Moukharik: “Sans réponse du gouvernement, nous prendrons des mesures radicales”
ENTRETIEN. Au lendemain de la grève générale du mercredi 24 février, le secrétaire général de l’UMT et chef du front organisateur UMT-CDT-FDT-UGTM fait le bilan de sa mobilisation dans le secteur public et privé et annonce un durcissement des actions syndicales à l’avenir.
Médias 24: Selon vous, la grève a été suivie à 84%. Le ministre de la Communication annonce un taux de participation de 39%, qui faut-il croire?
Miloudi Moukharik: Les chiffres du mouvement syndical sont sincères et justes, car nous étions mobilisés sur le terrain, au cœur des entreprises et des administrations ciblées par l’appel à la grève du travail.
-La grève du mercredi 24 février a donc été un vrai succès en termes de mobilisation?
-Sans faire de triomphalisme, nous sommes très satisfaits des résultats de la grève générale. Son ampleur a été très importante, voire historique, car elle a touché tous les secteurs d’activité et s’est étendue des régions du nord jusqu’aux provinces sahariennes du Maroc.
-Pouvez-vous faire un décompte des secteurs touchés, voire paralysés par l’appel à la grève?
-La télévision a montré la paralysie de secteurs stratégiques dans la ville de Laâyoune et a filmé le port à l’arrêt de Casablanca avec des docks déserts. Ses 12.000 salariés ont arrêté le travail, ainsi que les travailleurs d'autres ports secondaires (Agadir, Jorf Lasfar, Nador, Safi ...).
Concernant les collectivités locales, les employés de 1.500 communes nous ont rejoints, avec un taux de débrayage de 92%.
L’arrêt du service du tramway de Casablanca a été total, grâce à ses employés syndiqués à l’UMT. De plus, 834 véhicules de la compagnie de transports Mdina bus étaient immobilisés.
Employés et cadres supérieurs de la CNSS ont boycotté le travail dans leurs locaux et polycliniques.
L’ONEE n’a pas été en reste, avec 100% du personnel exécutant et hiérarchique en grève.
Parmi les 34 régies de distribution d’eau et d’électricité que compte le Maroc, près de 22.000 agents de la Lydec (Casablanca) , d’Amendis (nord), et de la Redal (Rabat) etc. ont arrêté leur travail.
De l’école primaire, en passant par les collèges et les lycées, jusqu’à l’université, tous les enseignants et notamment ceux du syndicat SNESup ont suivi l’appel du front UMT-CDT-FDT-UGTM.
La paralysie du secteur de la santé était flagrante, même si par souci de citoyenneté, nous avons décidé de maintenir un service minimum pour les urgences médicales.
Le département du ministère de la Justice a tourné au ralenti avec de nombreux services et tribunaux fermés.
La fédération UMT, fortement implantée dans le secteur agricole, a bloqué le ministère éponyme et les services des offices qui en dépendent (18.000 cadres, ingénieurs et employés).
Chez notre ami ministre de la Fonction publique, Mohamed Moubdii, connu pour son combat contre les syndicats dans son département, 40% de son personnel n’ont pas hésité à se rebeller contre lui.
Même l’activité de certaines grandes sociétés privées a été lourdement impactée par cette grève, industrie pharmaceutique (Cooper, Laprophan …), 20 minoteries, 25 imprimeries ont été bloquées et dans le secteur bancaire, le mouvement a été très suivi.
La liste est tellement longue que nous pensons sérieusement à éditer une brochure sur le succès de cette grève, que l’on peut qualifier d’historique, eu égard à son large spectre.
-Comment expliquer que le ministre de la Communication relativise la portée et l’efficacité de votre grève?
-Les déclarations de Khalfi sont de mauvaise foi, car il refuse d’admettre que notre grève pacifique a été largement suivie. Au lieu de nier l’évidence, ce ministre, ainsi que le chef du gouvernement, devraient faire preuve de responsabilité et nous convier à de nouvelles négociations pour un vrai dialogue social.
-Le ministre nous déclarait hier que vous deviez faire des propositions sérieuses sur les retraites.
-Nos contre-propositions sur le dossier de la réforme des retraites sont connues du gouvernement: Paiement des cotisations à 66% par l’Etat et à 33% pour les fonctionnaires au lieu des 50-50 prévus; âge de la retraite à 63 ans sur la base du volontariat; aucune baisse des pensions de retraite.
Nous avons fait des concessions et ne changerons pas de position, car la balle est dans le camp du gouvernement
-Vous pensez que cette grève aura plus d’impact que la précédente pour faire plier le gouvernement?
-La dernière grève du 10 décembre n’était pas générale, mais sectorielle dans une partie de la fonction publique (collectivités locales, enseignement ...). Elle s’est limitée aux ministères et n'a pas concerné les offices publics et encore moins les entreprises privées.
Nous espérons que notre message a été reçu par le gouvernement, sans quoi notre mouvement de protestation ira crescendo et nous prendrons moins de gants.
-Quelles actions prévoyez-vous s’il ne cède pas à vos revendications?
-Le gouvernement doit revenir à la raison. Il doit être certain que nous ne lâcherons sur rien. Nous réclamons un vrai dialogue social, sur la base d’un ordre du jour qui réponde aux revendications des salariés.
L’UMT a été confronté dans le passé à des gouvernements bien plus féroces que celui de Benkirane.
Jusqu’à présent, il n’y a eu ni piquets de grèves, ni troubles à l’ordre public et nous avons même assuré un service minimum, mais tout cela peut changer à l’avenir.
Dans le cas où le gouvernement ne tient plus à sauvegarder l’équilibre social au Maroc, il devra prendre ses responsabilités face aux mesures radicales que nous adopterons, contraints et forcés.
S’il décide de passer outre à nos propositions actuelles et de continuer son forcing pour adopter unilatéralement cette réforme inique, notre front syndical prendra les décisions qui seront d’une nature beaucoup moins agréable.
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