Démarrage des Atlantic Dialogues 2023 à Marrakech, une rencontre pertinente et audible
Les Atlantic Dialogues se tiennent à Marrakech du 14 au 16 décembre pour leur 12e édition, au moment où l’espace atlantique est plus que jamais au centre des intérêts géopolitiques. Le remodelage des relations internationales, l’émergence du Sud global et la recherche d’alternatives pour le développement sont les moteurs de plusieurs initiatives internationales, dont celle du Maroc qui porte la voix de l’Afrique.
Le coup d’envoi des Atlantic Dialogues a été donné ce mercredi 14 décembre à Marrakech. Cette 12e édition, axée sur le thème "Un atlantique plus affirmé : sa signification pour le monde", rassemble plus de 400 invités de 80 nationalités différentes du bassin atlantique.
L’évènement annuel organisé par le Policy Center for the New South (PCNS) a prouvé sa pertinence, plus que jamais, tellement l’espace atlantique gagne en importance géostratégique. Plusieurs initiatives internationales en témoignent, dont celle du Maroc annoncée par le Roi Mohammed VI dans le discours du 48e anniversaire de la Marche verte.
Plus que jamais au centre des enjeux géopolitiques, les initiatives pour l’Atlantique se multiplient
Les Etats-Unis aussi misent de plus en plus sur le bassin atlantique. En septembre dernier, l’administration Biden a annoncé la création du "Partenariat pour la coopération atlantique" qui réunit 32 pays riverains de l’Atlantique, dont 15 africains.
A travers cette initiative, les Etats-Unis ambitionnent de se rapprocher des pays du Sud global et de contrer l’influence croissante de la Russie et la déferlante chinoise sur les pays d’Afrique, notamment par le biais de l’initiative des nouvelles routes de la soie, ainsi que la montée en puissance des BRICS. Si la guerre froide a été à l’origine de la création de l’OTAN, ce nouveau mécanisme de coopération internationale est synonyme d’une nouvelle polarisation que connaît le monde, indique le think tank américain Atlantic Council.
De son côté, le Portugal a lancé en 2021 l’initiative du "Centre atlantique" qui rassemble 16 pays du Nord et du Sud de l’Atlantique. Axée sur "le soutien de la paix et de la stabilité dans l’océan atlantique", cette nouvelle institution veut œuvrer principalement sur les questions sécuritaires.
En contrepartie, l’initiative marocaine destinée aux pays africains riverains de l’Atlantique adopte une approche ancrée dans le développement économique et social. Axée sur la connectivité entre les pays africains par l’infrastructure de transport multimodal et l’énergie, elle ambitionne d’inscrire l’Afrique dans une nouvelle ère de croissance et de développement. L’initiative royale vise même à contribuer à solutionner les problématiques sécuritaires du Sahel par la voie du développement et du désenclavement. Ce serait l’initiative de la route de la soie africaine. D’ailleurs, peut-être serait-il plus juste de l’appeler la route de l’or.
Rappelons que l’initiative marocaine se concrétise d’ores et déjà à travers le lancement du processus des Etats africains atlantiques qui réunit 22 pays africains et a déjà tenu plusieurs réunions ministérielles. Le projet du gazoduc Maroc-Nigeria, quant à lui, réalise des avancées significatives en matière de mobilisation du financement nécessaire.
L’intérêt croissant pour l’Atlantique, une consécration pour le Policy Center et ses Atlantic Dialogues
La constitution d’un Atlantique élargi comprenant autant les pays du Nord que ceux du Sud, avec une identité géopolitique plus affirmée, devient donc un véritable enjeu pour les pays de cet espace, notamment ceux qui soutiennent ces initiatives, dont le Maroc.
C’est dans ce contexte qu’intervient l’édition des Atlantic Dialogues cette année, qui comprend plusieurs panels avec des intervenants de taille abordant différentes thématiques telles que l’avenir des partenariats stratégiques et du multilatéralisme, l’émergence du Sud global, la refonte de l’architecture financière internationale et les défis actuels de la démocratie, outre les enjeux du changement technologique pour une transition durable.
"Nous publions des dizaines de papiers et organisons plusieurs événements sur l’Atlantique. Nous croyons en cette idée ! Bien sûr, c’est difficile d’impacter les politiques publiques et le monde réel, mais à un moment donné, la petite idée fait son petit bout de chemin", a déclaré El Karim Aynaoui, président du PCNS, dans son discours d’introduction.
"Je pense que les choses n’arrivent pas par accident ; il faut que les idées se structurent et s’organisent", a-t-il lancé en guise de motivation aux participants, les appelant à fournir des efforts pour dépasser les résistances au changement.
Publication de la 10e édition du rapport "Atlantic Currents"
Cette première journée des Atlantic Dialogues 2023 a aussi été l’occasion d’annoncer la publication du nouveau rapport intitulé "Atlantic Currents". Coordonnée par Mohammed Loulichki, ancien ambassadeur du Maroc auprès des Nations unies et Senior Fellow au PCNS, cette 10e édition comprend des contributions d’auteurs représentant 24 pays.
Lors du panel de présentation du rapport, Ian Lesser, vice-président du German Marshall Fund (USA), a insisté sur l’importance de dépasser l’approche sécuritaire dans le dialogue Nord-Sud accompagnant les initiatives qui visent à instituer la coopération multilatérale dans l’Atlantique, et de se focaliser sur les opportunités de développement, notamment celles relatives à l’infrastructure, au numérique et à l’énergie.
Jessica de Alba-Ulloa, professeure à l’Université autonome de Nuevo León (Mexique), estime quant à elle que l’identité atlantique ne peut se construire que si elle produit des résultats positifs réels et palpables pour les populations des pays concernés. Elle signale par la même occasion que les opportunités existent entre les pays d’Amérique du Nord, qui représentent 27% du PIB mondial, et les pays d’Afrique riches en ressources humaines et naturelles. Pour elle, le partenariat passe par le développement progressif des accords de libre-échange dans le bassin atlantique.
La conférence, qui vise également à promouvoir le dialogue intergénérationnel, intègre le programme Emerging leaders (ADEL). Ce dernier se conçoit comme un hymne à la jeunesse atlantique entreprenante, en œuvrant à impliquer les jeunes leaders des pays du bassin atlantique dans les rouages des décisions publiques.
L’ambition de cette édition est d’enrichir et d’approfondir la réflexion entamée depuis déjà une décennie sur un Atlantique partagé, pour remédier à l’asymétrie qui caractérise les rapports Nord-Sud et œuvrer à la densification des rapports entre les pays du Sud des deux rives, annonce un communiqué du PCNS.
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