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Taux directeur : Jouahri campe sur ses positions, voici pourquoi

Malgré une prévision de hausse de l’inflation à plus de 5% en 2022, le Conseil de Bank Al-Maghrib a maintenu son taux directeur inchangé, contrairement à la tendance mondiale. Pourquoi cette décision ? Explications.

Taux directeur : Jouahri campe sur ses positions, voici pourquoi

Le 21 juin 2022 à 19h32

Modifié 21 juin 2022 à 19h32

Malgré une prévision de hausse de l’inflation à plus de 5% en 2022, le Conseil de Bank Al-Maghrib a maintenu son taux directeur inchangé, contrairement à la tendance mondiale. Pourquoi cette décision ? Explications.

Ceux qui suivent la politique monétaire menée par Abdellatif Jouahri depuis sa nomination à la tête de Bank Al-Maghrib savaient que le wali n’allait pas se précipiter en augmentant son taux directeur. Et ce, malgré la montée de l’inflation à des niveaux historiquement élevés (inédits depuis 1995) et le ressenti particulièrement pessimiste de la population par rapport à la hausse des prix et la baisse du pouvoir d’achat.

Et c’est ce que le Conseil qu’il a présidé aujourd’hui a décidé, privilégiant la poursuite du soutien à l’économie avec des taux bas à une contre-offensive contre les tendances inflationnistes, qui aurait été inutile. Inutile pour plusieurs raisons comme l’a bien expliqué Abdellatif Jouahri.

Pour lui, rien n’a changé ou presque par rapport à la dernière réunion du Conseil de Bank Al-Maghrib en mars dernier. Et donc rien ne justifiait une hausse du taux directeur.

Trois arguments pour un taux inchangé

L’inflation prévue pour 2022 monte certes à 5,2%, mais son niveau reste proche de la prévision de mars (4,7%). Et, surtout, la prévision de 2023 reste inchangée, avec un retour à la normale autour d’un taux de 2%.

Cette inflation reste essentiellement importée et ne dépend pas de facteurs internes comme une forte augmentation de la demande. Donc, une hausse du taux directeur, qui aurait rendu moins accessible le crédit bancaire, ne servirait à rien dans ces conditions-là. Surtout que les tendances inflationnistes prévus par BAM sont passagères.

Autre élément d’explication avancé par Jouahri : le Maroc n’est pas entré dans la spirale infernale de la hausse des salaires que beaucoup de pays ont décidée pour amortir les effets de l’inflation. Des hausses de salaires qui alimentent le cercle vicieux de l’inflation, car plus le revenu des ménages augmente, plus la demande progresse et plus les pressions inflationnistes montent.

Il y a eu certes des hausses programmées dans le cadre du dialogue social, mais celles-ci sont très limitées. Leur impact (520 MDH en 2022 et 3,2 milliards en 2023 selon Jouahri) a déjà été intégré dans les prévisions et les modèles de Bank Al-Maghrib, a indiqué le wali de la Banque centrale.

Le caractère importé de l’inflation, le pic passager de 2022 et la prévision d’un retour à la normale en 2023 (2% d’inflation), ainsi que les effets limités des hausses de salaires, plaident ainsi pour le statu quo en matière de politique monétaire. D’où la décision de garder le taux directeur à son niveau accommodant de 1,50%.

Une décision qui prend en compte les spécificités marocaines

Une décision qui va à contre-courant de la tendance mondiale, drivée par la FED, la BCE, la Banque d’Angleterre… mais qui prend en compte les spécificités marocaines qui sont bien différentes de ces pays-là.

Abdellatif Jouahri a signalé que la tendance mondiale des taux était à la hausse, mais que le monde ne suivait pas forcément ce que décide la FED ou la BCE. « Sur une soixantaine de banques centrales dans le monde, 27 d’entre elles n’ont pas changé leur taux directeur. Chaque banque centrale agit selon ses propres spécificités. »

Et le Maroc a ses propres spécificités, notamment un besoin pressant de création de richesse et d’emplois. Surtout en cette année 2022 où la croissance tombera à 1% selon les projections de Bank Al-Maghrib, et où le chômage reste à un niveau élevé avec un taux global de 12,1%. Loin du plein emploi enregistré aux Etats-Unis ou des taux très bas affichés dans les économies européennes. Et les 12,1% ne sont que l’arbre qui cache la forêt, celle du chômage des jeunes (15-24 ans) qui est monté à 47,7% au deuxième trimestre 2022 contre 45,6% il y a un an.

En maintenant son taux directeur à 1,5%, Bank Al-Maghrib envoie ainsi un signal très clair : tant que l’inflation sur les huit prochains trimestres reste à un niveau contenu (prévision de 2% en 2023), il n’y pas de raison de freiner l’élan de l’économie, dont la croissance tombera à 1% cette année à cause de la sécheresse, mais qui remontera à 4% en 2023. Surtout que le taux directeur est central dans des programmes de soutien à l’entrepreneuriat et à la création d’emplois comme Intelaka, le financement des TPME et le refinancement des banques de manière générale…

« Durant toute cette crise des six premiers mois de 2022, nous avons répondu à toutes les demandes de financement du système bancaire, que ce soit pour le programme de financement des TPME, Intelaka ou pour les recours hebdomadaires des banques au marché… Nous répondons à tout pour soutenir l’activité économique », a affirmé Abdellatif Jouahri.

Mais cette position n’est pas toutefois immuable, prévient le wali de Bank Al-Maghrib. Et peut changer à tout moment en fonction de l’évolution de la situation mondiale.

« Si on se projette sur 2023, le retour à une inflation à 2% nous tranquillise, la décision du Conseil est bien appropriée dans ces conditions-là. Mais si les tendances en 2023 ne reviennent pas à des normes acceptables, évidemment la Banque centrale réagira. Cela dit, si on reste dans cette ligne, il me semble qu’il ne faudrait pas saper l’élan de la reprise économique », a-t-il indiqué.

Suivez en direct la conférence de presse de Abdellatif Jouahri

Le taux directeur est maintenu à 1,50% (Bank Al-Maghrib)

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