement de l’infrastructure nationale à court et moyen termes.
Nizar Baraka : le modèle marocain se base sur une approche NEXUS-Eau Énergie-Sécurité alimentaire
De son côté, Nizar Baraka, ministre de l’Equipement et de l’eau a ajouté que le progrès du Maroc dans le domaine du renouvelable pour atteindre ses objectifs de durabilité se projette également pour rebâtir la sécurité hydrique affaibli par la succession des années de sécheresse qui s’inscrit dans une logique récente NEXUS pour assurer une synergie entre Eau-Energie-Sécurité alimentaire.
L’ensemble des projets de dessalements engagés à savoir celle de Dakhla qui sera opérationnelle cette année, de Casablanca qui sera opérationnelle au plus tard en début 2027 ainsi que d’autres (Rabat, Tanger, Nador…) seront sourcés à partir d’énergies renouvelables a expliqué le ministre de l’Equipement. L’objectif est d'avoir le bas carbone mais également d'avoir le meilleur coût.
À terme, ces projets de dessalement sont destinés en premier à assurer l’eau potable pour l'ensemble de la population dont 75% se concentre dans les villes côtières et même aller au delà par le raccordement des nouvelles usines de dessalement à des villes intérieures.
Le ministre Nizar Baraka a cité en exemple la station de dessalement de Safi, dont l'eau sera acheminée vers Benguérir et Youssoufia, avec une extension jusqu'à Marrakech. Ce projet, d'une capacité de 80 millions de mètres cubes, a déjà vu le lancement des travaux de canalisation et qui sera opérationnelle dès mars 2026.
Dans le cadre du pilier sécurité alimentaire de l’approche Nexus, cette approche permettra de préserver l’eau pour les villes intérieures et pour l’agriculture. Celle-ci devrait également bénéficier de plus de 500 millions de mètres cubes d’eaux dessalées, qui seront destinés à l'irrigation d'une superficie comprise entre 100.000 et 150.000 hectares.
En plus des grandes installations de dessalement, Nizar Baraka a évoqué les efforts déployés par le ministère de l’Industrie, ainsi que le rôle clé joué par l’industrie marocaine, qui a acquis une expertise et un savoir-faire dans la construction et la fabrication des stations monoblocs de dessalement et de déminéralisation de l’eau.
Aujourd’hui, grâce à ces efforts, plus de 200 stations monoblocs ont été déployées sur l’ensemble du territoire en collaboration avec le ministère de l’Intérieur. Ces installations permettent de couvrir une large partie du pays et de répondre aux besoins en eau potable des populations rurales.
Gérard Mestrallet : l'étude d'une liaison d'énergie renouvelable entre Nador et Marseille est en cours
Dans son intervention, Gérard Mestrallet, envoyé spécial du président de la République Française pour le partenariat stratégique franco-marocain dans le domaine énergétique, a souligné la dynamique de coopération entre les deux pays.
Les accords stratégiques France-Maroc s’articulent autour des priorités de la stratégie énergétique marocaine, notamment le développement des énergies renouvelables (éolien, solaire), la production d’hydrogène vert et d’ammoniac vert, ainsi que le transport d’énergie, qu’il s’agisse d’électrons ou de molécules, où la France dispose d'une expertise significative.
Sur le plan institutionnel, la collaboration est bien établie, avec des échanges réguliers entre les parties prenantes, notamment avec le ministère de la Transition énergétique. Des travaux ont été engagés pour étudier une connectivité directe entre le Maroc et la France, et par extension, l’Europe, dans un marché électrique déjà intégré. L’objectif est d’examiner la faisabilité d’une production d’électricité renouvelable au Maroc, acheminée jusqu’à Nador, puis vers Marseille via un câble sous-marin, un projet qui est en cours d’étude et qui pourrait constituer une contribution majeure à la transition énergétique européenne à l’image du projet Xlinks entre le Maroc et le Royaume-Uni.
2025, une année de bilan et une fenêtre d’opportunités pour des ambitions plus avantageuses à l’horizon de 2035
À l’issue de la 16ᵉ édition de la Conférence de l’Énergie, les échanges entre experts et décideurs ont souligné l’importance de la décarbonation industrielle. Celle-ci est désormais considérée comme un point focal de compétitivité pour les entreprises marocaines, et son succès requiert la mise en place de mécanismes adaptés pour faciliter l’accès des industriels aux énergies renouvelables : des Corporate PPA (contrats d'achat d'électricité) pour sécuriser l’approvisionnement, une tarification claire, des financements innovants et des zones industrielles bas carbone. Ces solutions combinées permettront d’offrir une énergie verte compétitive et fiable aux acteurs industriels.
Cette même dialectique se retrouve dans le domaine du dessalement, où une dynamique nationale forte est clairement ressentie. À cela s’ajoute l’intégration des énergies renouvelables qui doit devenir la norme dans les projets de dessalement. De plus, le modèle de partenariat public-privé est central pour déployer à grande échelle des projets durables, financièrement soutenables et dotés d'une bonne gouvernance. Enfin, le Maroc doit miser sur ses talents pour faire du dessalement durable un pilier résilient et respectueux de l'environnement, au service de l'ensemble des parties prenantes, à commencer par la société, les industriels et les agriculteurs.
La conférence a également mis en évidence le rôle important des applications bas carbone dans la valorisation des énergies renouvelables. L'accent a été mis sur leur capacité à renforcer la souveraineté énergétique du pays, à dynamiser l'innovation industrielle et à structurer de nouvelles chaînes de valeur locales. En effet, des piliers technologiques tels que l'hydrogène vert, les e-fuels et le stockage d'énergie apparaissent comme des moyens essentiels pour transformer le potentiel des énergies renouvelables en applications concrètes à forte valeur ajoutée.
À découvrir
à lire aussi
Article : Maroc-Espagne. Sebta, Mélilia et la fiction d’un front maroco-américain pour la récupération des présides
Sur fond de tensions inédites entre Madrid et Washington autour de l’usage des bases militaires espagnoles dans la guerre contre l’Iran, une partie du débat public espagnol voit ressurgir le spectre d’une récupération de Sebta et Mélilia par le Maroc avec un appui américain. Une hypothèse nourrie par certaines prises de position et amplifiée médiatiquement, mais qui, à ce stade, relève davantage du fantasme que d’une dynamique diplomatique réelle.
Article : FZ Mansouri veut poursuivre Barlamane en justice
Mise en cause par barlamane.com pour une affaire foncière, la maire de Marrakech annonce qu'elle va poursuivre ce journal en ligne ainsi que tout journaliste qui relaierait ces "allégations non fondées".
Article : Météo: les prévisions du dimanche 25 avril 2026
Voici les prévisions météorologiques pour le dimanche 26 avril 2026, établies par la Direction générale de la météorologie : - Formations brumeuses matinales et nocturnes […]
Article : Sahara: De Mistura évoque un “véritable élan” qui relance l’espoir d’une issue au conflit
Comme prévu par la résolution 2797 adoptée le 31 octobre 2025, le conseil de sécurité de l'ONY s'est réuni à huis clos pour faire le point avec l'envoyé personnel et l'envoyé spécial de l'ONU pour le Sahara, au sujet de l'avancement des efforts de paix.
Article : Immobilier. Les nouveaux choix d'investissement en 2026 à Casablanca
À Casablanca, le marché immobilier change de configuration. La raréfaction des petites surfaces et la hausse des prix pèsent sur le résidentiel, tandis que des segments comme la logistique et l'industriel offrent aujourd'hui des rendements plus élevés. Dans ce contexte, les arbitrages des investisseurs évoluent selon les budgets et les opportunités. Décryptage avec Asaad Sadqi, président de l'Association régionale des agences immobilières Casablanca-Settat.
Article : Un milliard sans garantie de l'État : comment la région Casablanca-Settat a réussi son pari obligataire
La région Casablanca-Settat vient de clôturer sa première levée obligataire, une opération inédite pour une région. La levée est d'un montant d'un milliard de dirhams sur le marché des capitaux, dont 400 millions apportés par la Banque européenne (BERD). Le président de la région, Abdellatif Maazouz, revient sur les coulisses de cette opération, ses fondements financiers et les projets qu'elle est appelée à financer.