Heidi J. Larson
Directrice fondatrice du Vaccine Confidence ProjectRenforcer la confiance en la vaccination, par la gestion des risques
Serrer vos parents dans vos bras. Voir votre petit-enfant pour la première fois. Rire avec des amis, en personne! Les vaccins contre la Covid-19 promettent de nous rapprocher de ceux que nous aimons et de profiter de ces moments précieux qui nous ont tant manqué au cours des 14 derniers mois. Le plaisir des personnes déjà vaccinées ne fait aucun doute: sur les médias sociaux, les gens gardent une trace et partagent le moment de leur vaccination sur les médias sociaux avec le message «Je suis protégé!»
LONDRES – Nous ne pouvons pas perdre cet enthousiasme, même dans l'éventualité de rares cas récemment signalés de caillots sanguins suite à quelques vaccinations contre la Covid-19.
Notre manière de gérer, de communiquer et, ce qui est le plus important, de percevoir ces risques va jouer un rôle décisif pour soutenir la confiance du public dans les campagnes de vaccination contre la Covid-19. Dans un tel contexte, la confiance que les citoyens accordent à leurs représentants, aux experts et aux institutions sera aussi déterminante que celle qu'ils placent dans les vaccins eux-mêmes. Nos dirigeants doivent faire preuve de transparence dans leurs actes et reconnaître que chaque jour de retard et d'indécision au sujet de la communication sur les vaccins constitue un terreau fertile pour l'anxiété et la désinformation, dont la plupart se propage en ligne.
Pour rassurer l'opinion publique, nous devons changer d'approche et décrire la gestion des risques comme un processus continu, qui est l'approche suivie par les scientifiques et les autorités de réglementation lors de leur évaluation des vaccins. Les gouvernements créent des systèmes de surveillance de l'innocuité des vaccins pour observer les signes de tout risque potentiel et pour s'assurer que les directives sont fondées sur les données les plus récentes. Il s'agit d'un processus itératif dans lequel la recherche d'un effet secondaire rare signifie que le système fonctionne.
Evaluation du risque pour l'opinion publique
Les scientifiques et les organismes de réglementation utilisent le même processus pour tous les médicaments, depuis les analgésiques en vente libre, jusqu'aux médicaments de chimiothérapie, mais ce processus passe souvent inaperçu dans le grand public. En revanche, la conception, l'homologation et la distribution des vaccins contre la Covid-19 ont fait l'objet d'articles dans la presse du monde entier, chaque étape du processus de développement et chaque rapport de risque potentiel étant de ce fait magnifié et partagé dans le monde entier. En conséquence, les effets secondaires rares semblent plus fréquents qu'ils ne le sont réellement, ce qui complique l'évaluation du risque pour l'opinion publique.
L'opinion publique a la capacité de procéder à la gestion des risques: nous le faisons individuellement et collectivement chaque fois que nous quittons la maison, que nous conduisons une voiture ou que nous prenons des médicaments, par exemple. Mais les gens ont besoin d'informations claires. Dans le cas des caillots sanguins signalés par voie de presse, cela signifie qu'ils doivent comprendre non seulement les risques potentiels liés à la prise d'un vaccin contre la Covid-19, mais également le risque de ne pas se faire vacciner. Les professionnels de santé et les vaccinateurs doivent également communiquer clairement les signes et symptômes possibles d'une réaction grave au vaccin et aider les gens à comprendre à quel moment ils ont besoin de recevoir un traitement immédiat.
Cela s'applique à tous les vaccins. Bien que les vaccins soient très efficaces et sauvent entre 2 et 3 millions de vies dans le monde chaque année, l'inquiétude à leur sujet n'a rien de nouveau. La première ligue antivaccin a vu le jour en Grande-Bretagne au XIXe siècle, après que le gouvernement eut rendu obligatoire la vaccination contre la variole. Certains pensaient que la vaccination, connue à cette époque sous le nom de «variolisation», était contre nature et «contraire à la volonté de Dieu». Mais bien que la vaccination ait été beaucoup plus risquée qu'aujourd'hui, un grand nombre de gens pensaient que le jeu en valait la chandelle face à une épidémie dévastatrice.
Aujourd'hui, nous sommes confrontés à la Covid-19, un autre pathogène mortel qui touche tout le monde, d'une manière ou d'une autre. Dans le cadre du Vaccine Confidence Project, nous opérons une veille sur les médias sociaux dans le monde entier afin de comprendre les questions et les préoccupations des gens concernant les vaccins contre la Covid-19, ainsi que les succès en matière de renforcement de la confiance. Le thème le plus fréquent que nous rencontrons, dans plus de 200 langues, est une forte impatience à faire de cette pandémie une chose du passé. Dans cette perspective, les vaccins sont essentiels. Mais pour certains, l'empressement ne suffira pas à lui seul à les motiver à se faire vacciner. Ils devront avant toute chose se sentir plus en confiance.
Renforcer la confiance
Au niveau individuel, les gens doivent donc être en mesure de poser des questions sur les vaccins contre la Covid-19 sans être la risée de leurs interlocuteurs et pouvoir obtenir les informations et le soutien nécessaires pour prendre des décisions éclairées. Les médecins et les infirmières font partie des membres les plus dignes de confiance de la société. Il est donc important qu'ils prennent le temps de faire preuve d'empathie face aux inquiétudes de leurs patients. Mais ils doivent également disposer des dernières informations et directives pour communiquer avec leurs patients et renforcer leur confiance dans la vaccination contre la Covid-19.
Au niveau des politiques, les gouvernements doivent investir dans la communication à court et à long terme et dans l'implication du public à soutenir la livraison de vaccins. En outre, les décideurs et les institutions scientifiques doivent devenir plus souples et apprendre à parler au public de manière directe et transparente sur les résultats importants.
Le point essentiel ne consiste pas seulement dans l'obtention d'informations justes sur les vaccins, mais également dans le fait de les rendre pertinentes par rapport aux questions du public et de renforcer la confiance en répondant de manière logique dans le contexte de leur vie quotidienne. Quand la prochaine crise éclatera, avec des risques différents, le public se souviendra de la façon dont on aura répondu à ses inquiétudes au cours de celle-ci.
Il est tout à fait normal d'avoir des questions à poser sur les vaccins. La façon dont nous y répondrons va faire toute la différence. Si nous réagissons bien à présent et que nous renforçons la confiance du public, nous avons alors une chance d'établir une relation de confiance qui servira de base solide pour faire face à la prochaine crise sanitaire.
© Project Syndicate 1995–2021
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