L’Algérie et l’usage des réseaux sociaux
Depuis quelques semaines, les autorités algériennes mènent une campagne sur les réseaux sociaux contre les Marocains qui résident dans leur pays. On pressentait que cela allait aboutir, au mieux à leur imposer un visa, et au pire à procéder à leur expulsion comme fût le cas en 1975. Le rétablissement des visas unilatéralement a été acté le jeudi 26 septembre. Comme dans le récent mouvement de migration vers l’Espagne, la guerre à travers les réseaux sociaux contre le Royaume ne fait que commencer.
En évoquant les évènements de Fnideq, le porte-parole du gouvernement a été bien prudent à la sortie du Conseil de gouvernement du 19 septembre dernier. Il avait indiqué que des parties inconnues ont utilisé les réseaux sociaux pour pousser nos jeunes à cette migration de masse vers le nord. Il a mis en garde contre cette manipulation qui s’est faite à travers des appels massifs, pour se diriger vers le nord du Royaume risquant ainsi leurs vies. Cent cinquante-deux personnes ont été interpellées pour leur implication présumée dans la diffusion de ces fausses informations sur les réseaux sociaux.
Le ministre délégué a évoqué, et à raison, des parties inconnues, et n’a cité aucun pays étranger qui pourrait être impliqué dans cette manipulation de masse. Il s’est retenu d’évoquer un complot venu de l’étranger et jeter l’opprobre sur un pays donné. Dans leur grande majorité, ces jeunes ne sont ni en études ni en emploi ni en formation, et il est de la responsabilité du gouvernement de leur trouver des solutions et leur redonner surtout l’espoir. Cependant, la manipulation orchestrée de l’extérieur ne peut être totalement exclue.
Les réseaux sociaux modernes jouent désormais un rôle prépondérant dans notre monde. Ils permettent de connecter instantanément les peuples et les personnes de cultures diverses, facilitant ainsi les échanges d’idées, de savoirs et la circulation de l’information. De ce fait, ils ont un impact croissant sur la compréhension entre les peuples et sur le maintien de la paix dans le monde. Cependant ils peuvent aussi être des outils de désinformation et de déstabilisation entre les nations.
Les plateformes comme Facebook, X-Twitter, Tik-Tok, sont devenus des plateformes pour alerter sur les conflits et provoquer des prises de conscience pour favoriser la paix, ou mener des actions urgentes de solidarité. À chaque crise, on constate la circulation des pétitions en ligne pour dénoncer des crimes, comme ceux qui se déroulent actuellement au Moyen-Orient, ou mener des campagnes virales pour alerter l’opinion internationale de l’urgence d’adopter des attitudes urgentes.
Le propre de ces réseaux sociaux est de fournir des informations instantanées sur des événements mondiaux bien avant les médias traditionnels. Cela permet aux opinions nationales, comme aux citoyens, de suivre de près l’évolution des conflits, et les efforts menés pour rétablir la paix. En cas d’échec, le public peut toujours exercer des pressions sur les acteurs pour trouver des solutions pacifiques rapides.
Les réseaux peuvent également avoir sur les États des impacts négatifs, à commencer par les manipulations de masses et les risques de déstabilisation, comme lors des récents évènements à Fnideq. Le but de la désinformation, la propagande ou la manipulation des masses, est de créer le désordre pour favoriser les conditions de la déstabilisation. On ne compte plus les sites qui diffusent, à longueur de journée, des fake news et des informations biaisées, pour exacerber les conflits chez le voisin.
Ces flux de fausses informations visent à mettre en doute les institutions du pays, mais aussi la probité de ses dirigeants. Il faut que la population perde confiance dans son gouvernement et que la jeunesse se révolte et soit tentée de s’exiler. Ce qu’un pays ennemi cherche c’est exacerber les tensions politiques et sociales, et semer la méfiance et l’hostilité entre le peuple et ses dirigeants. C’est cette même logique qu’on observe au sein de groupes terroristes qui propagent des idéologies violentes pour recruter et déstabiliser les États.
Si le porte-parole de notre gouvernement s’est retenu, par courtoisie et certainement sur instruction, de nommer le pays qui est derrière ces manœuvres, tous les Marocains sont conscients que ce sont les militaires algériens qui sont derrière cette propagande. Il suffit de suivre les réseaux sociaux et les médias de ce pays pour s’apercevoir que le Maroc est devenu leur obsession et leur hantise.
C’est que l’État algérien use à l’excès, et avec un esprit martial, ces réseaux de propagande. Il juge qu’il ne peut promouvoir ses propres intérêts et maintenir un contrôle sur l’opinion publique que de cette manière. Il diffuse à longueur de journée des mensonges et des contre-vérités pour que la population algérienne finisse par les croire à force de les répéter. Ces actions, qui autrefois passaient par les canaux officiels, comme la radio, la télévision et la presse, ont pris maintenant une dimension quasi industrielle, jamais égalée.
Effets de masse
On est en face de nouvelles technologies de propagande avec l’utilisation des bots, robots logiciels, qui effectuent des tâches automatiques sans intervention humaine, ou avec un minimum d’interaction. Les trolls d’origine algériens pullulent également sur le web, et lancent des débats souvent provocateurs pour obtenir le maximum de vues. L’utilisation de faux comptes générés par l’Intelligence Artificielle sur les réseaux sociaux vise aussi à amplifier les messages pro-gouvernementaux pour attaquer simultanément les pays ennemis et leurs acolytes les opposants politiques. Tout cela crée des effets de masse sur les réseaux sociaux, et donne aux dirigeants algériens la sensation d’avoir remporté d’avance le combat de communication.
Tout ce savoir-faire a été développé et enrichi par les militaires algériens pendant le Hirak qui a mobilisé le peuple algérien à partir de 2019. La pandémie covid a mis fin à cette révolte pacifique, mais le procédé de la propagande étatique fût intégré par le système, maintenu et puis amélioré. Le Hirak, ce mouvement de révolte, a été une chambre d’écho des appels à manifester, et un laboratoire de slogans et de mobilisation. Les militaires l’ont phagocyté et réduit au silence, avant d’employer ses techniques contre les adversaires internes et externes.
C’est ainsi que des comptes programmés diffusent régulièrement, de jour comme de nuit, des messages qui vantent les prouesses de l’État tout en fustigeant ses nombreux ennemis. Ils communiquent à outrance sur les réalisations supposées ou réelles de l’État algérien, tout en rabaissant celles des pays voisins. Le narratif employé est martial, répétitif et généralement le même. Il tend vers le contrôle de l’opinion publique par un récit conquérant et victorieux.
La faiblesse de ces sites reste le manque d’imagination, l’absence d’improvisation et de liberté tout court. Les autorités militaires algériennes exercent une surveillance et un contrôle rigoureux sur les personnes qui les gèrent et sur les contenus diffusés. Et c’est parce qu’il y a cette chape de plomb que ces sites manquent de crédibilité. Ils ne mobilisent que ceux qui s’inscrivent dans la logique du pouvoir ou se laissent manipuler par lui.
Paradoxalement, cette propagande orchestrée par le pouvoir a un effet induit sur le peuple algérien lui-même. À force d’être soumis à la seule version de l’État, qui monopolise tout l’espace médiatique, la population algérienne intériorise ces délires et finit par croire qu’elle est en permanence assiégée par des ennemis qui leur veulent du mal. Quand on est conditionnée de la sorte, on a tendance à intérioriser la répression de l’État au nom de la sécurité nationale, et à ne voir dans l’armée que le garant de la stabilité du pays.
Ces nouveaux outils de communication qui connectent les nations, sont en train de transformer de fond en comble la manière dont les États interagissent. Ils sont devenus essentiels pour communiquer et informer, mais dangereux par la désinformation et la manipulation. Les militaires algériens ont compris la mécanique et trouvé l’astuce. On lave d’abord le cerveau de la population pendant des mois sur ces marocains espions qui séjournent illégalement en Algérie, puis on prend une action radicale en leur imposant le visa pour réponde au désir du peuple. L’étouffement du Hirak par ces méthodes douteuses ne peut être extrapolé dans les relations entre les États.
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