Que fera Biden pour les Palestiniens?
AMMAN – L’attitude partiale de l’administration Trump à l’égard d’Israël n’aurait pas pu être plus flagrante. Les personnes chargées du "processus de paix", dont le gendre de Trump Jared Kushner et l’ambassadeur des Etats-Unis en Israël David Friedman, ont toutes publiquement soutenu la construction de colonies israéliennes, en violation des droits humains des Palestiniens.
Sans surprise, le prétendu plan de paix échafaudé par cette équipe donnait à Israël pratiquement tout ce dont il pouvait rêver, tout en n’offrant aucune concession aux Palestiniens. A la place, l’administration Trump a tenté d’acheter le consentement des Palestiniens, ou plus précisément, leur capitulation, avec des promesses d’investissement. Plutôt que de se soumettre, Abbas a rompu les discussions avec les Etats-Unis, une décision étonnante quand on pense que dans les années 1980, les Palestiniens suppliaient les Américains de tenir des pourparlers directs avec leurs dirigeants.
"La trahison" de l'administration Trump
Mais dans ces circonstances, Abbas n’avait pas le choix. Avec la première superpuissance mondiale à ses côtés, le gouvernement de droite du Premier ministre israélien Benyamin Nétanyahou n’avait pas besoin de l’accord des Palestiniens pour accélérer la construction de nouvelles colonies et préparer le terrain pour d'autres projets du même ordre. Ces derniers mois, les autorités israéliennes ont procédé à une série de démolitions sans précédent de maisons et de structures palestiniennes.
Il ne fait aucun doute que ces activités de peuplement israéliennes sont en violation du droit humanitaire international. Le Conseil de sécurité des Nations unies l’a confirmé il y a quatre ans, en adoptant à l’unanimité la Résolution 2334. Son préambule condamne explicitement "toutes les mesures visant à modifier la composition démographique, le caractère et le statut du Territoire palestinien occupé depuis 1967", y compris "la construction et l’expansion de colonies de peuplement" et"la destruction de maisons et le déplacement de civils palestiniens".
Et pourtant, l’administration Trump reste déterminée à cautionner ces violations du droit international par Israël. Il est prévu que le secrétaire d’Etat américain Mike Pompeo, qui a peut-être en ligne de mire sa candidature à l’élection présidentielle de 2024, visite une colonie israélienne illégale en Cisjordanie occupée, ce qui fera de lui le premier chef de la diplomatie américaine à le faire. Cette visite constitue une nouvelle violation flagrante de la Résolution 2334, qui appelle "tous les Etats, […], à faire une distinction, dans leurs échanges en la matière, entre le territoire de l’Etat d’Israël et les territoires occupés depuis 1967".
Des signes prometteurs
Depuis la trahison de l’administration Trump, les Palestiniens doivent se débrouiller seuls. Pour protester contre le plan d’annexion de certains pans de la Cisjordanie, l’Autorité palestinienne (AP) a refusé d’accepter les recettes fiscales collectées en son nom par Israël, une décision qui, couplée avec la forte baisse de l’aide américaine, a mené l’AP au bord de la faillite.
Cela donne toute la mesure de l’importance cruciale que revêt la question des colonies pour les Palestiniens, et à juste titre. Outre les violations du droit international et des droits des Palestiniens, la poursuite des activités de peuplement israéliennes exclut la possibilité de création d'un Etat palestinien indépendant dans le cadre des frontières de 1967.
Heureusement, des signes prometteurs laissent à penser que Biden adoptera une approche très différente de celle de son prédécesseur. La résolution 2334 a été adoptée parce que l’administration du président américain Barack Obama, dans ses derniers jours au pouvoir, a décidé de ne pas y opposer son veto. Cette décision a été formulée par Susan Rice, conseillère à la sécurité nationale d’Obama, pressentie pour être la secrétaire d’Etat de Biden.
Bien évidemment, Biden était lui-même le vice-président de l'administration Obama, et en 2014, il avait dit à Nétanyahou: "Je ne suis pas d'accord avec la moindre chose que tu dis". D'autres personnes nommées par l'administration Biden, dont le futur chef de cabinet Ron Klain, s'opposent toutes aux activités illégales de colonisation israélienne.
Relancer les discussions
Abbas espère clairement que la nouvelle administration américaine permettra d’aller de l’avant. Après avoir félicité Biden pour sa victoire électorale, il s’est dit "impatient de travailler avec le président élu et son administration pour renforcer les relations palestino-américaines et d’assurer la liberté, l’indépendance, la justice et la dignité pour notre peuple et d’œuvrer pour la paix, la stabilité et la sécurité pour tous dans notre région et dans le monde".
Avant même l'élection de Biden, Abbas tentait de relancer les discussions. Dans son discours devant l'Assemblée générale des Nations unies en septembre dernier, il a appelé le Quartet pour le Moyen-Orient, les Etats-Unis, les Nations unies, l'Union européenne et la Russie, à convoquer une conférence internationale au début de l'année prochaine "pour engager un authentique processus de paix, sur la base du droit international, des résolutions des Nations unies et des modalités internationales pertinentes, pour mettre fin à l'occupation (israélienne)".
Qu’une telle conférence puisse avoir lieu, et plus encore produire des résultats, dans les premiers jours de l’administration Biden, est beaucoup demander. Mais il n’est pas déraisonnable de s’attendre à ce que la nouvelle administration applique immédiatement la Résolution 2334, et cela signifie mettre un terme rapide aux projets de colonies de peuplement israéliennes.
Contrairement à ce que l’on pense généralement, un règlement permanent du conflit israélo-palestinien n’est pas une cause perdue. Y parvenir nécessitera toutefois une action courageuse et résolue de la part des Etats-Unis. Que Biden lance une initiative dans ce sens reste à voir, mais qu’il s’engage à faire en sorte qu'Israël commence à respecter la résolution 2334 serait un bon début.
à lire aussi
Article : Adouls : la Cour constitutionnelle valide l’essentiel de la réforme, mais écarte plusieurs dispositions
Saisie par 93 députés avant la promulgation du texte, la Cour a déclaré non conformes des articles touchant aux incompatibilités professionnelles, aux personnes en situation de handicap, au témoignage collectif dit “lafif” et à l’organisation des instances représentatives. Le texte devra donc être corrigé sur ces points, sans remettre en cause le cœur de la nouvelle loi 16.22.
Article : En commission, les conseillers votent la nationalisation de la Samir et le plafonnement des hydrocarbures
Deux propositions de loi portant sur les hydrocarbures et la Samir ont été récemment adoptées en commission à la Chambre des conseillers. Un vote "surprise" rendu possible par un rapport de forces numérique défavorable à la majorité, lors d’une séance où l’opposition était majoritaire en nombre. Si ces textes ont franchi l’étape de la commission, leurs promoteurs sont conscients qu’ils ont peu de chances d’être adoptés en plénière.
Article : Retail : la guerre silencieuse pour conquérir le panier des Marocains
Pendant longtemps, les courses du quotidien se sont surtout jouées entre l’épicier du quartier, le grossiste et quelques grandes surfaces. Ce modèle commence à se fissurer. Entre fusion capitalistique, rachats d’enseignes, master-franchises, centrales d’achat, logistique commune et formats de proximité, les grands opérateurs installent peu à peu des réseaux capables d’accompagner le consommateur du café du matin aux achats du week-end. Non sans bousculer les équilibres.
Article : Crédit du Maroc : ce que cache l’augmentation de capital à 699 MDH
Depuis son passage sous le contrôle de Holmarcom, Crédit du Maroc a changé de rythme. La banque affiche des bénéfices en hausse, prépare son plan CDM Boost 2028, et propose désormais à ses actionnaires de suivre le mouvement via une opération ouverte du 26 juin au 16 juillet. Derrière le prix fixé à 938 DH par action, le marché devra surtout juger si cette nouvelle étape confirme une trajectoire ou ouvre un pari plus large. Décryptage.
Article : Nador West Med : derrière le port, le pari industriel de l’Oriental
ROUND UP. Prévu pour entrer en service fin 2026, Nador West Med se construit déjà au-delà de ses quais : routes dédoublées, future autoroute vers Guercif, projets chinois dans l’éolien, les pneus et les alliages, ambition énergétique autour du GNL et de l’hydrogène vert. L’enjeu est désormais de transformer cette infrastructure en véritable moteur économique régional.
Article : Pour près de 395 MDH, ce sera Urbagec/Separator qui construira la future gare LGV de l’aéroport de Casablanca
Le marché porte sur le lot 4 du projet, dédié à la construction de la gare ferroviaire de l’aéroport Mohammed V. Cinq candidats étaient en lice, dont SGTM, Sogea Maroc et Construction Management Services, pour une estimation initiale fixée à 380 millions de DH hors taxes.