Larabi Jaidi
Professeur Chercheur en Économie2026 : une année exceptionnelle
Entre ambitions sportives, enjeux politiques et défis diplomatiques, le Maroc s’apprête à vivre une année 2026 exceptionnelle. Le Royaume doit conjuguer visibilité, crédibilité et stratégie pour consolider ses positions à l’échelle nationale et internationale.
L’année 2026 s’annonce exceptionnelle à plus d’un titre. Trois événements majeurs vont profondément impacter le Maroc tant d’un point de vue politique que social.
Le mois de juillet verra le Maroc social embarqué dans une nouvelle aventure sportive où la réédition de l’exploit du Qatar en 2022 est attendue comme une revanche sur la déception de la CAN.
En septembre, c’est d’une autre attente sociale qu’il s’agit, celle plus vitale de la revitalisation d’une démocratie à la peine, soumise à la sanction des électeurs et portée par l’espoir d’une réhabilitation des institutions exécutives et législatives.
L’autre événement qui mobilise la veille de toute la nation est, indépendamment des choix politiques des classes sociales ou des habitus ludiques des individus, le cours que prendront les négociations sur l’avenir institutionnel du Sahara.
La résolution 2797 du Conseil de sécurité a impulsé une nouvelle dynamique politique de la cause nationale : elle légitime diplomatiquement l’offre marocaine comme base principale des discussions. En 2026, l’enjeu sera d’obtenir un dialogue productif entre les parties, avec un rôle substantiel de l’ONU et des médiateurs. L’objectif principal étant d’intensifier et de faire avancer les négociations centrées sur l’autonomie marocaine comme cadre de règlement.
Le scénario souhaitable est celui de construire patiemment des avancées graduelles consolidant le plan d’autonomie. Ce scénario probable rencontrera, sans doute, une résistance du polisario à s’engager pleinement dans un cadre qui subordonne le référendum à l’autonomie et une opposition de l’Algérie qui jouerait le chrono par le maintien d’une position rigide malgré les pressions internationales.
Les sources de blocage sont multiples. Un blocage conceptuel ou politique tenant à la divergence sur la nature de la solution finale : autonomie sous souveraineté marocaine vs autodétermination entendue comme un choix incluant l’indépendance.
Les négociations peuvent s’enliser dans un dialogue de sourds. Un blocage procédural sur le mode des négociations où plusieurs points peuvent être instrumentalisés : une contestation du format des tables rondes ou des préalables qui peuvent ralentir les négociations sans rupture formelle, ce qui est une stratégie classique dans les conflits gelés. Un blocage sécuritaire par l’instrumentalisation de la tension sur le terrain dans un contexte où le cessez-le-feu est fragilisé par des incidents limités à l’est du mur de défense ou parfois sur les frontières entre le Maroc et l’Algérie. Ces tensions peuvent affaiblir le climat de négociation.
La résolution renforce clairement la centralité du plan d’autonomie mais ne règle pas le conflit. Le principal risque pour le Maroc n’est pas l’échec, mais l’immobilisme prolongé, qui transforme un avantage diplomatique en gestion indéfinie du statu quo. Faire face à ce scénario adverse demande au Maroc d’élargir ses marges de manœuvre stratégiques en 2026.
La clarification de l’architecture de l’autonomie est déjà une première avancée. Elle peut être consolidée par la mise sur la table de mesures de confiance (mobilité familiale, échanges, facilitation humanitaire), qui aident l’ONU à "montrer du progrès". La crédibilité "interne" de l’autonomie peut être renforcée par l’amélioration de l’inclusion sociale, la gouvernance et la montée en crédibilité des institutions régionales élues (transparence budgétaire, reddition des comptes).
Un autre vecteur de renforcement de la position marocaine serait l’engagement d’une diplomatie ciblée orientée vers la consolidation du front des soutiens et son élargissement aux abstentionnistes (Chine/Russie) par des initiatives sur la stabilité régionale, la non-escalade et la sécurisation du flanc commercial.
Le Maroc peut aussi consolider l’angle "droits humains" en multipliant les signaux de bonne foi : réponses rapides aux allégations, coopération avec des mécanismes onusiens pertinents. La définition de points de convergence avec la Mauritanie sur les modalités et les points clés des négociations permettrait de fermer une "fenêtre d’opportunité" que ne manqueraient pas d’exploiter les autres parties pour compliquer les relations avec les voisins du sud.
Le Maroc doit relever un ensemble de défis pour la Coupe du monde qui se tiendra en juillet 2026 avec un total de 48 équipes participantes. Il se trouve dans un groupe difficile, aux côtés du Brésil, quintuple champion du monde ; l’Écosse, équipe solide avec une tradition compétitive ; et Haïti, un outsider qui peut surprendre. Il doit répondre à l’attente de toute une nation, en capitalisant sur son momentum post-Qatar 2022 pour viser une performance encore plus aboutie.
Le Maroc est l’un des principaux représentants du football africain, ce qui implique une forte pression pour faire honneur au continent, surtout après une CAN qui a fait couler beaucoup d’encre. La CAN nous a permis de mesurer les risques apparents ou cachés de cet espace de conflictualité indirecte qu’est le football africain : les provocations médiatiques et symboliques, la pression populaire excessive transformant chaque match en enjeu politique, les réactions émotionnelles amplifiées par les réseaux sociaux, la désinformation ciblée visant à décrédibiliser les institutions sérieuses. Les leçons à tirer consistent à tourner rapidement la page de la CAN : corriger les failles mises en évidence et confirmer que la perte du couronnement fut un accident de parcours.
Dans un environnement africain complexe, l’enjeu est d’ajuster cette politique d’offre sans contrepartie, de mise à disposition de ses infrastructures, ses compétences, son soutien à la formation des cadres sportifs africains et de développer des partenariats structurés, ciblés avec les fédérations africaines. Le nouvel enjeu est celui de faire valoir l’exemplarité éthique et institutionnelle. promouvoir la lutte contre la violence, renforcer la transparence et la bonne gouvernance au sein des instances sportives confédérales africaines.
L’objectif implicite est d’assurer un rebond immédiat et de réaffirmer le statut du Maroc comme référence africaine et mondiale. En dépit des déceptions de la CAN, les performances du Maroc sur la scène internationale depuis la Coupe du monde 2022 ont conféré au football national une visibilité mondiale inédite. Si la CAN est apparue comme un rappel à l’exigence, la Coupe du monde 2026 est perçue comme l’épreuve de vérité pour installer durablement le Maroc parmi les équipes compétitives du top mondial. Les ambitions nationales ont changé de référentiel, le Maroc ne vise plus l’exploit mais la confirmation.
C’est en ce sens que la Coupe du monde de juillet demeure un horizon stratégique de 2026. Le Maroc est appelé à consolider son image de nation sportive sérieuse et fiable. Cette notoriété constitue un levier majeur, susceptible de transformer sa performance footballistique en capital diplomatique, économique et culturel. A la veille de la Coupe du monde, le Maroc est appelé à revisiter sa doctrine du football comme soft power, conciliant ambition sportive, maîtrise narrative et responsabilité institutionnelle. Viser le maintien du leadership footballistique africain passe par la consolidation de l’image d’une nation structurée et crédible. Le véritable soft power n’est pas celui qui performe à l’occasion, encore moins celui qui crie le plus fort, mais celui qui inspire, structure et dure dans la sérénité.
Les élections législatives prévues en septembre 2026 constituent un moment charnière pour la démocratie marocaine. Les enjeux politiques de ce scrutin sont clairs. Ils reflètent la fin d’un cycle gouvernemental marqué par des réformes économiques et sociales ambitieuses mais inégalement perçues. Il renvoie à la centralité persistante de l’Exécutif et au rôle encore limité du Parlement dans la production et le contrôle des politiques publiques. Enfin, il pose la question du renouvellement de la classe politique et de la capacité des partis à incarner une offre programmatique crédible. Ses enjeux démocratiques sont encore plus significatifs : la participation électorale, notamment chez les jeunes et en milieu urbain, la confiance dans la capacité des élections à produire de profonds changements et le développement de formes d’expression extra-institutionnelles.
Les élections législatives de septembre posent cinq grands défis pour la classe et le système politiques du pays : construire un cadre électoral crédible et transparent ; gagner la confiance des citoyens et leur participation effective ; renouveler le corps représentatif en intégrant de nouvelles générations ; canaliser les mobilisations vers des formes d’expression politique institutionnelle plutôt que vers des extra-institutionnelles non structurées ; faire des élections un vecteur de légitimité durable pour les institutions, tout en répondant aux critiques de dérive technocratique ou symbolique du système politique.
Une réflexion sur les principaux scénarios politiques plausibles renseignerait sur les leviers stratégiques nécessaires pour renforcer la crédibilité du processus électoral et l’impact démocratique du scrutin. Le premier scénario reposerait sur une reconduction de la majorité gouvernementale dominée par les partis actuels, il impliquerait une continuité des grandes orientations, renforçant le pilotage technocratique et le sentiment de distance entre citoyens et institutions,
Le second scénario serait celui d’une recomposition de la majorité qui conduirait à une redéfinition des priorités gouvernementales. Il émettrait un signal positif de redynamisation du débat parlementaire mais ne comporterait pas moins quelques risques de fragilité de la coalition et de lenteur décisionnelle.
Un troisième scénario probable consisterait dans la fragmentation accrue du paysage politique qui rendrait complexe la formation d’une coalition cohérente capable de mettre en œuvre des réformes structurelles. Enfin le quatrième scénario serait celui de l’abstention élevée approfondissant la crise de légitimité démocratique et affaiblissant encore plus la fonction représentative.
Les élections législatives ne constitueront pas seulement une échéance électorale, mais un test de maturité du modèle institutionnel national. Leur succès dépendra moins de la configuration partisane issue des urnes que de la capacité du système politique à transformer le vote en légitimité, en responsabilité et en résultats perceptibles par les citoyens. In fine, quel que soit le scénario, le véritable test démocratique des législatives sera moins le vainqueur que la capacité du scrutin à produire une représentation crédible, lisible et socialement légitime, capable de transformer le vote en politiques publiques au service des citoyens.
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