La nouvelle campagne de production de tomates 2023-2024 avance malgré les nombreux aléas
La tomate est l’une des principales cultures maraîchères du pays. D’une importance socio-économique indéniable, ce fruit légumier est toutefois malmené par des conditions climatiques peu clémentes. En conséquence, le ministère de l’Agriculture a pris plusieurs mesures afin de tenter d'y remédier.
Les températures très basses du début d'année ont été suivies d’une canicule marquée par des records de températures. Le tout sur fond de virus des fruits bruns et rugueux de la tomate (ToBRFV) et autres maladies des plantes.
Ces derniers mois, les producteurs de tomates ont subi divers aléas. Une réalité à laquelle il va falloir s’habituer, tant les effets du réchauffement climatique ne cessent de s’amplifier. Conscient des difficultés rencontrées par une filière de production capitale sur le plan socio-économique, le ministère de l’Agriculture multiplie les mesures pour soutenir les agriculteurs en ces temps difficiles. Explications.
Une offre réduite au mois de novembre
Historiquement, la plaine de Chtouka, située à une trentaine de kilomètres au sud d'Agadir, est la principale zone de production de la tomate dans le Royaume. Sur les 100.000 ha de cultures maraîchères automnales prévues pour la campagne 2023-2024, environ 7.000 ha de tomate ronde sous serre et segmentée y sont cultivés par cycle. Autrement dit, un plant de tomate peut produire trois à quatre fois par an.
S’agissant de la tomate ronde (3.200 ha) – la variété la plus prisée sur le marché national –, les premières plantules ont été précocement semées en juillet. Bien que la tomate soit une plante de saison chaude, ces plantations n’ont pas été épargnées par les canicules estivales.
De source officielle, on apprend que "les tomates ont connu un retard de production de presque quinze jours. La production est prévue pour la deuxième semaine du mois d'octobre". Et la situation ne s’améliore toujours pas, avec des températures encore un peu trop élevées.
"Il faut savoir que pour les tomates, nous utilisons des bourdons en vue d'assurer la pollinisation, et par ces temps très chauds, leur activité est affectée. L’excès de température peut causer également leur mort", précise à Médias24 l'Association marocaine des producteurs et producteurs exportateurs des fruits et légumes (APEFEL).
"En conséquence, un ou deux bouquets de tomates peuvent ne pas être pollinisés et, dans ce cas, ils ne forment pas de fruits", ajoute la même source. "Dans un mois et demi à deux mois, nous aurons donc une offre réduite en tomate qui durera une à deux semaines."
Un parc de serres à renouveler
Les chaleurs actuelles ont également des conséquences en matière d’irrigation. "D’habitude, les producteurs ajustent leur apport en eau aux cultures selon la hausse des températures. Mais les dernières chaleurs les ont pris de court, malgré les bulletins météo. Plusieurs exploitants n’y ont pas prêté attention et ils ont donc eu des pertes au niveau des serres", nous explique l’Association des producteurs de la plaine de Chtouka (ACPA).
En outre, "les volumes d’eau utilisés par ces temps de températures élevées sont plus importants, ce qui impacte le coût de l’énergie (électricité ou gasoil ). Sachant que le prix du gasoil a franchi les 14 DH, c’est une situation pénalisante pour les agriculteurs", déplore l’APEFEL.
D’autres éléments perturbateurs entrent en ligne de compte. À commencer par la vétusté du parc de serres utilisées par les exploitants. Un matériel agricole essentiel, qui protège de moins en moins les cultures et surtout qui ne s'adapte pas aux effets du réchauffement climatique et à ses conséquences, dont l’apparition de virus des plantes, à l’image du ToBRFV.
Au regard de cette situation loin d’être idéale et des remous de l’année précédente en matière de prix et d’approvisionnement du marché local, le ministère de l’Agriculture a mis en place une série de mesures pour en atténuer l’effet.
"Puisque nous en sommes à la troisième année consécutive de sécheresse –la cinquième en sept ou huit ans –, nous avons prévu un appui dans le cadre du programme de gestion et de réduction des effets de la sécheresse, pour les semences des cultures de consommation nationale, notamment la tomate", avait précisé dans un récent entretien accordé à Médias24, Mohammed Sadiki, ministre de l’Agriculture.
Incitations financières et serre mid-tech
Ainsi, la subvention de la tomate ronde sous serre, relative à l’approvisionnement en semences, équivaut à 70.000 DH par hectare. Pour la tomate ronde de plein champ, elle est équivalente à 40.000 DH par hectare.
Concernant la vétusté des serres, Mohammed Sadiki plaide pour la nécessité d’opter pour des structures de production plus adaptées, dont la technologie permet d’améliorer la résistance des capacités de production aux manifestations climatiques extrêmes.
"Il y a eu toute une génération de serres canariennes mais, aujourd’hui, elles ont été amorties et dépassées par les nouvelles serres technologiques qui sont beaucoup plus efficientes en matière énergétique et d’utilisation de l’eau. Elles ont par conséquent un meilleur impact sur les rendements", concède le ministre de l’Agriculture.
"Nous prévoyons, dans le cadre du contrat-programme, des subventions concernant ces serres high-tech. En termes d’approche, nous allons d’abord opter pour des serres mid-tech avant de les améliorer en high-tech. Nous sommes actuellement en discussion avec les professionnels pour mettre en place un plan de déploiement de cette approche."
Un plan d'action contre le ToBRFV
Cet investissement en matière d’infrastructure ne sera pas superflu. Car non seulement il permettra d’améliorer les moyens de production et les rendements, mais aussi de réduire l’impact des virus sur les capacités de production. C’est le cas notamment du virus des fruits bruns et rugueux de la tomate (ToBRFV) qui préoccupe les producteurs.
"Effectivement, c’est un virus qui a un impact sur la production, mais il ne l'anéantit pas pour autant. Il réduit la productivité. Quand il est présent, il suffit de retirer la tige malade pour qu'elle repousse indemne", nuance le ministre.
Pour le moment, la solution réside dans la prophylaxie. En effet, depuis son apparition, vers octobre 2021, un programme important de gestion de cette maladie a été mis en place entre l'ONSSA et les professionnels, avec l'appui du ministère. Il consiste en une prophylaxie et des pratiques pour réduire sa dissémination, et un travail à l’amont avec les pépiniéristes.
"J'ai récemment été informé par des professionnels des semences de l’existence de trois ou quatre variétés résistantes au virus et adaptées aux conditions marocaines. Nous avons déjà commencé à étudier leur introduction avec l’ONSSA. Je pense que pour cette saison hivernale, on aura ces semences. La résistance est la solution définitive", conclut Mohammed Sadiki. Une bonne nouvelle, tant pour les producteurs que pour les consommateurs.
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