Les producteurs de tomates lorgnent vers les serres high-tech et espèrent un soutien de l'État
Les serres canariennes, qui servent à produire des tomates au Maroc, ont atteint leurs limites en matière de rendement et de résistance aux maladies. Les professionnels plaident pour un renouvellement du parc de serres en misant sur des structures multichapelles high-tech. Une opération qui s’annonce ardue. Le point avec Ahmed Wifaya, chercheur en gestion de climat de stress agricole.
Au Maroc, les tomates sont principalement produites sous serre en plein sol. Introduites dans les années 1970, ces structures dites canariennes présentaient des niveaux de production satisfaisants. Ce n'est plus le cas maintenant, en raison de leur vétusté mais aussi de leur incapacité à s’adapter aux perturbations climatiques.
Des limites qui impactent mécaniquement les rendements. Désormais, les opérateurs plaident pour un renouvellement du parc de serres dans le cadre d’un programme de rénovation, de modernisation et de mise à niveau, "directement supporté et soutenu par des subventions substantielles", nous apprend une source professionnelle.
Toutefois, les serres high-tech lorgnées par les professionnels sont coûteuses et pas nécessairement adaptées aux contexte agricole marocain. Le point avec Ahmed Wifaya, chercheur en gestion de climat de stress agricole au sein du Centre régional de recherche agronomique d'Agadir, relevant de l’Institut national de la recherche agronomique (INRA).
Perturbations climatiques et poussées phytosanitaires
D’après plusieurs opérateurs du secteur, les serres canariennes destinées à la production de tomates ne représentent plus un support de production capable de résister aux nouveaux défis des perturbations climatiques et des grandes poussées phytosanitaires.
Cela se vérifie particulièrement pour des cultures à rentabilité érodée comme la tomate ronde. "Les rendements actuels de la culture de tomate dans des serres canariennes se situent entre 250 et 300 tonnes par hectare", estime Ahmed Wifaya. Un rendement en stagnation depuis plusieurs années.
Certaines sources professionnelles évoquent même un recul. En cause, des structures vieillissantes, dont la modulation climatique n’est pas optimale. Pour faire simple, tout changement de climat externe influe sur le climat intérieur des serres canariennes.
"C’est principalement dû à l'hétérogénéité du climat intérieur de la serre, en termes de température, d’humidité et de stratification de l’humidité entre les parties basses, médianes et supérieures de la serre", explique Ahmed Wifaya.
"Il y a aussi la problématique de l'hétérogénéité en termes de rayonnement, car le plastique des serres canariennes peut être de mauvaise qualité et vétuste", poursuit-il. Ce manque de flexibilité par rapport au climat augmente la consommation d’eau. Un inconvénient de taille, au vu de la pénurie d’eau qui sévit dans le pays.
"Plus le déficit de pression de l’air est important, plus la transpiration des plantes augmente", indique le chercheur, qui souligne également la difficulté à appliquer des programmes de prophylaxie et de lutte phytosanitaire.
Une serre high-tech complète peut coûter jusqu'à 5 millions de DH
À la lumière de ces éléments, les serres high-tech représentent l’avenir. Elles favorisent une meilleure optimisation des facteurs de production en termes d’économie d’eau, d’augmentation de rendements, de contrôle du climat, ainsi qu’une meilleure prophylaxie.
"Ces nouvelles serres ne sont pas canariennes mais à multichapelles, dont le toit est haut. Elles sont high-tech, automatisées et n’ont pas besoin d’intervention humaine. L’irrigation, l’ombrage, la température se régulent automatiquement", souligne Ahmed Wifaya.
De surcroît, "si la serre canarienne, dont la toiture est plane, n’offre pas une bonne distribution du rayonnement et un renouvellement d’air plus actif, les serres high-tech en chapelle le permettent. Leur rendement par hectare peut atteindre jusqu’à 500 tonnes de tomates", assure-t-il.
Très répandues en Europe, les serres multichapelles sont encore peu présentes au Maroc. "Il y en a quelques- unes dans le Souss, mais elles sont rares", affirme notre interlocuteur. Sachant que les opérateurs du secteur trouvent que la serre canarienne est coûteuse (90.000 DH/ha), que dire des serres multichapelles high-tech ?
"L’investissement est en effet conséquent", concède Ahmed Wifaya. "La structure de cette serre coûte au moins 1,5 MDH par hectare. Les accessoires sont encore plus chers. Le programmeur de la fertigation peut à lui seul coûter entre 150.000 et 200.000 DH. Celui qui gère le climat dans les 100.000 DH. En tout, une serre high-tech complète peut coûter jusqu’à 5 MDH", indique-t-il.
À court terme, le plus simple serait de rénover les serres canariennes ou de privilégier une serre intermédiaire, dite Mid-Tech. Cette serre combine entre la technologie et le savoir-faire humain. "Elle est adaptable au contexte agricole marocain et résiste aux conditions climatiques du pays. Le serriste pourra mieux la gérer. Son coût et ses accessoires sont également plus accessibles", conclut notre interlocuteur.
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