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Médias: une confiance à restaurer et des erreurs à éviter

Il n'est donc pas surprenant qu'avec la prolifération des accusations de fausses nouvelles depuis quelques années, la confiance à l'égard des médias, quels qu'ils soient, ait chuté. Selon le rapport 2017 de l'institut Reuters sur l'information numérique, les consommateurs de médias font preuve de plus en plus de scepticisme à leur égard. Seulement 50% d'entre eux font confiance au média qu'ils choisissent, et ils sont encore moins nombreux à faire confiance aux autres médias. Trop de choix et manque de confiance dans les médias, prés d'un tiers des gens ont renoncé à s'informer.

Le 7 août 2019 à 14h34

L'information n'est pas un luxe superflu, mais un bien public de première importance. Elle permet aux citoyens de prendre des décisions en connaissance de cause et contraint le pouvoir à rendre des comptes. Elle ne peut remplir cette fonction que si elle est de qualité et que cela soit reconnu. Mais il n'est pas facile d'y parvenir.

Qu'est ce qu'un journalisme de qualité 

Tout d'abord il n'existe pas de définition claire de ce qu'est un journalisme de qualité. De ce fait, une norme de qualité pourrait devenir un outil de censure. Quand Hitler voulait qu'un livre soit brûlé, il disait qu'il ne répondait pas aux "normes" de l'idéologie nazie. De la même manière, on pourrait imaginer aujourd'hui un gouvernement qui pointe un problème de qualité pour remettre en question la crédibilité de certaines voix critiques ou pour refuser d'accorder une accréditation à certains médias.

Certaines organisations qui se préoccupent de l'avenir des médias essayent de prévenir ce danger en créant des indicateurs de confiance. On peut citer en particulier la Journalism Trust Initiative de Reporters sans frontières et d'autres organisations, une initiative qui vise à créer un référentiel des bonnes pratiques susceptible d'évoluer vers un processus de certification. Certaines organisations proposent un système d'indicateurs de couleur analogue à ceux utilisés dans l'industrie alimentaire, tandis que d'autres proposent un label de qualité proche du système de certification ISO 9000.

Mais à quoi s'appliqueraient ces certifications? Aux contenus médiatiques ou aux médias eux-mêmes? Ce dernier choix paraît le plus logique. Même les meilleures salles de rédaction peuvent publier un contenu de médiocre qualité, pour des raisons qui vont d'un manque de ressources disponibles à l'erreur humaine. Autrement dit, tous les contenus diffusés par un média donné n'ont pas le même degré de fiabilité.

Certains médias respectent des procédures destinées à minimiser les risques et réagir aux erreurs qu'ils pourraient faire. Mais ils bénéficient probablement déjà de la confiance de l'opinion publique. Et quant à la confiance qu'ils ont peut-être perdue ces dernières années, ce n'est pas un label de qualité qui permettra de la restaurer.    

Un label qualité pour le contenu médiatique?     

Les médias qui pourraient réellement tirer parti d'un label seront probablement trop petits, trop récents, et de ce fait mal préparés pour faire face au supplément de bureaucratie lié à un processus de certification. Une certification qualité des médias pourrait donc désavantager les nouveaux entrants et favoriser les médias en place.

Plutôt que de certifier les médias, on pourrait certifier des contenus bien définis. Mais ce serait une tâche herculéenne en terme de volume. Pire encore, cela pourrait avoir un effet pervers, à l'image de ce que l'on voit avec certains journalistes à la poursuite de récompenses, quitte à sortir du droit chemin. Ainsi un reporter allemand, Claas Relotius, a gagné de nombreux prix de journalisme pour ses brillants reportages, avant qu'il n'apparaisse qu'il avait trafiqué plusieurs d'entre eux.

Mais qu'est-ce qu'une production médiatique de qualité? Suffit-il qu'elle repose sur des faits? Cette question concerne-t-elle seulement les informations politiques et économiques, ou bien aussi les contenus médiatiques relatifs au style de vie, aux loisirs ou intéressants sur le plan humain? L'écosystème numérique rend ces questions encore plus complexes: certains blogs relèvent du journalisme, mais ce n'est sûrement pas le cas de tous.

On ne peut comparer le journalisme à un secteur comme l'aviation qui applique des normes et des procédures strictes à tous les niveaux. Mais il y a seulement quelques années, il n'y avait pas besoin de normes journalistiques: les journalistes respectaient le plus souvent des codes éthiques et professionnels, et des institutions pouvaient intervenir s'ils ne les respectaient pas. Le comportement des journalistes était généralement correct, même si la définition de ce qui est "correct" est fondamentalement ouverte à discussion.

Les médias face à leurs responsabilités

C'est d'ailleurs ainsi que fonctionnent les sociétés: un individu n'a pas besoin d'un "certificat de confiance" pour être membre d'une famille ou d'un groupe (il est vrai que le gouvernement chinois aimerait changer cela). Le contrat social prescrit des normes comportementales que suivent la plupart des gens; un label n'est nécessaire que si la confiance est rompue.

C'est l'état auquel il faudrait que le journalisme revienne. Chaque média devrait assumer la responsabilité de la qualité du contenu qu'il propose et respecter un ensemble de règles, notamment en contrôlant ce qu'il diffuse. Si ce n'est pas possible, par exemple dans le cas du journalisme citoyen dans un environnement antidémocratique, une institution externe pourrait jouer ce rôle.

Un tel système pourrait prendre en considération l'expérience tirée des projets journalistiques d'investigation collective comme celui qui a abouti à la publication des Panama Papers. Dans ce cadre, chaque journaliste a enquêté comme il l'entendait, tout en respectant certaines normes, ce qui a permis l'expression d'une pluralité de voix et une concurrence saine. Avec les progrès techniques, il serait intéressant d'introduire la vérification automatique des informations, plus particulièrement dans les salles de rédaction qui ne disposent pas de grands moyens.

A l'âge de la surinformation, manipulée ou pas, il faut favoriser un abord critique de la presse dans l'ensemble de la population. Mais cela n'exempte pas les médias de leurs responsabilités. Avec la collaboration d'une audience avisée, ils doivent s'autoréguler et se réguler les uns les autres, comme c'était le cas dans le passé.

Traduit de l’anglais par Patrice Horovitz

© Project Syndicate 1995–2019
Tags : médias
Par Rédaction Medias24
Le 7 août 2019 à 14h34

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