Bruno Retailleau, un pas vers l’Elysée
La récente élection de Bruno Retailleau, ministre de l’intérieur, à la tête du Parti gaulliste Les Républicains, LR, peut-elle être le prélude à un retour en grâce de cette formation auprès des Français ? Ce parti politique, dont les pères-fondateurs juraient de ne jamais composer avec l’extrémisme, pourrait-il préserver son identité historique sans se fondre dans l’idéologie xénophobe et islamophobe de l’extrême droite ? Et Retailleau suivra-t-il l’exemple de Nicolas Sarkozy qui a su habilement gérer le ministère de l’Intérieur et la présidence du parti pour conquérir l’Elysée ?
Historiquement, le LR est en principe classé à droite et au centre-droit dans l’échiquier politique français. Ce parti conservateur et libéral est issu du Rassemblement pour la République, RPR, qui deviendra plus tard l’Union pour un mouvement populaire, UMP, puis, suite à une autre mue en 2015, prendra le nom de Les Républicains. Depuis, plusieurs de ses illustres membres ont eu affaire à la justice pour des raisons diverses, ce qui a conduit à son affaiblissement et au siphonage de son électorat par l’extrême droite. L’alliance de son dernier président, Éric Ciotti, avec l’extrême droite suite aux élections législatives de 2024 l’a scindé en deux et affaibli encore davantage.
Qui est Retailleau ?
Ce Vendéen de 65 ans a commencé sa carrière politique très jeune avec Philippe de Villiers, figure emblématique de l’extrême droite, avant de rompre avec lui et de rejoindre l’UMP connotée moins extrémiste. Il y travaillera avec acharnement à côté du président Nicolas Sarkozy et de son Premier ministre de l’époque François Fillon. Il présidera ensuite le groupe du parti au Sénat, mais échouera en 2022 à gagner les suffrages des membres pour se porter à la présidence de cette formation face à Éric Ciotti. C’est pour ce long parcours de combattant que son retour fut salué comme une renaissance du parti. Et c’est pour sa pugnacité que Sarkozy et Fillon furent les premiers à le féliciter et à lui apporter leur soutien.
Au sein de la formation gaulliste, Retailleau est vu comme un représentant de la droite dure, celui qui prône une politique ferme à l’égard de l’immigration en général et de l’islamisme en particulier. Contrairement à ce qui est répandu, il pense que l’immigration n’est pas une chance pour la France. Il a souvent répété à qui veut l’entendre qu’il faut renvoyer les étrangers en situation irrégulière chez eux, en faisant pression sur les pays dont ils sont originaires. Déployées à grand renfort médiatique, ces positions rigides à l’égard des étrangers ont froissé certains pays dont sont issus ces immigrés et sont devenues handicapantes pour la diplomatie du pays. Mais est-il possible en France de gagner les élections si on se montre conciliant avec l’immigration ?
Un opposant à la Macronie
Retailleau, qui assume parallèlement sa position de ministre de l’Intérieur, depuis le gouvernement de Barnier jusqu’à celui de Bayrou aujourd’hui, ne se gêne pas non plus d’afficher ouvertement son opposition à la Macronie. Pour lui, cet assemblage artificiel de programmes politiques et économiques, qui vacillent entre la gauche et la droite, a fait son temps. Il estime qu’il est temps de revenir à une logique d’une droite conservatrice dure, face à la gauche, à l’extrême gauche et à l’entrisme, pour désigner poliment l’Islam. Une telle politique permettrait, selon lui, de réarmer idéologiquement la France pour l’aider à sortir de son marasme.
C’est pour cette raison que Retailleau plaide auprès de ses partisans de se saisir, dès maintenant, des enjeux de société. Il propose de s’emparer des sujets défendus par la gauche, comme l’écologie ou les énergies renouvelables, pour préparer des réponses politiques adéquates et conquérir par-là l’opinion publique lors des élections municipales en 2026 et présidentielles en 2027. Cependant, l’urgence pour lui est de réduire drastiquement les flux migratoires par l’instauration des quotas, la fin du droit du sol et la priorité nationale quand il s’agit de l’emploi et des aides sociales.
C’est dans cette perspective qu’il a recommandé récemment un rapport sur les Frères musulmans et l’islamisme politique en France. Ce document d’analyse et de propositions fut remis au ministre de l’Intérieur lui-même. Il a incontestablement pour objectif de maintenir la pression sur l’opinion publique et de la détourner de l’essentiel et du vrai débat sur les défis économiques et les problèmes sociaux. Sur ce rapport, somme toute banal, le ministre a eu l’audace d’organiser un Conseil de défense autour du président, pour évoquer cette menace pour la république et pour la cohésion nationale, dixit Retailleau.
Son credo maintenant, c’est de gagner la bataille des idées qui, pendant longtemps, fut laissée à la gauche qui imposait ses récits à la France depuis mai 68. Il pense qu’il est temps d’inverser cette dynamique pour reprendre le pouvoir, sur la base d’une large majorité de la droite et de son extrême. Pour ce faire, il voudrait relancer des groupes de réflexion et investir les médias et les plateaux pour expliquer sa politique et s’assurer de l’adhésion d’une majorité de Français à son programme. En résumé, il cherche à réarmer la pensée conservatrice pour gouverner la France avec l’apport des voix du Rassemblement National.
Conquérir l’électorat de l’extrême droite
Le nouveau chef du parti LR se donne également comme objectif prioritaire de récupérer, par tous les moyens possibles, l’électorat perdu du mouvement gaulliste. Celui qui a fait les glorieuses années Pompidou, Chirac ou Sarkozy, mais qui, depuis, a migré vers l’extrême-droite, ou tout simplement se désintéresse d’une vie politique morne et décevante. Pour Retailleau, la population française est lassée d’être méprisée par une élite qui ne pense qu’à ses privilèges et qui s’est éloignée de la base qui, jadis, votait pour elle. Il est conscient que la conquête de l’Elysée ne peut se réaliser que sur un programme qui mobilise une large majorité de Français.
Après des années d’errance et de lutte d’égos, le parti LR est donc appelé, selon les vœux de son nouveau chef, à se réformer et à se reconstruire comme un parti populaire vivant prêt à gouverner. Il doit pour cela renouer avec ses intellectuels devenus inaudibles pour bâtir des liens solides entre les idées, les programmes et les actions. Trop divisée depuis l’ère Chirac, cette formation ressemblait à un syndicat de hauts cadres qui manquaient de pugnacité, d’imagination et de souffle, et qui ne faisaient que gérer les carrières de certains élus.
L’arrivée de Retailleau à la tête du LR semble donner cet espoir de mobiliser les troupes de ce parti qu’on croyait, il y a peu, agonisant. Dans sa gestion du ministère de l’Intérieur, il s’est montré ferme pour gagner en popularité, en amalgamant souvent la lutte contre la délinquance avec l'immigration et l'islam. Mais ceci ne constitue jamais un bon programme politique pérenne. Pour avoir osé parler cru, il est devenu le ministre le plus plébiscité par l’opinion publique française. Cependant, cette popularité, qui flirte avec le populisme, n’est pas viable à long terme. Elle risque, au contraire, de disloquer la société et de nuire à l’image de la France à l’international.
C’est en réalité le portefeuille de l’intérieur qui a rendu Retailleau populaire et lui a permis de gagner la présidence du parti LR avec un score sans appel de 74,3% contre son adversaire Laurent Wauquiez. Cette éclatante victoire a été interprétée comme un encouragement pour rester momentanément dans ce gouvernement afin de lui assurer une forme de stabilité en attendant les élections présidentielles de 2027. En quelques mois, la gestion de ce ministère lui a permis de sortir de l’ombre à la lumière, et pourrait même le porter un jour à l’Elysée.
Mais Retailleau qui ne cache pas son hostilité à la Macronie, devrait, un jour ou l’autre, formaliser sa rupture avec le gouvernement actuel pour se présenter à la prochaine élection présidentielle. Les Français préfèrent généralement ces hommes d’Etat qui tiennent tête à leurs présidents et qui tentent de les remplacer au moment opportun. Ce fut le cas entre Mitterrand et Chirac, entre ce dernier et Sarkozy, et entre Hollande et Macron. Pour se faire élire président, il lui faudrait, lui aussi, trouver le bon prétexte au bon moment pour quitter un jour l’exécutif et préparer sa candidature.
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