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Après l’inflation, le Maroc fait désormais face au risque d’une récession mondiale

Inévitable selon le FMI et plusieurs économistes mondiaux, la récession plane de nouveau sur la planète. En cause : l’envie à tout prix de stopper l’inflation. Le Maroc, qui parie dans ses politiques budgétaires et monétaires sur la croissance, risque d’en subir quelques conséquences.

Après l’inflation, le Maroc fait désormais face au risque d’une récession mondiale

Le 7 juillet 2022 à 17h53

Modifié 7 juillet 2022 à 18h41

Inévitable selon le FMI et plusieurs économistes mondiaux, la récession plane de nouveau sur la planète. En cause : l’envie à tout prix de stopper l’inflation. Le Maroc, qui parie dans ses politiques budgétaires et monétaires sur la croissance, risque d’en subir quelques conséquences.

Le monde post-Covid continue de nous surprendre de jour en jour. Exclu des discours politiques et économiques il n’y a même pas un mois, le risque de récession est revenu au cœur des débats. En quelques jours, le monde est passé ainsi d’une dualité entre forte croissance et inflation galopante à une autre encore plus préoccupante : une baisse des prix accompagnée d’une récession économique. Et entre les deux scénarios, on ne sait plus lequel est le pire pour l’économie marocaine.

« Nous vivons dans un monde troublant où les choses changent de manière rapide. Personne ne pensait en effet à la récession en début d’année, le monde avait grand besoin d’une forte reprise après le choc de la pandémie sur la croissance. Et nous revoilà quelques mois à peine après la reprise en train de prévoir une nouvelle récession, dont les conséquences peuvent être pires que celle de l’inflation », explique un responsable économique dans une institution marocaine.

Pour cet économiste, la récession est bien plus mauvaise pour le Maroc que l’inflation.

« Notre pays ne fait pas réellement face à un scénario d’hyper inflation. Malgré tout ce qu’il se passe dans le monde, le niveau d’inflation au Maroc est contenu à 5%. On vit une perception de forte inflation qui est due simplement à la hausse des prix du gasoil et de certaines matières premières, mais le panier global de la ménagère ou les coûts de production ne connaissent pas un grand dérapage comme aux Etats-Unis ou en Europe. Par contre, si le monde entre en récession, l’impact sur notre économie peut être très douloureux, surtout après la récession de 2020. Car qui dit récession, dit baisse de la consommation, repli de l’investissement, hausse du chômage… Ces impacts peuvent être absorbés dans les économies développées qui sont en situation de plein emploi, mais pas dans une économie comme celle du Maroc où le chômage, notamment celui des jeunes, a atteint des sommets », poursuit notre source.

Le scénario d’une récession se précise

Et les signes de cette récession mondiale sont bien là, même si les oracles de l’économie mondiale ne sont pas unanimes ; certains anticipent certes un coup dur pour la croissance, mais évoquent un simple ralentissement de l’économie. Ce qui est loin d’un scénario récessionniste où le PIB passe en zone négative au moins pour deux trimestres consécutifs.

Premier signe qui ne trompe pas : la baisse du prix du pétrole et des matières premières. Le baril est passé mercredi 6 juillet, sous la barre des 100 dollars, conséquence de l’anticipation d’une récession mondiale à venir et d’une baisse de la demande, comme le signale Citibank, dans une dépêche relatée par Bloomberg.

Les analystes de Citibank évoquent même des prix du pétrole qui tomberaient à 65 dollars le baril d’ici à la fin de l’année, puis à 45 dollars en 2023.

Idem pour le cours des métaux industriels, autre signal qui ne trompe pas sur les craintes d’une récession mondiale. Après une forte envolée en début d’année, le LME Index, indice qui intègre les prix de l’aluminium, du cuivre, du plomb, du nickel, de l’étain et du zinc échangés sur la Bourse des métaux de Londres, a fortement chuté ces derniers jours, affichant désormais une contre-performance de 15% depuis le début de l’année.

« Le marché des matières premières et industrielles se détourne de l’inflation et se dirige vers le désespoir économique », commente un analyse de Spi Asset Management dans un article de l’agence Reuters, pour qui la récession semble inévitable.

Investing.com donne un autre signal avant-coureur de ce scénario catastrophe : l’inversement de la courbe des taux aux Etats-Unis, où les rendements des obligations de 10 ans sont devenus plus faibles que ceux des titres sur 2 ans !

Ce sentiment est palpable également sur le terrain de l’entreprise, du commerce, des échanges… On en veut pour preuve les transporteurs maritimes qui confirment un ralentissement des livraisons, alors qu’à cette période les commerçants sont supposés commander pour les ventes de Noël prochain. Dans une note du 4 juillet, l’économiste en chef de BNP Paribas, William de Vijlder, relève par ailleurs que les directeurs financiers des sociétés américaines, interrogés par l’Université Duke, anticipent une récession et se tiennent prêts à baisser leurs dépenses.

2022, une année compliquée, 2023 le sera encore plus, selon la DG du FMI

Le FMI, qui excluait ce scénario il y a moins d’un mois, vient de revoir son discours. Dans une interview diffusée par Reuters ce 7 juillet, la directrice générale du FMI, Kristalina Georgieva, a estimé que « les perspectives pour l’économie mondiale se sont nettement assombries ».

Le FMI devrait selon elle revoir à la baisse, pour la troisième fois cette année, sa prévision de croissance mondiale pour 2022, à 3,6% actuellement, précisant que les économistes du Fonds finalisent les nouvelles données attendues à la fin du mois. Et la situation ne devrait pas s’améliorer l’année prochaine. « Cela va être une année 2022 compliquée, mais peut-être encore plus compliquée en 2023 », a-t-elle prédit, ajoutant que « les risques de récession sont accrus en 2023 ». « Nous ne pouvons pas l’écarter », a-t-elle insisté.

La responsable de ce chamboulement de l’ambiance économique est l’inflation qui a contraint les institutions monétaires à augmenter leur taux d’intérêt, freinant ainsi la croissance.

L’inflation atteignait 8,6% en juin sur un an dans la zone euro. Aux Etats-Unis, elle oscille entre 6,3% et 8,3%. Ailleurs dans le monde, la hausse des prix est également devenue un motif d’inquiétude.

En conséquence, de nombreux pays ont entamé des hausses de leurs taux d’intérêts. En Europe, premier partenaire commercial du Maroc, la hausse sera de 25 points de base dans les prochains jours, avant une nouvelle hausse en septembre. Aux Etats-Unis, la FED a appliqué la plus forte hausse depuis ces vingt-sept dernières années. En augmentant leurs taux directeurs, les banques centrales freinent ainsi la consommation pour tenter d’endiguer l’inflation mais coupent, de la même manière, la croissance dans sa progression jusqu’à provoquer une récession.

Même la Chine, pays qui a le plus profité de la crise du Covid, vit actuellement un ralentissement net de son économie. Les autorités du pays ont dévoilé mi-mai les pires performances économiques depuis deux ans, avec un taux de chômage qui a bondi en avril à 6,1%, proche du record absolu. Un ralentissement de l’économie qui met en péril l’objectif de croissance de 5,5% fixé en début d’année. Pourtant le pays n’est pas sujet à une inflation galopante comme ailleurs dans le monde. Optant pour une stratégie Zéro-Covid, Pékin continue d’instaurer des confinements stricts dès qu’elle observe un rebond de l’épidémie, fragilisant sa production, sa consommation et les chaînes d’approvisionnement. Ce qui impacte, par ricochet, l’économie mondiale, les entreprises se retrouvant pénalisées par des retards dans leur approvisionnement, en particulier dans l’automobile qui manque de semi-conducteurs. Et l’industrie marocaine en sait quelque chose.

Après l’inflation importée, la récession importée

Tous ces éléments réunis montrent qu’après avoir subi une inflation importée, le Maroc devrait subir dans les prochains mois une récession également importée. Rappelons que la Banque centrale du Royaume n’a pas suivi ses consœurs mondiales dans leur politique de freiner l’inflation à tout prix, privilégiant, comme l’a annoncé le wali de Bank Al-Maghrib, la croissance à la baisse des prix.

Quel sera l’impact exact de cette récession mondiale sur l’économie marocaine ? Personne ne peut le prédire.

« Nous avons déjà vécu une récession mondiale en 2020, on sait à quoi cela ressemble. Mais elle ne sera pas la même que celle qui nous attend. En 2020, le Maroc a provoqué, comme les autres pays du monde, la récession pour contrer la pandémie. Ce qui n’est pas le cas actuellement, où le pays affronte l’inflation avec une certaine froideur. Nous allons donc subir juste les effets de la baisse de la demande mondiale, ce qui va impacter la croissance du pays, mais pas au point de le faire entrer en récession », explique notre économiste.

Son argumentaire est logique : la politique budgétaire au Maroc reste expansionniste, le niveau des investissements n’ayant pas été réduit malgré les contraintes budgétaires. Idem pour la politique monétaire qui reste accommodante malgré la montée de l’inflation. Donc, la demande nationale, principale locomotive de la croissance au Maroc, ne sera pas réellement touchée, sauf changement des politiques budgétaires et monétaires. En revanche, les secteurs qui dépendent de la demande mondiale vont accuser le coup.

« Si le scénario de la récession mondiale se confirme, on vivra un peu comme le scénario de la crise de 2008, avec un impact direct sur les secteurs exportateurs, le tourisme, l’artisanat, avec tout ce que cela peut entraîner comme effets sur le marché de l’emploi, la balance des paiements du pays et la dette publique », indique notre interlocuteur.

Le Maroc devra-t-il revoir sa petite croissance de 2022 à la baisse ? « Pas nécessairement », nous dit un grand patron. « L’essentiel de l’année 2022 est déjà fait. La prévision de 1% émise en juin par Bank Al-Maghrib prend en compte déjà toutes les données nationales et mondiales. Sauf grand chamboulement dans l’économie nationale ou internationale, je pense qu’on restera à ce niveau de croissance. Mais l’impact se fera ressentir à coup sûr sur la prévision de 2023, où l’on affiche jusque-là un grand optimisme tablant sur une croissance de plus de 4%. Je ne pense pas que l’on pourra réaliser cette croissance si nos partenaires économiques entrent en récession », analyse notre source.

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