Slowfood espère un succès plus rapide au Maroc
Né à la fin des années 80, le mouvement Slowfood, par opposition au fastfood, s’est vite transformé en association internationale écogastronomique qui compte plus de 100.000 membres à travers le monde. La présidente de Slowfood Maroc répond aux questions de Médias 24.
Lorsque Zoubida Charrouf introduit le mouvement Slowfood au Maroc en 2001, elle n’en est pas à ses premiers pas dans l’agroalimentaire.
Professeure de chimie à la faculté des Sciences de Rabat, elle s’est très tôt intéressée à l’arganier auquel elle a consacré plus de 60 études scientifiques grâce auxquelles elle a réussi à percer le mystère de ses vertus médicinales.
Chimiste émérite, Mme Charrouf est également une femme de terrain ultra active : en 1999, elle fonde l’association Ibn Albaytar, du nom du célèbre botaniste arabe du 13e siècle, dont les actions ont permis de fédérer et de soutenir les coopératives d’argan au Maroc.
Séduite par le concept du «bon, propre et juste», qui fonde le mouvement Slowfood, elle milite pour promouvoir l’agriculture familiale et rapprocher le consommateur du producteur.
«Dans la conjoncture agroalimentaire actuelle, largement dominée par une poignée de multinationales, on constate une standardisation du goût et une multiplication des intermédiaires», explique-t-elle à Médias 24. «En outre, la généralisation de l’usage des produits chimiques dans l’alimentation ne profite ni au consommateur, ni au petit producteur».
Engagée à promouvoir l’agriculture paysanne locale, Zoubida Charrouf multiplie les activités de sensibilisation au sein des 21 conviviums actifs que compte Slowfood Maroc.
Ces structures locales participatives sont les lieux de rencontres entre producteurs, chefs et consommateurs. «Nous organisons régulièrement des ateliers de goût, des jardins potagers et d’autres évènements pour promouvoir les produits du terroir et valoriser les traditions gastronomiques de notre pays».
Pour Slowfood Maroc, la priorité est d’éduquer le consommateur pour en faire un acteur actif. L’association œuvre notamment au sein des écoles en organisant entre autres la journée de la terre, tous les 10 décembre, où les plus jeunes réapprennent à utiliser leurs cinq sens en mangeant. «Je suis choquée d’entendre des enfants demander de quel arbre viennent les frites, ou encore dessiner un carré lorsqu’on leur demande d’illustrer un poisson».
Les nouvelles habitudes alimentaires (fastfood régulier, usage excessif de colorants, d’additifs, etc …) dénotent une occidentalisation de la gastronomie marocaine dont les conséquences sur la santé sont claires : «Chaque année, 30.000 cas de cancer sont détectés au Maroc, auxquels s’ajoutent les problèmes de diabète et l’obésité. Il est évident que nous nous nourrissons mal», ajoute-t-elle.
Slowfood Maroc s’est également donné pour objectif de booster la production bio marocaine : l’association organise, les 9 et 10 novembre prochains à Casablanca, l’Alliance Slowfood entre les grands chefs et les petits producteurs de l’économie solidaire.
«A l’aune de l’huile d’argan rendu célèbre grâce aux grands chefs étoilés européens, nous avons mis en place cette alliance pour répondre aux problèmes logistiques qui pénalisent la chaîne de production : le manque d’accessibilité des petits producteurs, souvent injoignables ou peu réactifs aux commandes par mail des chefs, peut être comblé grâce à la mise en place d’une plateforme qui fédère les coopératives».
Pour ce projet, Slowfood Maroc collabore avec Maroc Taswiq, considéré comme un intermédiaire positif puisqu’il s’engage à livrer les restaurateurs gratuitement à travers ses magasins solidaires. Les réussites précédentes de Zoubida Charrouf dans la promotion de l’agriculture solidaire encouragent en tout cas cette initiative qui promet d’être couronnée de succès.
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