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Santé

“Nidam Tayyibat”, ce régime viral sans validation scientifique qui peut nuire à la santé

Popularisé autour de promesses de digestion améliorée, de perte de poids et de "guérison", ce mode alimentaire exclut notamment les œufs, le poulet, les légumineuses, plusieurs légumes, de nombreux fruits et une partie des produits laitiers. Pour le Dr Mohamed Adahchour, ces restrictions exposent surtout à des carences, à un appauvrissement du microbiote et à des risques métaboliques à long terme.

Nidam Tayyibat que dit la science sur ce régime qui séduit des milliers
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Le 13 juin 2026 à 12h00 | Modifié 13 juin 2026 à 12h33

Le "Nidam Tayyibat" (régime des bonnes nourritures) est devenu ces derniers mois l'un des sujets les plus discutés sur les réseaux sociaux. Ses adeptes lui attribuent des effets bénéfiques sur la digestion, l'inflammation, la perte de poids et même certaines maladies chroniques.

Développé par Diaa Al-Awadi, médecin égyptien décédé en avril 2026 d'un arrêt cardiaque à l'âge de 47 ans, ce système alimentaire repose sur une classification des aliments en deux catégories : les "Tayyibat" (bons aliments) et les "Khaba'ith" (aliments à éviter). Le programme préconise notamment le jeûne intermittent, la réduction du nombre de repas quotidiens, ainsi que l'exclusion d'une longue liste d'aliments pourtant largement présents dans les recommandations nutritionnelles classiques.

Parmi les aliments interdits figurent notamment les œufs, le poulet, les légumineuses (lentilles, pois chiches, haricots), plusieurs légumes, les légumes-feuilles, de nombreux fruits, ainsi qu'une grande partie des produits laitiers frais.

À l'inverse, le régime autorise notamment certaines viandes, le riz, les pommes de terre, certains fromages affinés, certaines matières grasses naturelles, ainsi qu'une sélection limitée de fruits et légumes. Pour ses promoteurs, cette approche permettrait de réduire l'inflammation de l'organisme et de favoriser un meilleur équilibre digestif.

Des affirmations que le Dr Mohamed Adahchour, médecin nutritionniste, invite toutefois à examiner avec prudence.

"Aucune étude scientifique n'a été réalisée sur ce régime"

Premier constat du spécialiste : le "Nidam Tayyibat" ne dispose actuellement d'aucune validation scientifique spécifique.

"Aucune étude scientifique n'a été réalisée sur ce régime. Aucune. Il s'agit essentiellement de propositions personnelles avancées par la personne qui en fait la promotion. Les affirmations qui l'accompagnent ne sont pas fondées scientifiquement".

Selon lui, contrairement aux approches nutritionnelles reconnues, les principes du "Nidam Tayyibat" n'ont fait l'objet ni d'essais cliniques ni de publications scientifiques permettant d'évaluer leur efficacité ou leur innocuité.

La question des fibres au cœur du débat

Le Dr Adahchour estime que l'un des principaux arguments avancés par les défenseurs du régime repose sur l'idée que de nombreux aliments naturels, notamment certains légumes et légumineuses, favoriseraient l'inflammation intestinale. Une hypothèse qui ne correspond pas au consensus scientifique actuel.

"Les fibres contenues dans les légumes et les légumineuses constituent la principale source d'alimentation du microbiote intestinal", explique-t-il. Le microbiote, composé de milliards de micro-organismes présents dans l'intestin, joue un rôle central dans la digestion, l'immunité et le métabolisme. "Lorsque l'on prive durablement le microbiote de ces fibres, on risque d'altérer son équilibre, ainsi que certaines fonctions immunitaires".

Le spécialiste rappelle que de nombreuses études associent aujourd'hui une consommation suffisante de fibres à une réduction du risque de diabète de type 2, de maladies cardiovasculaires et de cancer colorectal.

Des risques de carences à long terme

Le nutritionniste met également en garde contre les conséquences potentielles d'une restriction prolongée de plusieurs groupes alimentaires. "Lorsque l'on supprime un ou plusieurs groupes d'aliments, on s'expose à des carences en fibres, en vitamines et en minéraux".

Selon lui, la diminution importante des apports en fibres peut avoir des répercussions sur le microbiote intestinal, mais également sur l'absorption de certains nutriments essentiels. "Cela peut avoir un impact sur la digestion, sur l'immunité et sur l'absorption de plusieurs vitamines et minéraux".

Un régime riche en féculents ?

Autre critique formulée par le spécialiste : la place accordée à certains féculents et aliments à forte charge glycémique.

Pour le Dr Adahchour, la consommation importante de riz, de pommes de terre et d'autres aliments très riches en glucides pourrait, à long terme, favoriser certains déséquilibres métaboliques.

"Ce type d'alimentation peut favoriser la résistance à l'insuline, ainsi qu'une augmentation des lipides sanguins, notamment le cholestérol et les triglycérides", estime-t-il.

Le médecin considère ainsi que ce régime est déconseillé aux personnes souffrant de maladies chroniques, notamment les personnes diabétiques. Il va même plus loin : "Dans sa forme actuelle la plus radicale, je le déconseille pratiquement à tout le monde."

Pourquoi certaines personnes disent-elles se sentir mieux ?

Malgré ces réserves, de nombreux témoignages rapportent une amélioration de l'état de santé après quelques semaines de pratique. Pour le Dr Adahchour, cette amélioration peut s'expliquer en partie par le profil des personnes qui adoptent ce régime.

"Une grande partie des personnes qui disent aller mieux souffrent en réalité de colopathie fonctionnelle ou d'un syndrome de l'intestin irritable", explique-t-il. Dans ces situations, la réduction des aliments riches en fibres fermentescibles peut effectivement diminuer les ballonnements, les douleurs abdominales et la production de gaz.

"Quand on supprime les fibres qui fermentent dans l'intestin, les symptômes digestifs diminuent. Les personnes ressentent donc un confort intestinal plus important", précise-t-il.

Le médecin estime par ailleurs que le "Nidam Tayyibat" emprunte certains éléments au régime pauvre en FODMAP, une approche utilisée dans la prise en charge du syndrome de l'intestin irritable. Cette stratégie consiste à réduire temporairement certaines catégories d'aliments fermentescibles avant de les réintroduire progressivement sous supervision médicale.

"Le 'Nidam Tayyibat' reprend certains principes du régime pauvre en FODMAP, mais y ajoute de nombreuses restrictions supplémentaires qui ne sont pas justifiées scientifiquement", estime-t-il.

Qu'en est-il des cas de "guérison" ?

Les réseaux sociaux regorgent de témoignages de personnes affirmant avoir été guéries grâce à ce régime.

Pour le Dr Adahchour, ces affirmations doivent être interprétées avec prudence. "On ne peut pas dire aujourd'hui que ce régime guérit des maladies. Nous n'avons ni études ni recul suffisant pour affirmer cela", souligne-t-il.

Le spécialiste évoque plusieurs facteurs susceptibles d'expliquer les améliorations rapportées : disparition temporaire de certains symptômes digestifs, suppression des aliments ultra-transformés, perte de poids éventuelle, mais également effet placebo.

"L'effet placebo est un phénomène bien connu en médecine. Lorsqu'une personne est convaincue qu'une méthode va l'aider, elle peut ressentir une amélioration réelle de certains symptômes, même en l'absence d'un effet thérapeutique démontré", explique-t-il.

Le médecin affirme par ailleurs avoir reçu dans son cabinet plusieurs patients ayant abandonné ce régime après quelques mois. "J'ai vu des personnes revenir avec une prise de poids, une résistance à l'insuline ou encore le retour des symptômes qu'elles pensaient avoir éliminés", rapporte-t-il.

Pour le Dr Adahchour, les bénéfices potentiels observés chez certains adeptes ne suffisent pas à compenser les risques liés à une exclusion prolongée de nombreux aliments. "La nutrition ne repose pas sur des solutions universelles. Il n'existe pas un seul régime capable de convenir aux huit milliards d'êtres humains. Toute démarche nutritionnelle doit être adaptée à l'état de santé, aux besoins et au profil de chaque personne", conclut-il.

Alors que le "Nidam Tayyibat" continue de séduire un nombre croissant d'adeptes, le spécialiste appelle à privilégier les recommandations fondées sur des preuves scientifiques et à consulter un professionnel de santé avant d'entreprendre un changement alimentaire majeur.

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Le 13 juin 2026 à 12h00

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