Plaidoyer pour une diplomatie marocaine plus offensive à Washington
Le ministre marocain des Affaires étrangères, Nasser Bourita, a récemment effectué à Washington, D.C. une visite surprise au cours de laquelle il a rencontré le secrétaire d'État américain Marco Rubio et le conseiller à la sécurité nationale Mike Waltz, ainsi que certains membres des deux chambres du Congrès. Le timing de cette visite revêtait une importance particulière pour deux raisons principales —l'une due au contexte international et l'autre aux dynamiques régionales.
Le retour du président Trump à la Maison-Blanche et la série de décisions disruptives prises par son administration ont déclenché des réalignements géostratégiques majeurs sur la scène mondiale. Parmi ces décisions historiques, la plus récente et peut-être la plus explosive est l'imposition de tarifs douaniers à plusieurs pays, dont le Maroc.
Parallèlement, les régions du Maghreb et du Sahel connaissent une instabilité sans précédent. La plupart des observateurs et analystes chevronnés attribuent largement les crises persistantes dans ces deux régions à l’insolubilité des conflits de longue date —en particulier ceux impliquant l'Algérie et ses voisins.
Depuis six décennies, les gouvernements algériens successifs ont poursuivi sans relâche une politique étrangère régionale conflictuelle. Cette attitude belliqueuse et cette projection hégémonique algériennes ont été historiquement marquées par une hostilité profonde envers le Maroc. Plus récemment, cependant, elles se sont également caractérisées par une attitude tout aussi méprisante envers le Mali, le Niger et le Burkina Faso.
Prendre une longueur d'avance
Dans un tel contexte régional tendu et éminemment fragile, et conformément à l'approche proactive du Maroc en matière de relations étrangères, il était tout à fait naturel que le ministre Bourita effectue cette visite aux États-Unis.
Prompt à se mettre dans le sens de toutes ces récentes disruptions régionales et internationales, le Maroc entend se positionner clairement auprès de la nouvelle administration américaine et à capitaliser sur la dynamique générée par la reconnaissance par le président Trump de la souveraineté marocaine sur les provinces du Sud.
Le timing de la visite — juste une semaine avant la réunion anticipée du Conseil de sécurité de l'ONU pour discuter du rapport de la mission onusienne au Sahara — indique l'intention du Maroc d'encourager Washington à utiliser son influence de membre permanent de cet important Conseil et de première puissance mondiale en faveur de l’intégrité territoriale marocaine.
Ayant réussi ces dernières années à exposer l'Algérie comme le principal architecte de ce conflit territorial qui n’a que trop duré, l'ultime objectif stratégique du Maroc semble désormais être d’amener l'ONU à accélérer les efforts en vue d'une solution durable. Pour Rabat, le meilleur moyen de parvenir à cette fin est de faire pression sur l'Algérie pour qu'elle s'engage directement dans le processus politique parrainé par l'ONU.
La déclaration du secrétaire d'État Marco Rubio à la suite de sa rencontre avec Bourita a été déterminante à cet égard. Elle a dissipé les doutes quant à la position de la deuxième administration Trump, rassurant surtout le Maroc de l'engagement continu de Washington envers sa reconnaissance de la souveraineté marocaine sur le Sahara. Cela a envoyé un message clair à qui de droit : la reconnaissance de la souveraineté du Maroc sur le Sahara est devenue un pilier fondamental de la politique étrangère américaine dans ce différend régional.
De plus, la réaffirmation de l'engagement de Washington à préserver l'intégrité territoriale du Maroc représente un revers majeur pour l'Algérie. En un sens, c'est un signal direct que les États-Unis sont disposés à réactiver le processus onusien au point mort et à progresser vers une solution finale du conflit du Sahara conforme au plan d'autonomie du Maroc.
Cette réitération par le secrétaire Rubio de la position pro-marocaine des États-Unis a ainsi porté un coup sévère aux espoirs de l'Algérie de relancer son agenda visant à partager le territoire entre le Maroc et le polisario.
Une réaction rapide et désespérée
Pendant ce temps, la réaction de l'Algérie à l'engagement renouvelé de l'Amérique en faveur de l'intégrité territoriale du Maroc a été, comme d'habitude, rapide et désespérée. Juste un jour après la visite de Bourita à Washington, le ministère algérien des Affaires étrangères a publié un communiqué qui trahit le sentiment de frustration et d'amertume de la diplomatie algérienne, qui observe, impuissante, le Maroc s'engager de manière proactive avec la nouvelle administration américaine et plaider pour un soutien diplomatique et politique américain accru en vue de mettre fin au différend du Sahara. Après que la première administration Trump a officiellement exprimé son soutien à la souveraineté du Maroc sur le Sahara, le gouvernement algérien s’est empressé de le rejeter et de minimiser sa portée politique.
Pour l’Algérie et son armée de lobbyistes rémunérés et de défenseurs idéologiques à Washington, la proclamation de décembre 2020 n’était donc rien d’autre qu’un vœu impulsif émis par une présidence en fin de mandat, dont l’héritage diplomatique serait bientôt effacé ou balayé par l’arrivée imminente de l’administration Biden. Bien que ses nombreuses campagnes de lobbying aient échoué à convaincre la Maison Blanche de revenir sur les acquis des relations américano-marocaines, Alger est restée enfermée dans un déni désespérément obstiné de la décision historique de l’administration Trump concernant le Sahara.
Mais avec le retour de Trump à la Maison Blanche et la récente visite historique de Nasser Bourita à Washington, il devient de plus en plus difficile pour la diplomatie algérienne de continuer à ignorer les faits qui s’imposent sur le terrain, ou de les minimiser comme insignifiants ou sans portée. En ce sens, les derniers développements ont porté un coup en même temps symbolique et stratégique au narratif algérien, dans ce qui s’annonce comme une course acharnée où chaque protagoniste cherche à influencer, à son avantage, l’évolution de la diplomatie autour de ce dossier.
Il serait prématuré et imprudent de penser qu’une solution durable est à portée de main
Pour autant, le Maroc doit se garder de tout triomphalisme ou excès de confiance. En d’autres termes, on devrait garder à l’esprit que, malgré l’élan remarquable qu’a connu le Plan d’autonomie lors des deux dernières décennies, il serait prématuré et imprudent de penser qu’aucune solution durable est à portée de main. Il est vrai que, depuis 2017, le Maroc a enregistré une série de percées diplomatiques majeures qui ont modifié l’équilibre régional en sa faveur, tout en contribuant à l’isolement croissant de l’Algérie sur les plans régional et international.
Comme je l’ai souligné dans mon dernier ouvrage, le Maroc a réalisé une véritable "remontada diplomatique", marquée par un consensus grandissant autour de son plan d’autonomie et son retour triomphal au sein de l’Union africaine en janvier 2017. Ce leadership continental affirmé a permis d’effacer les acquis que l’Algérie avait cumulés au fil des décennies, anéantissant ses derniers espoirs de créer un État satellite dans les provinces du Sud marocain.
Néanmoins, toute stratégie à l’égard de la nouvelle administration Trump doit intégrer une réalité fondamentale : son second mandat diffère profondément du premier. Lors de son premier passage à la Maison Blanche, Trump s’était entouré de figures chevronnées issues de la politique, de l’armée et du secteur privé, dont certaines n’hésitaient pas à contester publiquement ses positions en matière de politique étrangère.
Aujourd’hui, son administration est dominée par des profils dont le principal dénominateur commun est une loyauté sans faille au président et une volonté claire de mettre en œuvre son programme sans remise en question. Entouré d’un cercle restreint et entièrement dévoué à sa vision du monde, Trump reste l’unique décideur, tant en matière de politique intérieure que de politique étrangère.
L’Algérie a signé en octobre 2024 un contrat de lobbying avec le cabinet BGR Group, réputé pour ses liens étroits avec le Parti républicain et les cercles pro-israéliens à Washington
Dans ce contexte, il est impératif que le Maroc parvienne à établir un canal de communication fluide, direct et constant avec les plus proches collaborateurs du président et certains membres de sa famille. Cette proximité sera cruciale pour préserver le soutien américain à la position du Maroc sur le Sahara et faire face aux nouvelles tentatives algériennes de miner ce soutien et d’inverser la dynamique favorable que le Maroc a construite depuis vingt ans.
Dans l’anticipation du retour de Trump au pouvoir, l’Algérie a signé en octobre 2024 un contrat de lobbying avec le cabinet BGR Group, réputé pour ses liens étroits avec le Parti républicain et les cercles pro-israéliens à Washington. L’ancien Premier ministre israélien Ehud Barak, par exemple, figure parmi les conseillers les plus influents de ce cabinet.
Par ailleurs, en janvier 2025, Alger a conclu un mémorandum d’entente avec le Département d’État américain. Cet accord est censé permettre à l’Algérie, entre autres choses, d’acquérir des armes fabriquées aux États-Unis —un revirement significatif après plus de soixante ans de dépendance vis-à-vis des fournisseurs russes.
Autre indicateur de cette offensive diplomatique algérienne : l’ambassadeur d’Algérie à Washington, Sabri Boukadoum, a intensifié ses activités médiatiques, organisant deux conférences de presse en l’espace de deux mois, toutes deux soutenues et coordonnées par le groupe BGR.
Si cette frénésie diplomatique indique quelque chose, c’est le fait que l’Algérie est prête à tout —y compris à sacrifier des positions historiques ou à s’aligner sur des courants qu’elle rejetait autrefois — pour empêcher le Maroc de réaliser des avancées décisives dans le dossier du Sahara.
Ayant bien compris que Donald Trump envisage la politique à travers le prisme de l’intérêt, des transactions et une logique d’affaires, Alger a lancé une campagne ciblée à Washington visant à renforcer ses liens avec le président et son entourage. Son objectif est clair : gagner les faveurs de Trump, le dissuader de toute nouvelle initiative favorable au Maroc et empêcher ainsi Rabat de capitaliser davantage sur la dynamique enclenchée depuis la reconnaissance américaine de 2020.
L’Algérie sait pertinemment que le Maroc comptait sur le retour de Trump pour obtenir de nouveaux acquis significatifs, comparables à ceux qu’il a obtenus récemment avec la France : l’ouverture d’un consulat américain au Sahara, l’encouragement d’investissements de grandes entreprises américaines dans la région, et des visites de hauts responsables américains dans les provinces du Sud.
Étant donné l’improbabilité de convaincre le président Trump de revenir sur sa reconnaissance de la souveraineté marocaine sur le Sahara, l’Algérie semble désormais concentrer ses efforts sur la limitation des effets concrets de la proclamation de décembre 2020 en faveur de la marocanité du Sahara. Plus précisément, Alger tente de persuader l’administration américaine de ne pas ouvrir de consulat dans les provinces du Sud, d’éviter d’exercer une pression accrue au sein du Conseil de sécurité des Nations Unies pour engager l’Algérie dans le processus politique onusien, et de contrer toute initiative marocaine visant à faire classer le polisario comme organisation terroriste.
Tirer parti des atouts stratégiques du Maroc
Pour préserver les acquis diplomatiques enregistrés au cours de la dernière décennie et engranger de nouveaux gains dans les quatre années à venir, le Maroc devrait adopter une lecture réaliste et pragmatique de ses atouts stratégiques – ceux-là mêmes qui peuvent faire pencher la balance en sa faveur. La première étape consiste à reconnaître que certains éléments de langage traditionnellement utilisés –comme rappeler que le Maroc fut le premier pays à reconnaître l’indépendance des États-Unis– ont aujourd’hui peu d’impact dans le climat politique américain actuel.
Ce qui renforcera véritablement la position du Maroc à Washington, ce ne sont plus les références historiques ou les discours protocolaires, mais des propositions tangibles : avantages économiques, partenariats stratégiques et incitations concrètes susceptibles de motiver l’administration américaine à consolider et approfondir son appui aux positions marocaines.
Et force est de constater que, de ce point de vue, le Maroc dispose déjà d’atouts géostratégiques de premier plan. Non seulement ces leviers peuvent contribuer à maintenir le soutien des États-Unis à sa souveraineté sur le Sahara, mais ils peuvent aussi encourager Washington à adopter des positions encore plus affirmées, susceptibles d’accélérer la résolution définitive du conflit.
Parmi ces atouts, les ressources naturelles stratégiques du Maroc – notamment les terres rares et les minéraux critiques – occupent une place centrale. Ces matériaux sont devenus, et deviendront davantage, le cœur battant de l’économie mondiale et, potentiellement, une source de rivalités régionales voire globales. Phosphate, cobalt, manganèse, cuivre, nickel, lithium, argent : le Maroc possède d’importantes réserves de ces éléments cruciaux pour les industries de haute technologie. Le pays recèle également des terres rares essentielles au développement de technologies militaires avancées.
À titre d’exemple, un composant issu du phosphate entre dans la fabrication des batteries au lithium, utilisées dans les téléphones portables, les ordinateurs, les véhicules électriques et d’autres produits technologiques. Il en va de même pour le cobalt, dont le Maroc est également l’un des principaux producteurs africains.
L’un des objectifs stratégiques majeurs de Donald Trump –à court, moyen et long termes –est de réduire la dépendance des États-Unis à l’égard de la Chine en matière de technologies et de chaînes d’approvisionnement critiques. Aujourd’hui, plus de 80 % des besoins américains en terres rares sont couverts par la Chine. Dans le contexte d’une rivalité sino-américaine intense, l’administration Trump est résolue à diversifier ses sources d’approvisionnement dans ce secteur vital.
Les déclarations répétées de Donald Trump sur son souhait d’acquérir le Groenland n’étaient donc ni anodines ni une coïncidence : elles répondaient à la nécessité stratégique de garantir aux États-Unis un accès sans entraves à des réserves alternatives de terres rares. C’est la même logique qui sous-tend son intérêt pour une résolution rapide de la guerre en Ukraine : l’objectif étant d’obtenir un accord avec Kiev pour exploiter les importantes ressources minières du pays.
Derrière ce qui peut parfois sembler être une diplomatie impulsive se trouve une stratégie claire : le cercle du président Trump a réalisé que, tant que les États-Unis dépendent des terres rares chinoises, ils ne pourront ni maintenir leur leadership technologique ni contenir l’ascension de Pékin.
C’est précisément dans ce contexte géopolitique mondial que le Maroc peut saisir une opportunité unique : se positionner comme un acteur incontournable dans les chaînes d’approvisionnement mondiales en terres rares et comme un partenaire fiable pour les États-Unis. Cela suppose bien entendu une stratégie active et ciblée, adaptée à la lecture transactionnelle de la diplomatie portée par l’entourage actuel du président Trump.
Le Maroc dispose, à cet égard, de plusieurs cartes majeures : la solidité institutionnelle de ses relations avec les États-Unis, l’alignement des deux pays sur une large gamme de dossiers internationaux, son statut de seul pays africain ayant conclu un accord de libre-échange avec Washington et son intégration croissante dans les chaînes d’approvisionnement globales. Tous ces éléments sont des leviers puissants qu’il pourrait activer pour séduire une administration américaine profondément guidée par l’intérêt et le rendement immédiat.
S’il parvient à jouer ses cartes avec habileté, le Maroc ne se contentera pas de consolider son partenariat stratégique avec les États-Unis : il renforcera aussi son influence régionale et sa stature internationale.
Compte tenu de la vision très personnalisée que le président Trump a de l’exercice du pouvoir — marquée notamment par sa préférence pour les annonces spectaculaires valorisant ses "réussites" économiques, et par son image de président négociateur concluant des accords majeurs — le Maroc gagnerait à s’inspirer de certains pays arabes qui se sont empressés de déclarer publiquement leur intention d’investir massivement dans l’économie américaine.
Comme l’a récemment souligné Ravi Agrawal, rédacteur en chef du magazine Foreign Policy, ce qui importe réellement pour Trump, c’est d’être perçu comme un gagnant, même lorsqu’il ne l’est pas. Dans cet esprit, le Maroc devrait envisager de conclure des accords commerciaux d’envergure avec des entreprises américaines dans le domaine de l’exploration des terres rares et d’annoncer publiquement un calendrier précis pour le début de leur exploitation.
Repenser la diplomatie publique et la stratégie médiatique
Et comme je n’ai cessé de le souligner ici et dans bien d’autres analyses récentes, la diplomatie marocaine a incontestablement accompli des percées remarquables au cours des deux dernières décennies, en particulier depuis le retour du Royaume au sein de l’Union africaine en 2017. Mais malgré cette dynamique continue, une carence critique persiste : l’influence limitée du Maroc dans le champ de la diplomatie publique et de la visibilité médiatique, notamment à Washington, qui demeure malgré tout le premier centre décisionnel mondial.
Il serait injuste de minimiser les immenses efforts que la diplomatie marocaine a déployés, à tous les niveaux, pour obtenir les acquis majeurs enregistrés ces dernières années. Je peux personnellement — et objectivement — témoigner du travail exceptionnel des diplomates marocains aux Nations Unies durant mon passage dans cette institution. Je les y ai vus, à maintes reprises, faire preuve d’un dévouement exemplaire, d’un grand professionnalisme et d’un engagement admirable dans l’accomplissement de leurs missions, malgré les nombreux défis rencontrés.
Ce que j’ai observé à New York s’applique également à Washington, où le Maroc a enregistré des avancées diplomatiques notables ces dernières années. Sous la houlette de Nasser Bourita, la diplomatie marocaine a, en effet, connu certaines des percées les plus importantes et les plus stratégiques de son histoire récente.
Il n’est pas exagéré d’affirmer que, compte tenu de ce qui a été accompli sous sa conduite — du leadership continental grandissant du Maroc, à la reconnaissance claire de sa souveraineté sur le Sahara par les États-Unis, la France et l’Espagne, en passant par l’ouverture de consulats dans les provinces du Sud —Bourita est déjà entré dans l’histoire comme étant l’un des meilleurs diplomates de l’histoire diplomatique marocaine contemporaine.
Cependant, tous ces récents succès de la diplomatie marocaine ne doivent pas occulter les carences persistantes dans la manière dont Rabat interagit encore avec les parties prenantes extérieures. La diplomatie publique — en particulier dans les domaines de l’échange culturel, de la coopération académique et de la participation aux travaux des think tanks et centres de recherche américains —demeure l’un des maillons faibles de la présence diplomatique marocaine à Washington.
Il est impossible de tisser des relations solides et durables avec les acteurs clés des cercles politique, médiatique et universitaire américains lorsque persiste au sein de la communauté diplomatique et intellectuelle la perception que certains diplomates marocains adoptent encore une approche dépassée, voire déconnectée, de l’action diplomatique contemporaine.
Ceci dit, il faut reconnaître à leur juste valeur les efforts considérables que déploient les diplomates marocains à Washington pour défendre les intérêts stratégiques du Royaume.
Un sentiment largement partagé au sein de la diaspora marocaine aux États-Unis est que l’ambassadeur Youssef Amrani — tout comme sa prédécesseure, la Princesse Lalla Joumala — est un diplomate chaleureux, bienveillant, profondément engagé pour son pays et un fin connaisseur des enjeux diplomatiques de notre ère. Je le connais personnellement depuis de nombreuses années et je peux témoigner de son dévouement constant et de la qualité du travail qu’il accomplit pour renforcer la présence et la voix du Maroc à Washington.
Néanmoins, une perception demeure largement répandue au sein des cercles diplomatiques, médiatiques et de la recherche américains : la diplomatie marocaine pourrait faire bien davantage en matière de réactivité, de visibilité et d’engagement.
Ces dernières années, de nombreux membres influents de ces cercles m’ont fait part — ainsi qu’à d’autres Marocains basés à Washington travaillant dans les domaines des médias et du conseil politique — de leur étonnement face à la présence limitée du Maroc dans de nombreuses initiatives culturelles et politiques organisées par des institutions américaines.
Je fais ici référence à ce type d’engagements publics, académiques et culturels auxquels la quasi-totalité des pays prend part de manière active, afin de faire avancer leurs récits et leurs intérêts auprès des décideurs et des faiseurs d’opinion américains.
Malgré les avancées diplomatiques impressionnantes du Maroc à Washington ces dernières années, le Royaume ne pourra ni projeter pleinement sa voix ni influencer efficacement les milieux décisionnels s’il reste aussi peu visible dans les espaces universitaires, médiatiques et stratégiques. Cette quasi-invisibilité, qui dure depuis plusieurs décennies, devient d’autant plus préoccupante lorsqu’on considère la nature hautement stratégique de notre cause nationale suprême : la question du Sahara.
Tant que ce différend ne sera pas définitivement tranché, le Maroc ne pourra pas concentrer toutes ses ressources sur la construction d’un avenir plus prometteur pour ses citoyens. De ce fait, il n’existe pas, pour un haut responsable marocain, de mission plus noble, plus stratégique ni plus urgente que celle de contribuer à la résolution de ce dossier.
La réussite dans ce domaine dépend non seulement de l'expertise académique, des compétences interpersonnelles et diplomatiques, mais aussi —et surtout— de la mise à disposition de ressources matérielles adéquates, permettant aux diplomates d’exercer pleinement et efficacement leurs fonctions, avec professionnalisme et impact.
Établir une relation de travail avec une personne influente au sein d’un think tank, d’un bureau du Congrès ou d’un grand média américain nécessite bien souvent plusieurs rencontres, généralement organisées dans des cadres propices aux échanges diplomatiques —tels que des salons privés ou des restaurants— où chaque interaction peut coûter plusieurs centaines de dollars.
Pour un pays comme le Maroc, qui ambitionne de consolider ses liens avec les figures clés de l’écosystème politique, médiatique et stratégique de Washington, ce travail d’influence au long cours requiert un appui logistique et financier conséquent. Or, d’après mes échanges avec des interlocuteurs bien placés, il ressort que de nombreux diplomates marocains ne disposent pas actuellement de mécanismes de soutien adaptés à ce type d’engagements.
Consolider les partenariats avec les think tanks
Le Maroc devrait remédier de toute urgence à cette carence dans son action diplomatique s’il veut accélérer la résolution du conflit du Sahara. Pour ce faire, une des priorités du Royaume est de renforcer les liens avec les think tanks américains en lançant des partenariats structurés et en invitant leurs représentants à participer à des délégations en visite au Maroc.
Ces séjours offriraient à ces faiseurs d’opinion l’occasion de découvrir les priorités de la diplomatie marocaine, la richesse culturelle et historique du Royaume, et — point crucial — de rencontrer des responsables politiques marocains, ainsi que des chercheurs, universitaires et acteurs civils issus notamment des provinces du Sud.
Par ailleurs, le Maroc devrait également favoriser des visites régulières à Washington de chercheurs, experts et intellectuels marocains, afin qu’ils puissent exposer directement aux communautés médiatique et académique américaines les fondements de la politique étrangère du Royaume, la solidité de son partenariat stratégique avec les États-Unis, ainsi que sa vision pour l’Afrique.
Ce travail de narration, de vulgarisation de la position et des acquis du Maroc gagnerait à s’accompagner de tables rondes, publiques et privées, réunissant membres du Congrès, éditorialistes influents, universitaires et autres leaders d’opinion. Ces formats privilégiés d’échange sont indispensables pour faire entendre la voix du Maroc auprès des cercles de décision les plus influents.
Plus le Maroc tarde à s’impliquer activement dans l’espace médiatique et l’écosystème des think tanks américains, plus il laisse à ses adversaires politiques le champ libre pour occuper cet espace et diffuser des récits hostiles à l’intégrité territoriale du Royaume. Un haut responsable bien informé m’a récemment indiqué que des diplomates algériens à Washington ont profité du manque de réactivité perçu du côté marocain pour mettre en place, avec un think tank influent, un programme de plusieurs millions de dollars. Dans le cadre de ce partenariat, l’institution en question offrira naturellement à l’Algérie une tribune pour publier des notes politiques appuyant son agenda.
Les think tanks basés à Washington jouent un rôle structurant dans la formation des perceptions et des positions des membres du Congrès, des départements fédéraux et des médias américains. Leurs productions —notes de politique, mémos stratégiques, rapports d’analyse —servent très souvent de références principales sur lesquelles les hauts responsables américains fondent leurs positions sur les grandes questions internationales. Ces institutions assurent également des briefings réguliers auprès d’agences fédérales telles que le Département d’État et le Pentagone, influençant ainsi, parfois de manière déterminante, les orientations politiques et diplomatiques des États-Unis.
Avant chaque rencontre bilatérale d’importance, il est fréquent que les conseillers présidentiels ou les hauts fonctionnaires reçoivent des briefings produits ou inspirés par ces mêmes cercles de réflexion.
Approfondir les liens avec les commissions clés du Congrès
Au-delà du renforcement du dialogue avec les acteurs politiques et médiatiques, le Maroc devrait porter une attention toute particulière à la consolidation de sa présence au sein du Congrès américain — notamment en renforçant ses liens avec les commissions des affaires étrangères, de la défense et des finances, aussi bien à la Chambre des représentants qu’au Sénat.
Ce travail doit impérativement s’inscrire dans une approche bipartisane, afin d’éviter que les relations maroco-américaines ne soient perçues comme excessivement alignées sur un seul camp politique. Une stratégie équilibrée garantirait au Maroc une continuité institutionnelle dans ses rapports avec Washington, quels que soient les changements d’administration à la Maison Blanche.
Dans cette optique, les responsables marocains devraient systématiquement organiser des visites au Royaume pour les membres du Congrès ainsi que pour leurs collaborateurs, et leur fournir des supports structurés — ouvrages, livrets, argumentaires — mettant en évidence la légitimité et la cohérence de la position marocaine.
Il est important de rappeler que, si les membres du Congrès jouent un rôle central dans la définition des priorités législatives et diplomatiques des États-Unis, leurs collaborateurs sont en réalité les architectes de nombreux processus. Ce sont eux qui rédigent les discours, préparent les dossiers, rédigent les projets de loi, les lettres officielles adressées à l’administration, et gèrent ou définissent leurs publications sur les réseaux sociaux.
Renforcer les relations avec ces collaborateurs parlementaires —et de façon transpartisane— permettrait au Maroc de mieux ancrer son narratif dans les circuits de décision de Washington.
En parallèle, Rabat devrait encourager ses alliés au Congrès à organiser des auditions au sein des commissions concernées, en y invitant des témoins et experts capables de défendre et d’illustrer le point de vue marocain. Ce type d’initiative permettrait de créer un espace de légitimation supplémentaire du discours marocain, notamment sur la question du Sahara.
Enfin, les diplomates marocains de haut rang — en particulier les ambassadeurs et les conseillers politiques — devraient animer des briefings réguliers pour présenter les positions du Royaume sur les grandes thématiques régionales et internationales, et entretenir un dialogue continu avec les différents centres de pouvoir à Washington.
Depuis des années, les responsables marocains dénoncent le refus persistant de l’Algérie d’organiser un recensement des Sahraouis vivant dans les camps de Tindouf, afin de déterminer leur nombre réel et leurs liens effectifs avec le Sahara. Ils soulignent également, de manière constante, le détournement systématique de l’aide humanitaire par les dirigeants du Polisario, ainsi que les restrictions drastiques imposées par l’Algérie à la liberté de mouvement des Sahraouis dans les camps.
Mais que fait concrètement le Maroc, depuis des décennies, pour inscrire ce message dans les esprits et rallier un soutien solide au sein du Congrès américain en faveur de sa position ? Autrement dit, quelles démarches ont été entreprises pour inciter, de manière décisive, les législateurs américains à faire pression sur l’Algérie afin qu’elle respecte pleinement les résolutions du Conseil de sécurité de l’ONU ?
Un soutien bipartite, aussi essentiel que celui recherché à Washington, ne peut être acquis que si le Maroc travaille étroitement avec ses alliés au Congrès pour organiser des auditions régulières permettant d’informer les parlementaires sur la réalité du terrain. Les diplomates marocains doivent s’employer, tout au long de l’année, à encourager des initiatives concrètes — par exemple, amener le Caucus marocain à adresser des lettres à l’administration américaine dénonçant les agissements hostiles de l’Algérie dans la région, ainsi que son attitude agressive à l’égard du Maroc et de ses voisins subsahariens.
Ce travail doit aller de pair avec la promotion de projets de loi visant à dénoncer les agissements malveillants de l’Algérie, tant dans le dossier du Sahara que dans le contexte de plus en plus instable du Sahel. Même si de telles propositions n’aboutissent pas toujours, elles contribuent à maintenir une pression constante sur Alger. Ce faisant, le Maroc peut façonner et faire prévaloir un narratif qui présente l’Algérie comme un acteur nuisible et une menace tangible pour la stabilité d’une région à forte valeur géostratégique — tant pour le Royaume que pour ses alliés, au premier rang desquels les États-Unis.
Depuis cinq ans, le Polisario a multiplié les violations du cessez-le-feu et lancé des attaques contre des cibles marocaines. Ce contexte aurait dû être l’occasion, pour le Maroc, d’intensifier ses efforts à Washington. Rabat aurait pu, par exemple, inciter ses partenaires au Congrès à déposer des propositions de loi visant à classer le Polisario comme organisation terroriste et à condamner l’Algérie pour l’avoir soutenu logistiquement et politiquement dans la conduite d’opérations militaires contre le Maroc.
Ces efforts ne doivent pas se limiter au niveau fédéral. Ils doivent également s’étendre aux parlements des États, où les dynamiques locales peuvent renforcer la portée du plaidoyer national. Depuis plus d’un demi-siècle, l’Algérie s’emploie à déstabiliser le Maroc, à fragiliser sa souveraineté et à affaiblir l’institution monarchique. Aujourd’hui, alors que les équilibres géopolitiques basculent en faveur du Maroc, Rabat se doit de capitaliser sur cet pour infliger à l’Algérie des revers diplomatiques irréversibles.
À un moment où le plan d’autonomie marocain bénéficie d’un soutien croissant et où l’Algérie peine à sortir de la marginalisation diplomatique dans laquelle elle s’est elle-même enfermée, l’objectif du Maroc devrait être d’asséner à son voisin de l’Est un véritable coup de grâce diplomatique, capable de l’obliger à revoir fondamentalement ses ambitions irréalistes dans les provinces du Sud.
La voie à suivre pour y arriver passe par la capacité à faire maintenir sur Alger une pression soutenue et constante, à accentuer son isolement régional et international, et à affronter son appareil diplomatique avec la même ténacité et la même fureur qu’il a déployées pendant des décennies contre l’intégrité territoriale du Maroc. Une telle stratégie offensive, pensée en fonction de résultats concrets à Washington, pourrait permettre au Maroc d’atteindre trois objectifs majeurs : obtenir le classement du Polisario comme organisation terroriste ; œuvrer à la réduction voire à la suppression du financement de la Minurso ; et s’opposer à toute nomination de successeur à Staffan de Mistura.
Mobiliser la diaspora marocaine aux États-Unis
En parallèle, le Maroc gagnerait à mobiliser l’expertise inestimable et les réseaux d’influence de sa diaspora établie à Washington et à travers les États-Unis. Dans un discours récent, le Roi Mohammed VI a d’ailleurs appelé le gouvernement à tirer pleinement parti des compétences des Marocains du monde pour défendre les intérêts stratégiques du Royaume, à commencer par la préservation de son intégrité territoriale.
Pour ce faire, l’ambassade du Maroc à Washington devrait mettre en place un mécanisme permanent de cartographie, de mobilisation et d’engagement des talents marocains dans tous les secteurs d’activité. Qu’il s’agisse de chercheurs à la NASA, de professeurs dans les meilleures universités américaines, de cadres dans les agences gouvernementales ou d’ingénieurs dans les grandes entreprises technologiques, ces profils constituent un levier d’influence déterminant que le Maroc peut activer sur de nombreux dossiers —bien au-delà du seul Sahara.
Beaucoup de ces ressortissants vivent aux États-Unis depuis des décennies. Ils comprennent les ressorts du système politique américain, en maîtrisent les codes, les réseaux, les réflexes. Leur implication, leur conseil et leur ancrage local pourraient s’avérer cruciaux dans l’élaboration de stratégies d’influence ciblées et efficaces pour porter la voix du Maroc au cœur de Washington.
S’inspirer de l’expérience d’autres pays
Le Maroc devrait s’inspirer de l’expérience de certains pays qui, grâce à l’influence qu’ils ont su bâtir au sein des différentes commissions influentes des deux chambres du Congrès américain, sont parvenus à construire des récits servant leurs intérêts et à maintenir leurs adversaires sous une pression constante. Bien que certains de ces pays ne défendent pas nécessairement des positions morales, ni fondées sur des faits historiques avérés, la présence efficace de leur narratif dans l’espace public américain leur a permis de parer leurs causes d’oripeaux de vérité historique et de respectabilité morale.
Grâce à des auditions répétées organisées par leurs alliés au Congrès, ainsi qu’au soutien d’amis influents dans les médias et les centres de recherche (think tanks), certains de ces pays ont réussi à créer l’impression, tant au sein du Congrès que dans le paysage politique et médiatique américain au sens large, qu’ils représentent à la fois le camp du bien et des valeurs cardinales de respect et de préservation des droits de l’homme, et qu’ils comptent parmi les alliés les plus importants des États-Unis dans leur région respective.
Il est inconcevable que, pendant qu’Alger continue de commettre bavure après bavure et de mener des politiques qui menacent la stabilité régionale —que ce soit au Maghreb ou au Sahel— le Maroc ait, de manière constante, manqué l’occasion d’organiser des auditions au Congrès pour informer les législateurs américains sur les politiques destructrices de l’Algérie et leur impact sur les intérêts des États-Unis et de leurs alliés dans la région. Si le Maroc souhaite accélérer le règlement du conflit du Sahara et obtenir des percées nouvelles et décisives, il doit saisir toutes les cartes et opportunités dont il dispose.
Un potentiel inexploité dans une dynamique favorable
Quiconque connaît les rouages du paysage politique et médiatique américain sait que le Maroc peut atteindre ces objectifs dans un délai relativement court, à condition de jouer intelligemment ses cartes. Cela est d’autant plus vrai que, malgré sa visibilité limitée dans les médias, le Royaume jouit d’un important capital de sympathie auprès de larges segments de l’opinion publique américaine.
En parallèle, le Maroc devrait œuvrer à renforcer les échanges de haut niveau avec les différentes composantes du gouvernement américain. Il est universellement admis que les relations personnelles jouent un rôle déterminant dans la formation de la position d’un pays envers un autre. Cela est particulièrement vrai dans le cas de l’administration actuelle, où le président Trump et ses principaux conseillers abordent la politique comme un champ de transactions dénuées de considérations idéologiques ou morales.
La capacité du Maroc à obtenir de nouveaux acquis sous cette administration dépendra donc de la mise en œuvre d’une stratégie multidimensionnelle. Celle-ci devra s’appuyer dans un premier temps sur la longue et profonde histoire des relations entre Rabat et Washington. Et, dans un second temps, peut-être plus crucial, il sera surtout question de convaincre la deuxième administration Trump que le Maroc est un partenaire fiable, loyal et utile dans le cadre de sa volonté de "rendre sa grandeur à l’Amérique".
Dans cette perspective, les diplomates marocains devraient faire valoir que leur pays figure parmi les plus grands acheteurs de ce que l’administration américaine "vend", tout en se positionnant comme un acteur capable de contribuer à la réalisation de la "grande vision" du président pour le monde et pour les États-Unis.
Sortir de la posture modeste pour viser l’ambition stratégique
En dépit de la profondeur stratégique et historique de son amitié avec les États-Unis, le Maroc s’est longtemps contenté de peu en matière de soutien américain à ses priorités et intérêts fondamentaux.
Cette attitude —consistant à accepter avec gratitude tout ce que Washington est prêt à lui accorder— est si ancrée que l’on constate souvent une joie démesurée dans les milieux marocains lorsque, de manière exceptionnelle, un parlementaire, un commentateur ou un journaliste américain tient un discours favorable sur le Maroc.
Or, ce n’est pas de cette manière que le Maroc gagnera la guerre des narratifs en cours et à venir, notamment dans le cadre de sa stratégie visant à élargir et à consolider la reconnaissance internationale de sa souveraineté sur ses provinces du Sud.
Le Maroc ne pourra jamais prétendre au statut de puissance régionale moyenne s’il continue à adopter un profil aussi bas à Washington. Le Royaume a une histoire séculaire et de vrais atouts historiques, économiques, culturels et géostratégiques à faire valoir. Il doit désormais viser plus haut — en s’engageant, de manière continue et stratégique, auprès des décideurs politiques, des faiseurs d’opinion, des journalistes et des chercheurs les plus influents aux États-Unis et ailleurs.
Il est vrai que Staffan de Mistura semble être revenu à des sentiments plus raisonnables à peine six mois après avoir outrageusement suggéré la partition des provinces du Sud comme une piste fiable de résolution du conflit du Sahara.
En effet, lors d’une réunion stratégique à huis clos avec le Conseil de sécurité plus tôt cette semaine, le diplomate onusien a laissé entendre que les réalités politiques, sociales, militaires et économiques sur le terrain font de la proposition d’autonomie marocaine la seule susceptible de mettre un terme définitif à ce différend territorial.
Toutefois, il a préconisé que le Maroc prenne le temps d’expliquer plus concrètement ce qu’il entend par "large autonomie" et comment il compte mettre en place les termes structurants de son plan de résolution politique du dossier du Sahara.
Or, connaissant les rebondissements, les revirements stratégiques et les sournoiseries qui ont jalonné ce dossier épineux du Sahara ces six dernières décennies, il est normal que certains analystes et diplomates marocains voient dans ces dernières déclarations de Mistura une certaine fuite en avant. Au fond, on pourrait lui reprocher –et à raison– de vouloir noyer le poisson en reconnaissant la prépondérance et l’ultime viabilité du plan d’autonomie marocain, tout en estimant que celui-ci devrait être explicité ou détaillé davantage avant la phase d’implémentation.
Le temps est une ressource rare et très précieuse en géopolitique. Demander au Maroc de retravailler son plan, pourtant largement salué et considéré comme étant assez clair et détaillé depuis sa présentation au Conseil de sécurité en 2007, n’est-ce pas donner du temps à la diplomatie algérienne pour se remobiliser et redevenir assez outillée pour contrecarrer les efforts d’implémentation du plan une fois qu’il aura été, soi-disant, rendu plus explicite et plus clair à la communauté internationale ?
À cet égard, il convient de garder à l’esprit le précédent de 2001 et les déconvenues qui s’en sont suivies. En juillet de la même année, l’envoyé personnel du Secrétaire général, James Baker, avait proposé un plan largement favorable au Maroc. Dans le sillage de son rapport présenté devant le Conseil de sécurité ce même mois, les dirigeants marocains étaient convaincus qu’une solution définitive au conflit était à portée de main.
Mais cet optimisme fut de courte durée. L’Algérie a alors redoublé d’efforts, mobilisant son réseau de lobbyistes à Washington pour exercer des pressions sur James Baker et le pousser à revoir sa proposition. Résultat : deux ans plus tard, Baker a présenté une nouvelle version de son plan, perçue comme favorable à l’Algérie et, par conséquent, rejetée par le Maroc. La suite est connue : le dossier s’est enlisé dans les couloirs de l’ONU pendant deux décennies.
Aujourd’hui, les vents de l’histoire soufflent de toute évidence en faveur du Maroc. Il lui appartient donc de capitaliser sur la dynamique positive qu’il a su construire au cours des dernières années pour conduire, enfin, le dossier du Sahara vers une résolution définitive, équitable et conforme à ses intérêts stratégiques. La position algérienne sur le Sahara est plus faible et intenable que jamais. C’est donc maintenant qu’il faut asséner au voisin de l’est le coup de grâce. Attendre encore, c’est donner aux diplomates algériens, ainsi qu’aux stratèges et lobbyistes à la solde d’Alger le temps d’élaborer un nouveau narratif et une nouvelle stratégie pour prolonger ce conflit qui a déjà trop duré.
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