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La troisième dose, meilleure arme face à Omicron, mais à la traîne au Maroc

Après la détection du variant Omicron dans la majorité des pays, notamment au Maroc, les gouvernements tentent d’accélérer la vaccination, et en particulier, d'élargir l'administration de la 3e dose de rappel, qui devient une priorité. Quel est l'intérêt de cette dose dite "booster" ? Qu’en disent les scientifiques et les récentes études ? Le point.

La troisième dose, meilleure arme face à Omicron, mais à la traîne au Maroc

Le 16 décembre 2021 à 20h36

Modifié 16 décembre 2021 à 20h57

Après la détection du variant Omicron dans la majorité des pays, notamment au Maroc, les gouvernements tentent d’accélérer la vaccination, et en particulier, d'élargir l'administration de la 3e dose de rappel, qui devient une priorité. Quel est l'intérêt de cette dose dite "booster" ? Qu’en disent les scientifiques et les récentes études ? Le point.

Le Maroc a détecté, mercredi 15 novembre, son premier cas lié au variant Omicron. Il s’agit d’une femme, âgée de 30 ans, selon les déclarations du ministre de la Santé, Khalid Ait Taleb, qui a précisé que ce cas n’avait pas été importé de l’étranger. En d’autres termes, le nouveau variant circule probablement déjà au Maroc même si, à ce stade, il n’est pas dominant.

Dans sa déclaration, le ministre a insisté sur l’importance de la 3e dose. "Elle renforce l’immunité contre tous les variants du Coronavirus, dont le variant Omicron à hauteur de 75%" a-t-il expliqué, soulignant "que le renforcement de l’immunité prévenait grandement le risque d’infection".

À peine 6% de la population vaccinée par la 3e dose

Au Maroc, très peu de personnes adhèrent à cette dose booster, en raison des fake news propagées sur les réseaux sociaux, mais aussi d’une certaine résistance de la population face à un manque de visibilité pour l’avenir.

Au 15 décembre, 2,16 millions de personnes avaient reçu la 3e dose dans le Royaume. Si l’on prend en considération la population totale du pays, qui s’élève à près de 36,5 millions d’individus, ce chiffre représente un taux de couverture d’à peine 5,92%. Rappelons que l’administration de cette dose booster a démarré le 4 octobre au Maroc. 

Pour les deux autres doses, la vaccination est également au ralenti, avec des taux de couverture respectifs de 67,15% pour la D1 et 62,56% pour la D2.

Ci-dessus, les 3èmes doses effectivement administrées sont nettement inférieures à ce qu'elle sauraient dû être si le délai de 6 mois avait été strictement respecté

Différents experts sondés par nos soins s’accordent à dire que la priorité actuelle est "de commencer par administrer la 1ère dose aux personnes âgées de plus de 40-50 ans qui n'ont encore effectué aucune dose et qui risquent de développer des formes graves de la maladie en cas d’infection. S'ensuit l’injection de la 2e dose à tous les primo-vaccinés, notamment la catégorie des personnes âgées, puis la 3e dose à toute personne ayant dépassé cinq mois après la 2e dose".

Quel est l'intérêt de cette 3e dose ?

Une étude réalisée localement basée sur des données épidémiologiques enregistrées dans le Royaume durant la troisième vague, conforte l'intérêt majeur de la 3e dose.

Lors du 37e congrès de la Société marocaine des sciences médicales (SMSM), le Pr Moulay Hicham Afif, directeur du Centre hospitalier universitaire d’Ibn Rochd, a révélé que 82,7% des décès enregistrés au Maroc, durant la vague Delta, étaient des personnes non vaccinées, incomplètement vaccinées, ou complètement vaccinées il y a cinq mois ou plus.

Le Pr Afif confirme ainsi les propos du Pr Redouane Abouqal, membre du comité scientifique. Dans un article précédent, ce dernier nous avait expliqué que "les experts marocains ont étudié les décès enregistrés dans le Royaume durant la troisième vague due au variant Delta. Ils ont ainsi remarqué que 84% à 85% avaient des comorbidités. À peine 15% n'en avaient pas. Nous avons également constaté que 90% étaient âgés de plus de 55 ans. En troisième lieu, il s'est avéré que la plupart des personnes vaccinées qui ont été hospitalisées avaient reçu leur dernière dose il y a plus de quatre mois, voire six. C'est sur ces constatations que l'on s'est appuyé pour recommander au ministère de la Santé d'administrer la 3e dose".

Un autre expert, joint par nos soins, nous a détaillé l’intérêt de cette 3e dose. "Nous avons besoin de cette dose de rappel lorsque notre système immunitaire ne nous protège plus comme avant, et lorsque le niveau d’anticorps protecteur baisse. Les études ont montré qu’au bout de 200 jours en moyenne, soit six mois, nous perdons une bonne partie de notre protection, ce qui représente un risque d'infection, notamment aux nouveaux variants."

"Les études ont également constaté que cette dose de rappel est surtout nécessaire pour les personnes vulnérables et fragiles, d’où la recommandation de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) de les vacciner en premier, notamment ceux âgés de plus de 65 ans, le but étant de rebooster leur système immunitaire et leur donner un maximum de protection. Il s’agit donc de la population qui représente le plus de risque, notamment en cas d’apparition d’un nouveau variant", ce qui est le cas aujourd'hui.

"Pour résumer, il faut se faire vacciner par la 3e dose si notre immunité baisse, et c’est ce que nous observons au bout de six mois, surtout pour les personnes vulnérables, âgées ou porteuses de maladies chroniques."

Selon un autre expert, "une étude israélienne a démontré que les personnes âgées de plus de 60 ans, ayant effectué la 3e dose du vaccin anti-Covid, ont 65 fois moins de risque d’aller en réanimation, contre 8 fois pour celles ayant effectué la 2e dose".

La protection offerte par la dose booster

Plusieurs études et analyses, récemment publiées, ont démontré le rôle joué par cette 3e dose pour booster l’immunité des personnes doublement vaccinées il y a cinq ou six mois. La dernière en date est l’analyse de Elisabeth Mahase, intitulée "Covid-19 : Omicron and the need for boosters", publiée le 14 décembre dans la revue The BMJ.

"Des doses de rappel de vaccin contre le Covid-19 ont été déployées dans de nombreux pays depuis l’été, en raison des inquiétudes concernant la baisse de l’immunité et le risque d’une nouvelle vague d’infection durant la saison hivernale", explique l’auteur de ladite analyse, ajoutant qu’actuellement "de nouvelles inquiétudes surgissent, face à l’apparition du variant Omicron, qui est plus transmissible et qui réduit l’efficacité des vaccins existants".

"Une étude à petite échelle, réalisée sur 12 personnes en Afrique du Sud, a indiqué que les concentrations d’anticorps neutralisants après deux doses du vaccin Pfizer étaient 41 fois plus faibles en présence d’Omicron que celles observées avec la souche originale du Sras-CoV-2", apparue en 2020, a-t-elle souligné. "Ces résultats ont été corroborés par une autre étude britannique, publiée le 11 décembre, qui a révélé une chute substantielle des anticorps neutralisants face au variant Omicron chez les personnes ayant reçu deux doses des vaccins Pfizer ou AstraZeneca."

Par ailleurs, en septembre dernier, "des chercheurs israéliens, l’un des premiers pays à avoir déployé les doses de rappel, ont rapporté qu’une 3e dose du vaccin Pfizer réduisait considérablement les taux d'infection et de maladie grave chez les personnes de plus de 60 ans, par rapport à celles qui n'avaient reçu que deux doses. En utilisant les données de plus de 1,1 million de personnes âgées de 60 ans ou plus, ils ont constaté qu'au moins 12 jours après la dose de rappel, le taux d'infection était plus faible".

Un constat confirmé par le laboratoire Pfizer-BioNTech le 8 décembre, indiquant dans un communiqué qu'une 3e dose de son vaccin a fourni des niveaux d'anticorps neutralisants contre Omicron, qui étaient similaires à ceux observés après deux doses du vaccin contre le virus d'origine.

La Health Security Agency du Royaume-Uni a pour sa part publié un rapport vendredi dernier, présentant les résultats d’une étude, selon lesquels "un traitement à deux doses d'un vaccin anti-Covid était nettement moins efficace contre le variant Omicron par rapport à la souche Delta". Cependant, les auteurs de l'étude ont constaté qu’une "efficacité du vaccin modérée à élevée de 70% à 75 % est observée quelques jours après une dose de rappel".

Un autre essai nommé "Cov-Boost", publié le 2 décembre dernier par la revue The Lancet, a, lui, examiné l'utilisation de sept vaccins différents comme rappel après deux doses des vaccins AstraZeneca ou Pfizer. Il s'agit des vaccins AstraZeneca, Curevac, Johnson et Johnson (Janssen), Moderna, Novavax, Pfizer et Valneva. L'essai a révélé que tous les vaccins (à l'exception de Curevac, qui a été retiré) avaient stimulé la réponse immunitaire, bien que le niveau d'anticorps diffère considérablement selon le mélange de vaccins.

Parmi les personnes vaccinées avec deux doses d'AstraZeneca, les niveaux d'anticorps étaient 32 fois plus élevés après le rappel Moderna, alors qu'après une demi-dose de Valneva, les niveaux étaient 1,8 fois plus élevés.

Pour celles vaccinées avec le vaccin Pfizer, un rappel de Moderna a augmenté les niveaux d'anticorps 11,5 fois, tandis qu'une demi-dose de Valneva les a augmenté de 1,3 fois. Les résultats étaient similaires dans tous les groupes d'âge.

Toutes ces études, analyses et essais convergent vers la même conclusion : la troisième dose de rappel est importante dans le contexte actuel marqué par l'apparition du variant Omicron, dont le niveau de dangerosité n'est, à ce stade, pas encore connu. Les personnes âgées de plus de 65 ans notamment sont prioritaires, ainsi que les personnes souffrant de maladies chroniques.

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