Le soutien britannique est un coup d’accélérateur pour Rabat dans le dossier du Sahara
Le Maroc semble avoir trouvé sa vitesse de croisière dans cette course de fond visant à résoudre le conflit persistant au Sahara.
Il y a moins d’une semaine, le Kenya, anciennement un allié du régime algérien dans sa quête hégémonique sur les provinces du sud du Maroc et un fervent partisan des aspirations séparatistes du polisario, a fait volte-face en annonçant son soutien à la proposition d’autonomie proposée par le Maroc.
Si cela a déconcerté l'appareil diplomatique algérien, de plus en plus acculé et isolé, que dire alors de la décision fracassante — bien que prévisible — du Royaume-Uni d'appuyer la position du Maroc sur le Sahara ? Le fait est qu'un tel soutien clair, venant d'un membre permanent du Conseil de sécurité des Nations unies, ne peut pas être considéré comme un simple geste symbolique.
De Nairobi à Londres : un basculement irréversible du consensus mondial
Cela constitue, au contraire, le dernier des signes précurseurs d'une progression nette et irréversible vers une reconnaissance mondiale de la souveraineté du Maroc sur son Sahara. Comme je l'ai souvent souligné ces dernières années, des décisions à la fois hautement symboliques et politiquement significatives comme celle-ci montrent que le règlement définitif de ce différend territorial en faveur de la position marocaine n'est plus qu'une question de temps.
Certes, l'ultime aboutissement dont il est question ici n'est pas pour demain. Cela pourrait effectivement prendre plus de temps que ne le souhaite Rabat. Cependant, à en juger par la succession ininterrompue de déclarations internationales soutenant le plan marocain comme étant la seule option viable et réaliste, il est indéniable que le Maroc n’a jamais été aussi près de son objectif final dans cette longue saga autour de son Sahara.
Il n'est donc pas surprenant que, quelques heures seulement après l'annonce du soutien du Royaume-Uni au plan d'autonomie marocain en tant que seul horizon politique pragmatique et réalisable pour cette région marocaine, l'Algérie ait réagi comme à son habitude. Dans un communiqué pour le moins timide et peu convaincant, incapable de persuader le moindre observateur sérieux de la réalité des évolutions en cours, Alger a tenté de minimiser la portée de cette nouvelle position britannique.
Au fond, ce communiqué hésitant affirme que la déclaration britannique n'est qu'un "non-événement de plus dans une supposée marche vers un référendum d'autodétermination au Sahara". En lisant un tel message, il est crucial de ne pas se laisser abuser par le jeu rhétorique algérien. Car l'on sait depuis des années que, dans l’imaginaire stratégique de l'Algérie officielle, le momentum irrépressible du Maroc sur la question saharienne n’est qu’une illusion créée par Rabat. Ainsi, ce communiqué est l’exemple parfait de cette stratégie du déni et de diversion qu'a adoptée la diplomatie algérienne pour sauver la face et survivre malgré tous ces bouleversements profonds qu'elle ne cesse de subir depuis le retour triomphal du Maroc en Afrique et la montée en popularité du plan marocain pour le Sahara.
J'ai traité en détail cette mentalité algérienne dans mon dernier livre sur le Sahara et dans plusieurs articles au fil des ans. Qu'il suffise donc de rappeler, ici et maintenant, qu'au grand dam d'Alger, cette décision du Royaume-Uni constitue une confirmation supplémentaire d'une dynamique que j'ai récemment décrite comme posant les premiers jalons d'une nouvelle ère — celle de la fin de leur illusoire rêve indépendantiste dans les provinces du sud du Maroc.
Pour comprendre pleinement la portée politico-historique et stratégique de l'annonce de Londres, il convient de la replacer dans un contexte plus large. Après la reconnaissance par les États-Unis de la souveraineté du Maroc sur le Sahara et les décisions successives de la France et de l'Espagne d'adopter des positions plus ou moins similaires, il était temps que le Royaume-Uni sorte de sa zone de confort pour adopter une position à la hauteur du niveau d'excellence que connaissent ses relations avec Rabat depuis six ans.
Un isolement algérien de plus en plus profond
Dans ce sens, en prolongement de la dynamique enclenchée par la reconnaissance américaine fin 2020, la décision tant attendue du Royaume-Uni d'appuyer le plan marocain d'autonomie comme seule base d'un règlement politique durable à un conflit fabriqué par l'Algérie constitue un nouveau coup dur au projet séparatiste du régime algérien. Quels que soient les qualificatifs ou les dénégations que pourra donc formuler Alger dans sa réaction officielle, le fait demeure que la nouvelle position britannique ne fait que renforcer son isolement aux niveaux régional et international. Jamais l'Algérie n'avait essuyé une telle succession de revers diplomatiques en si peu de temps.
Ce qui rend cette nouvelle défaite encore plus amère pour Alger, c'est qu'elle intervient alors même que l'Algérie siège en tant que membre non permanent au Conseil de sécurité des Nations unies. Pariant sur cette présence pour freiner l'élan positif dont bénéficie le Maroc sur la scène internationale, les stratèges algériens se trouvent aujourd'hui en complet décalage avec la réalité du terrain.
Tout comme les positions récentes de la France et de l'Espagne, le soutien affirmé du Royaume-Uni prend une singulière portée historique, d'autant plus que ce pays fut la seule puissance européenne qui, avant la perte de souveraineté du Maroc en 1912, avait signé le 13 mars 1895 un traité reconnaissant que le Sahara faisait partie intégrante du territoire marocain. Par ailleurs, la Grande-Bretagne avait joué un rôle central dans l'accord franco-espagnol d'octobre 1904, par lequel l'Espagne s'est vu attribuer, sans consultation préalable du Maroc qui était pourtant encore un État souverain, le Sahara en "pleine possession et souveraineté".
En réalité, le déclenchement du conflit remonte à l'accord secret d'avril 1904, dans lequel la Grande-Bretagne autorisa la France à accorder une sphère d'influence à l'Espagne dans le sud du Maroc. Toutefois, Londres veilla à ce qu'aucune action de la part de Paris ou de Madrid ne puisse aboutir à l'aliénation du territoire en question. Les termes de cet accord suffisent à attester que les Britanniques reconnaissaient que ce territoire faisait historiquement partie du Maroc.
Aujourd'hui, les trois puissances européennes historiquement impliquées dans la genèse du conflit du Sahara — la France, l'Espagne et le Royaume-Uni — semblent enfin se résoudre aux faits. Certains y verront une forme de retour de l'histoire, suggérant qu'on ne peut échapper à ses responsabilités historiques. Mais au-delà de cette lecture, l'évolution actuelle repose avant tout sur un réalisme politique froid chez les élites françaises, espagnoles et britanniques.
Dans un monde en constante évolution, où le Maroc s'affirme comme un acteur incontournable, ces pays semblent avoir pris conscience que la sauvegarde de leurs intérêts stratégiques avec Rabat, tant sur le plan bilatéral que multilatéral, passe par un soutien clair à la position marocaine sur le Sahara. Cette nouvelle position britannique ne constitue donc pas seulement un désaveu flagrant pour la junte militaire algérienne, mais elle marque surtout un tournant dans la dynamique diplomatique entourant désormais cette question du Sahara, ainsi que l'effondrement total de l'agenda séparatiste de l'Algérie.
Une correction historique aux implications stratégiques majeures
Dans la foulée du soutien sans équivoque exprimé par le Kenya à la souveraineté marocaine, la décision du Royaume-Uni rapproche le Maroc plus que jamais de la clôture définitive de ce différend. En d'autres termes, cette prise de position offre au Maroc une marge de manœuvre accrue pour imposer les paramètres de toute négociation future dans ce dossier.
Il est vrai que la nouvelle position britannique ne va pas jusqu'à une reconnaissance pleine et entière de la souveraineté du Maroc sur le Sahara. Toutefois, en exprimant un soutien total et sans ambiguïté au plan d'autonomie, le Royaume-Uni a fait un premier pas décisif pour réparer l'injustice historique qu'il avait infligée au Maroc en contribuant à la spoliation et au démembrement de son territoire. L'annonce de son engagement à injecter cinq milliards de livres sterling pour financer des projets dans tout le Maroc, y compris dans ses provinces du sud, constitue en soi un indice clair de son désir de se mettre graduellement sur la voie balisée par l'Amérique : une reconnaissance emphatique de la souveraineté du Maroc sur son Sahara.
Mais la diplomatie est un processus lent et progressif. Rien ne se règle du jour au lendemain, et la patience, tout comme la persévérance stratégique, est essentielle pour quiconque veut arriver à ses fins. Je n'ai aucun doute qu’à mesure que le Maroc gagnera davantage de soutien international et renforcera sa position en tant que puissance montante dans sa région et au-delà, le Royaume-Uni franchira à son tour la petite ligne qui le sépare désormais d’une pleine reconnaissance de la souveraineté du Maroc sur ses provinces du Sud.
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