Semaine décisive dans les tractations pour le nouveau gouvernement
ROUND UP. Les tractations pour la formation du nouveau gouvernement reprendront cette semaine avec la réunion attendue du secrétariat. Voici les principaux paramètres pour suivre et décrypter l’actualité des prochains jours.
La vie politique a vécu depuis mercredi dernier, plusieurs jours d’une grande intensité. Benkirane passe la main à El Othmani, décision prise par le Roi, acceptée et soutenue par le PJD à travers ses différentes instances de décision.
Que va-t-il se passer maintenant? Quelles sont les prochaines étapes? Quelles leçons tirer de ces cinq mois de tension et de blocage?
Le Conseil national (parlement) du PJD a donné mandat au secrétariat général (bureau politique ou comité exécutif) pour “accompagner“ les prochaines discussions à “la lumière de la précédente méthodologie du parti, de l’intérêt supérieur de la nation et des données nouvelles qui pourraient survenir“ (communiqué ici et ici). Ce n’est pas forcément précis. Cela signifie une seule chose: qu’El Othmani devra rendre compte au parti et faire valider ses choix au fur et à mesure de l’avancement des discussions.
La grande inconnue reste l’attitude de Benkirane. Il est secrétaire général jusqu’au prochain congrès. Il pourrait avoir la tentation de peser sur les discussions, comme il pourrait prendre du recul et se rendre à l’avis de la majorité.
Que deviendra Benkirane?
Il est toujours Chef du gouvernement sortant et à ce titre gère l’administration dans le cadre des affaires courantes. Il est de plus secrétaire général du PJD. Il est enfin député de Salé. Il dispose donc de pas mal de manettes pour agir.
Son entourage laisse entendre qu’il aspire au repos, voire à la retraite. C’est probablement sincère, mais tous les politiques le disent lorsqu’ils quittent les affaires. Après un certain temps, l’addiction reprend souvent ses droits.
En tous les cas, si El Othmani s’installe à la primature, ce qui semble certain, il sera difficile à Benkirane de rempiler comme secrétaire général. Il y aura deux obstacles: d’une part, le règlement intérieur l’interdit (et il faudrait donc l’amender) et d’autre part, El Othmani en tant que Chef de gouvernement adoubé par le parti, doit logiquement avoir en même temps la casquette de secrétaire général. Benkirane lui-même le disait: “Je ne peux pas être Chef de gouvernement sans être chef du PJD“.
Benkirane succèdera-t-il à El Othmani à la tête du Conseil national? Effectuera-t-il une petite traversée du désert avant de revenir? Se contentera-t-il de son siège de député? Quoi qu’il en soit, il jouera encore un rôle à l’avenir.
Quid du gouvernement?
El Othmani a obtenu le feu vert du secrétariat général réuni dimanche matin, pour reprendre les consultations à zéro et écouter tous les partis représentés au parlement par ordre décroissant de nombre de sièges. Ce qui signifie que la première rencontre aura lieu avec le PAM (voir répartition des sièges ci-dessous).
La constitution d’un gouvernement doit répondre à quatre questions: les composantes de la coalition, le programme, l’architecture du gouvernement, la répartition des portefeuilles.
A ce stade, on en est encore à la composition du gouvernement et à cette question devenue centrale: avec ou sans USFP?
Comment la participation de l’USFP est devenue une question centrale
L’USFP a vécu les élections de 2016 comme une débâcle. Il a perdu près de la moitié de ses sièges, se retrouvant avec 20 députés.
Il est néanmoins dépositaire d’un héritage prestigieux et reste (numériquement) le plus grand parti de la gauche.
Le 18 octobre, Benkirane rencontre Lachguar. Les déclarations à la sortie ouvrent la porte à une participation. Le 25 novembre, après une seconde rencontre, un accord est presque trouvé sur le principe d’une participation.
Le 14 décembre, un coup de théâtre a lieu dans la plus grande discrétion. Il y aura peu de commentaires dans les médias mais on peut supposer que Benkirane a compris immédiatement la portée de la rencontre Akhannouch-Lachguar qui a lieu ce jour-là.
Les deux hommes concluent alors une alliance avec une promesse de rapprochement des points de vue et de coordination. Derrière ces expressions très diplomatiques se cache l’essentiel: Akhannouch a ravi l’USFP à Benkirane. Ce dernier ne peut plus réunir une majorité sans Akhannouch qui a fait alliance avec l’USFP, l’UC et le MP.
Avant cela, Benkirane pouvait avec le PPS, l’Istiqlal et l’USFP, réunir un gouvernement et réaliser son rêve: s’amarrer à la koutla ou à ce qu’il en reste. La coalition aurait compté 203 sièges. Une majorité étriquée certes, mais une majorité quand même.
Voilà la raison pour laquelle Benkirane refuse l’entrée de l’USFP qu’il accuse d’avoir changé de camp. Ce qui n’est pas la lecture du vieux parti de la gauche qui affirme n’avoir jamais reçu une offre ferme ni manifesté son accord.
Benkirane estime que s’il accepte l’USFP, il aidera un parti qui aura contribué à l’affaiblir dans les tractations. Akhannouch estime que s’il lâche l’USFP, ce dernier en nourrira du ressentiment à l’égard du RNI et ne lui pardonnera pas sa non-participation au gouvernement, qui aurait été tout à fait possible s’il était resté dans le sillage du PJD.
Aujourd’hui, selon quelques ténors du PJD, la situation a changé et le cas de l’USFP pourra être surmonté.
Mais ce n’est pas si simple. Si Akhannouch cède sur l’USFP, ce dernier ne sera pas content et de plus, le président du RNI donnera l’impression d’avoir pris des positions rigides uniquement face à Benkirane.
Si El Othmani cède, il désavouerait son prédécesseur, ce qui psychologiquement sera difficile.
La solution sera probablement un compromis, qui pourrait être proposé par le PPS ou s’imposer par pragmatisme. Par exemple, un remaniement ultérieur après le congrès de l’Istiqlal (et le départ de Chabat!) ouvrirait la voie à l’intégration de ces deux partis, USFP et PI.
El Othmani, un style différent
C’est dans la personnalité et le style qu’El Othmani se distinguera fortement de Benkirane. C’est un homme souvent respectueux des formes même s’il peut être nerveux. Il est plus solitaire et réservé. Il est considéré comme un excellent organisateur.
Sur le référentiel islamique qui sert parfois d’alibi à des conceptions rétrogrades, il a des positions courageuses... qu’il assume. Ce connaisseur des textes et du fiqh (jurisprudence) a la capacité de résoudre des questions théologiques complexes et dans ce domaine au moins, il n’aura pas de double langage. Il assumera ses positions (plutôt) éclairées.
Un champ politique partisan qui n’a pas achevé sa transition
Depuis quelques années, le Maroc s’est profondément transformé. Obtenir des sièges grâce à des notabilités et à des transactions reste possible, notamment en milieu rural. Mais de plus en plus, un parti est obligé de se professionnaliser.
Un parti qui réussit est un parti qui aura:
-un leadership;
-une démocratie interne;
-un socle idéologique;
-un appareil efficace.
C’est surtout l’absence de plusieurs de ces critères qui a provoqué l’érosion continue de la plupart des partis politiques, et qui explique la place du PJD.
Le RNI a les moyens et la volonté d’aller sur cette même voie. Le seul vrai obstacle pour lui sera le renouvellement de ses cadres. Les autres partis doivent suivre la même voie ou continuer à limiter les dégâts grâce au recrutement des notables.
Et la Constitution?
Elle a été appliquée à la lettre, créant un précédent normatif, car il y avait une marge d’interprétation. On sait désormais que dans les cas similaires, l’article 47 s’imposera naturellement. Le choix qu’a fait Mohammed VI malgré les options qui se présentaient sera dans les mémoires pour les gouvernements suivants.
A un certain moment, certains courants du PJD ont donné l’impression de vouloir jouer les électeurs (1,6 million) contre les dispositions constitutionnelles. La Constitution, donc la légalité, a eu le dernier mot. C’est une victoire pour le Maroc, car c’est cela la démocratie: un système capable de résoudre les différends d’une manière pacifique. La loi doit toujours avoir le dernier mot.
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