Le revirement tempéré de De Mistura : un tournant décisif pour Rabat, un coup fatal pour Alger
Les jours de frustrations se suivent et se ressemblent désormais pour la diplomatie algérienne. Alors que celle-ci s’attelle certainement à se remobiliser pour tenir tête à un Maroc de plus en plus confiant et efficace sur la scène régionale et mondiale, elle n’aura finalement pas eu le temps qu’il lui fallait pour se remettre du choc et de la défaite hautement stratégique que lui a infligée la toute dernière visite états-unienne du chef de la diplomatie marocaine.
Profitant de cette visite du ministre Nasser Bourita, son homologue américain, Marco Rubio, a ajouté du sel à la blessure béante d’une Algérie en perte de vitesse et d’influence sur la question du Sahara. Rubio a en effet réaffirmé le soutien sans équivoque de l’Amérique à la souveraineté du Maroc sur le Sahara.
Et, comme si cela n’était pas assez alarmant et confondant pour la diplomatie algérienne, le dernier briefing du Conseil de sécurité de l’ONU sur la situation au Sahara est venu lui asséner un coup encore plus dur, potentiellement fatal. Prenant la parole pendant ce briefing, qui a eu lieu lundi de la semaine dernière, Staffan de Mistura, l’Envoyé personnel du Secrétaire général de l’ONU pour le Sahara, a conclu son évaluation de la situation du conflit du Sahara par une suggestion qui a eu l’effet d’un séisme géopolitique dans les cercles épris de séparatisme et de tiers-mondisme fossoyeurs dans l’épineux dossier du Sahara.
En octobre dernier à peine, de Mistura disait être convaincu que la partition des provinces du sud marocain constituait une piste de solution fiable au conflit territorial entre le Maroc et les séparatistes soutenus par le régime algérien. Six mois plus tard, l’envoyé de l’ONU dit avoir finalement compris que, en vue du contexte historique et sociopolitique, la partition est impossible et illusoire dans le cas du Sahara. Selon lui, le plan d’autonomie du Maroc demeure la seule voie viable vers une résolution durable et politiquement réaliste de ce conflit.
Il ne resterait plus qu’à demander officiellement au Maroc de clarifier ce qu’il entend par "large autonomie" et comment il compte concrètement mettre en place les bases d’une telle démarche de résolution de cette complexe dispute territoriale. En ce sens, si la rencontre du secrétaire Rubio avec Bourita, suivie de la réaffirmation du soutien américain à l’intégrité territoriale marocaine, a pris de court plus d’un, surtout ceux qui se font encore l’illusion d’un référendum d’autodétermination au sud du Maroc, la déclaration de Mistura est l’équivalent de ce coup de tonnerre politique qui aura brutalement ramené à la réalité tous ceux qui, au rebours de toutes les résolutions adoptées par le Conseil de sécurité depuis 2007, rêvent encore d’un séparatisme impossible.
Car au fond, ces derniers propos de l’envoyé de l’ONU ont confirmé de manière éclatante ce que nombre d’observateurs aguerris du dossier du Sahara n’avaient cessé de répéter. À savoir que le plan marocain est la seule piste pouvant mener vers une solution durable et réaliste. Et depuis que le Maroc a soumis ce plan au Conseil de sécurité en 2007, celui-ci a été salué par l’écrasante majorité de la communauté internationale —y compris par l’essentiel des membres influents de l’ONU. Selon eux, la proposition marocaine demeure la plus crédible et la plus pragmatique des voies à suivre pour clore l’affaire du Sahara. Ce faisant, malgré les pressions immenses et les vents géopolitiques contraires auxquels le Maroc a dû faire face dans les premières années du conflit, la position du Royaume s’impose désormais dans l’imaginaire politique et diplomatique prévalant quant au présent et à l’avenir du Sahara.
L’ère post-2007 a consacré la position marocaine sur le Sahara
En un sens, tous ces récents développements hautement structurants confirment ce que je n’ai cessé de soutenir depuis plus d’une décennie : l’avis consultatif de la CIJ de 1975 sur le Sahara n’est plus une référence pertinente pour parvenir à un règlement final du différend territorial. Et contrairement aux interprétations biaisées qui prévalent encore dans certains cercles gauchistes ou militants, toutes les résolutions onusiennes adoptées au cours des deux dernières décennies ont, de fait, consacré le plan marocain en mettant l’accent sur la nécessité du compromis et du pragmatisme diplomatique. Il faut vivre dans un univers parallèle pour considérer, comme certains sympathisants de la cause séparatiste, que tout ceci ne constitue pas un rejet cinglant de l’approche du "tout ou rien" du polisario et de son parrain algérien.
Or, et comme toujours d’ailleurs, l’Algérie n’a visiblement aucune envie de reconnaître la prégnance de cette dynamique en adoptant une posture constructive. Pour le dire autrement, alors même qu'elle se trouve dos au mur et sans issue favorable, Alger s’entête à ne surtout pas négocier une solution gagnant-gagnant avec le Maroc. Mais au fur et à mesure que les développements diplomatiques pro-marocains deviennent une bourrasque irrésistible, on verra dans les mois et années à venir jusqu’où s’étend l’entêtement du régime algérien à ne pas fléchir.
De Rabat, la vue et l’attente sont désormais relaxantes sans prêter à un quelconque relâchement. Même si elles ne s’élèvent pas par-dessus le protocole diplomatique de retenue et de modération en vigueur à Rabat, des voix officielles se font entendre officieusement pour souligner que les revers successifs que connaît l’inflexibilité algérienne dans ce dossier sont une récolte de la tempête pour un régime qui n’aura semé que du vent pendant des décennies.
Bien souvent, l’entêtement est aveugle, soit par omission, soit par choix. Dans le très dynamique dossier du Sahara, où les percées diplomatiques du Maroc n’ont fait que se creuser davantage depuis la reconnaissance américaine de décembre 2020, l’Algérie a essentiellement choisi de faire l’autruche, de fermer les yeux et les oreilles sur l’implacable réalité de l’irréversibilité du momentum croissant que connaît la position marocaine. Alger a surtout choisi d’ignorer ou de balayer d’un revers de la main la reconnaissance américaine sous la première administration Trump.
Or, la nouvelle série de développements favorables au Maroc —en particulier les déclarations de Rubio et de de Mistura— n’aurait jamais été possible sans cette reconnaissance historique. Bien que certains analystes aient initialement donné raison au dédain algérien en minimisant la portée de cette reconnaissance, j’étais parmi les rares à affirmer avec certitude que ce tournant allait profondément bouleverser le débat international et donner aux revendications historiques et juridiques du Maroc une centralité et un attrait diplomatique qu’elles n’avaient pas.
Cette intuition s’est révélée juste lorsque l’Espagne, dont le gouvernement avait d’abord timidement critiqué la reconnaissance américaine, a fini par embrasser la dynamique marocaine en déclarant officiellement que le plan d’autonomie du Maroc constituait la seule base crédible pour les négociations sur le statut final du Sahara. Il convient par ailleurs de souligner que, d’un point de vue stratégique, ce revirement espagnol revêtait une portée légèrement plus significative que l’adhésion initiale de l’administration Trump à l’intégrité territoriale du Maroc. Intervenu en mars 2022, soit après une profonde crise diplomatique qui aura duré plus d’un an entre Madrid et Rabat, ce revirement espagnol a envoyé un message fort sur le plan politique et symbolique.
Consciente que le Maroc s’assume désormais sans complexe comme une puissance moyenne régionale, la diplomatie espagnole n’a eu d’autre choix que de reconnaître à contrecœur que Madrid ne pouvait plus dicter seule les règles d’une relation devenue hautement stratégique et multidimensionnelle avec Rabat. Ainsi, l’adhésion de l’Espagne au plan d’autonomie marocain était porteuse d’un message clair : les partenaires européens du Maroc ne peuvent plus imposer de façon unilatérale le ton et les termes de leurs relations avec Rabat.
Bien que le soutien de l’Espagne à la position marocaine ne soit pas allé jusqu’à une reconnaissance formelle de la souveraineté du Maroc sur le Sahara, le fait que l’ancienne puissance colonisatrice de ce territoire se soit alignée sur la position marocaine a porté un coup majeur —voire fatal— à la fois au polisario et aux ambitions séparatistes plus larges de l’Algérie.
Un rôle historique de l’Espagne dans la perpétuation du conflit
Comme je l’explique dans mon dernier ouvrage sur ce conflit —et comme je l’approfondirai dans un autre livre à paraître cet été—, la persistance du différend après la Marche Verte de 1975 est largement imputable à la complicité de l’Espagne avec l’Algérie. En revenant sur les Accords de Madrid qu’elle avait signés avec le Maroc et la Mauritanie le 14 novembre 1975, et en finissant par traiter le polisario comme "représentant légitime du peuple sahraoui", l’Espagne a offert à l’Algérie l’opportunité d’étendre son influence diplomatique et de consolider un soutien international considérable à son projet séparatiste dans le sud du Maroc.
Le gouvernement d’Adolfo Suárez a joué un rôle particulièrement déterminant dans cette dynamique. Sous sa direction, l’adoption par l’Espagne d’une position clairement pro-algérienne a aussitôt entraîné une flambée du nombre de pays reconnaissant la prétendue république proclamée par l’Algérie dans les camps de Tindouf en février 1976.
Si le soutien du gouvernement espagnol offrait une couverture politique à la stratégie algérienne, ce sont surtout les milieux académiques, intellectuels et médiatiques espagnols qui ont élaboré et diffusé l’idéologie fondatrice du discours séparatiste. Ainsi, des individus n’ayant aucun lien historique ou familial avec la région du sud marocain ont été érigés en porte-parole légitimes d’une prétendue résistance contre un État marocain présenté comme "réactionnaire" et "expansionniste".
Parallèlement, l’Algérie —malgré ses ambitions régionales politiquement et économiquement motivées— a été idéalisée comme une championne désintéressée de la lutte anticoloniale dans le sud du Maroc. Cette représentation biaisée a, pendant des décennies, empêchée tout examen critique des motivations géopolitiques d’Alger. Pendant ce temps, le Maroc faisait face à une pression diplomatique, politique et idéologique intense. Des figures de la gauche occidentale et du tiers-mondisme globaliste ont ainsi contribué à diaboliser le Maroc en présentant ses efforts destinés à récupérer ses provinces du sud comme une entreprise coloniale.
L’agenda et la stratégie d’Alger à découvert
Mais aujourd’hui, à l’heure où le Maroc s’impose comme une puissance régionale incontournable dans un ordre mondial en pleine mutation, le vernis de légitimité qui protégeait jusque-là le discours moralisateur de l’Algérie commence à s’effriter. De plus en plus de pays réalisent que s’aligner sur le Maroc sert non seulement leurs intérêts stratégiques, mais permet aussi de corriger une injustice historique.
Dans cette perspective, on peut affirmer que la convergence des positions américaines, espagnoles, et désormais françaises, a porté un coup décisif au projet séparatiste algérien dans le sud du Maroc. Le récent revirement de la France, en particulier, est porteur d’une forte charge symbolique. Non seulement Paris a clairement exprimé son soutien à la souveraineté marocaine sur le Sahara, mais elle s’est aussi engagée publiquement à mobiliser la communauté internationale autour du plan marocain d’autonomie.
Dans son briefing de lundi dernier devant le Conseil de sécurité, de Mistura a laissé suggérer que "les trois prochains mois" soient mis à profit "pour vérifier comment un nouvel élan, fondé sur un engagement renouvelé et actif de certains membres de ce Conseil, y compris permanents, peut produire une désescalade régionale et, séparément, relancer une feuille de route vers une résolution du conflit du Sahara". Étant donné le contexte tendu et politiquement chargé dans lequel cette déclaration arrive, elle laisse entendre que la France, aux côtés des États-Unis, a joué un rôle discret mais décisif pour amener l’envoyé onusien à abandonner l’option de la partition et à reconnaître que le plan d’autonomie constitue la seule voie réaliste pour mettre un terme à cette saga diplomaque et cette tragédie politico-sociale qui ont déjà trop duré.
Ce qui rend cette évolution encore plus douloureuse pour l’Algérie, c’est qu’elle intervient au moment où celle-ci siège comme membre non permanent au Conseil de sécurité des Nations Unies. Cela expose non seulement son isolement croissant, mais aussi l’érosion de son influence régionale et internationale. Il ne serait d’ailleurs pas exagéré de penser que la récente montée des tensions entre l’Algérie et la France —survenue quelques jours seulement après des signaux de rapprochement entre Paris et Rabat— n’est pas uniquement due à l’arrestation d’un agent consulaire algérien en France, soupçonné d’implication dans l’assassinat d’un opposant. Il est tout aussi plausible que cette crise bilatérale puise surtout son origine dans la prise de conscience par Alger du lobbying actif de Paris auprès de l’envoyé onusien et des autres membres du Conseil de sécurité en faveur du plan marocain.
La fin des marges de manœuvre stratégiques
L’Algérie se trouve désormais en terrain miné, dans une situation inédite et de plus en plus intenable. Outre son isolement régional croissant —rupture des relations diplomatiques avec le Maroc, tensions avec le Mali, le Niger et le Burkina Faso—, elle est confrontée à un isolement international grandissant. Les grandes puissances exercent une pression constante pour qu’Alger abandonne sa posture obstructionniste et joue enfin un rôle constructif dans la résolution du conflit du Sahara, en s’inscrivant dans la logique de l’autonomie marocaine.
Par le passé —notamment avant décembre 2020—, l’Algérie disposait encore de plusieurs leviers pour freiner la dynamique marocaine autour du plan d’autonomie et empêcher toute avancée significative. Même après la reconnaissance américaine de la souveraineté du Maroc sur le Sahara, la position plus ambivalente de l’administration Biden a offert un sursis à Alger. Cette posture d’équilibriste de Biden, qui consistait à ne pas revenir sur la proclamation de décembre 2020 tout en évitant d’aliéner l’Algérie, a permis aux stratèges et lobbyistes rémunérés par Alger de faire passer l’indécision de Washington pour une preuve que l’élan marocain n’était ni aussi profond ni aussi irréversible que Rabat le prétendait.
D’un autre côté, l’Algérie a longtemps profité de la tiédeur de la France vis-à-vis du plan d’autonomie marocain. Cette historique ambiguïté française a contribué à renforcer le sentiment de confort d’Alger, surtout durant une période où le soutien américain à Rabat était encore mesuré. Certes, avant la reconnaissance explicite par les États-Unis de la souveraineté marocaine, Paris affirmait, depuis 2007, que l’initiative d’autonomie constituait "une base pour une solution juste et mutuellement acceptable". Toutefois, comme je l’avais noté dans un article antérieur, en l’absence de toute percée diplomatique considérable du Maroc à l’époque, cette position française restait largement symbolique, sans réel coût diplomatique vis-à-vis d’Alger. En qualifiant le plan marocain de "base" et non de "la seule base viable", Paris cherchait à ménager les deux camps : un soutien implicite à Rabat, tout en maintenant un signal rassurant à Alger.
Il aura fallu plus de deux années de tensions diplomatiques continues —discrètes mais inédites— pour que le Maroc pousse la France à dépasser cette posture sans engagement et à reconnaître clairement la souveraineté marocaine sur le Sahara.
La Russie, un levier stratégique en perte d’efficacité
Au-delà de la France, la Russie a longtemps constitué l’un des principaux leviers diplomatiques de l’Algérie, notamment au sein du Conseil de sécurité des Nations Unies. Bien que Moscou ait entretenu des relations cordiales avec Rabat, sa coopération militaire et commerciale de longue date avec Alger — encore aujourd’hui l’un des plus grands clients de l’industrie de défense russe — a longtemps conduit la Russie à freiner toute convergence internationale autour du plan d’autonomie marocain.
Depuis 2016, la Russie s’est systématiquement abstenue lors des votes sur les résolutions onusiennes concernant le Sahara. Ce positionnement visait à rassurer Alger : Moscou ne soutiendrait pas les efforts menés par Washington en faveur d’un règlement final. Rabat ne voit pas cette abstention comme l’expression d’une hostilité russe à son intégrité territoriale, d’autant plus que la Russie n’a jamais bloqué les résolutions consacrant les acquis diplomatiques marocains. Mais pour Alger, elle représentait une certaine bouée de sauvetage face à la pression internationale.
Un isolement stratégique sans précédent
Aujourd’hui, l’Algérie se retrouve dans une situation inédite, privée des cartes stratégiques qu’elle utilisait jadis pour se dérober à ses responsabilités tout en influençant l’équilibre régional. La carte française du régime algérien est désormais caduque. La réaction épidermique de la classe dirigeante algérienne à la reconnaissance par Paris de la souveraineté marocaine témoigne de la conscience aiguë d’Alger que ce tournant français —à l’instar des prises de position américaines et espagnoles— bouleversera fondamentalement les équilibres diplomatiques.
La mémoire coloniale douloureuse entre la France et l’Algérie, laquelle a historiquement incité plusieurs générations de leaders français à faire preuve d’extrême prudence pour ménager Alger, constituait l’atout majeur de la diplomatie algérienne. Mais plus important encore, la France, en tant qu’ancienne puissance coloniale à la fois au Maroc et en Algérie, est aussi celle qui, avec l’Espagne, a orchestré le démembrement territorial du Maroc. De ce fait, Alger sait que si les archives coloniales françaises venaient à être déclassifiées, elles pourraient donner une légitimité historique sans précédent aux revendications marocaines sur le Sahara.
Et comme si cette alternative très alarmante ne suffisait pas pour la défaite annoncée des manœuvres algériennes au Sahara, le levier russe sur lequel s’est longtemps appuyée la stratégie algérienne pourrait également perdre de sa valeur. En effet, et comme je l’ai écrit dans un article précédent, devant les signes très probants d’un retour de Donald Trump à la présidence des États-Unis, l’Algérie a signé un contrat de lobbying avec BGR Group, un cabinet américain notoirement proche du lobby pro-israélien. Cette manœuvre visait clairement à obtenir un accès privilégié aux cercles proches de Trump et à contrecarrer les efforts du Maroc pour consolider la reconnaissance de 2020 par une seconde administration républicaine.
À Alger, l'establishment politico-militaire est parfaitement conscient de l’imprévisibilité de Trump. L’Algérie sait donc que plusieurs membres influents de l’entourage du président américain —notamment Ivanka Trump et Jared Kushner— soutiennent la souveraineté marocaine sur le Sahara. De même, Marco Rubio, aujourd’hui secrétaire d’État et acteur central de l’univers politique trumpien, est notoirement peu favorable à l’Algérie.
Alger se retrouve donc face à un dilemme : continuer à s’appuyer ouvertement sur la Russie, au risque de s’aliéner Trump et les républicains ; ou tenter de jouer la carte russe discrètement, au risque que celle-ci perde toute efficacité. Les récentes tentatives d’ouverture vers le camp Trump —dont la signature d’un protocole d’accord avec le Département de la Défense américain pour l’achat d’armement— pourraient déjà avoir détérioré la relation d’Alger avec Moscou.
Du côté russe, l’Algérie ne semble plus être un partenaire stratégique fiable, notamment en Afrique. Dans le Sahel, la relation bilatérale a été affaiblie par des divergences géopolitiques croissantes. Tandis que Moscou soutient activement les régimes militaires du Mali, du Niger et du Burkina Faso, ces derniers se montrent réticents, voire hostiles, aux ambitions régionales algériennes et cherchent à limiter son influence.
Et surtout, dans le contexte de la guerre en Ukraine et de la volonté affichée de Vladimir Poutine de parvenir à un accord diplomatique pour sécuriser les acquis territoriaux russes, l’Algérie pourrait être sacrifiée sur l’autel du réalisme géopolitique. Si un compromis global avec Washington s’avère nécessaire pour mettre fin au conflit selon les conditions souhaitées par Moscou, la Russie pourrait bien reléguer sa relation avec Alger au second plan.
Vers un virage générationnel au Maroc ?
Depuis plusieurs années, le roi Mohammed VI ne cesse d’inviter l’Algérie à tourner la page des antagonismes inutiles, en appelant à un règlement fondé sur le respect mutuel et la coopération. Pourtant, au lieu de répondre à ces appels, Alger a préféré envenimer la relation avec Rabat, laquelle a désormais atteint un niveau de tension sans précédent.
Ce rejet obstiné de la main tendue marocaine a fini par convaincre une nouvelle génération d’experts et d’observateurs marocains, dont je fais partie, que la stratégie de retenue suivie par le royaume depuis les années 1950 —à l’époque même où il soutenait activement l’indépendance algérienne— est désormais dépassée, voire contre-productive.
Pour ces Marocains, le temps de la patience et de la bienveillance diplomatique est révolu. Surtout que les vents géopolitiques soufflent aujourd’hui contre Alger. Les cartes dont le régime algérien usait jadis pour soutenir les rêves séparatistes du Polisario s’effondrent les unes après les autres. Une nouvelle voix s’élève, appelant le Roi Mohammed VI et le gouvernement à adopter une posture plus affirmée et à porter un coup fatal aux ambitions hégémoniques de l’Algérie dans le sud marocain. Au fond, cette voix soutient énergiquement que si Rabat venait à se décider d’abandonner l’idéal noble mais peu réaliste d’un Maghreb uni pour adopter une diplomatie de confrontation face à l’entêtement algérien, Alger ne pourrait s’en prendre qu’à elle-même.
Reste maintenant à savoir si, plutôt que de rester fidèle à son éthique de bon voisinage et de pan-Maghrébisme avec une Algérie encore déterminée à créer un nouvel État dans le sud marocain, Rabat fera montre de la froideur et de l’impitoyabilité qu’il faut pour asséner le coup de grâce à Alger.
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