L'essentiel
- Bank Al-Maghrib a maintenu son taux directeur à 2,25% pour la 5ᵉ fois consécutive, une décision largement anticipée par les analystes et les opérateurs de marché.
- Le vrai sujet se déplace désormais vers l’inflation importée, les cours du pétrole, les besoins de financement du Trésor et l’évolution de l’environnement géopolitique.
- Sur le marché obligataire comme sur les actions, le statu quo ne devrait pas provoquer de réaction significative, la décision étant déjà intégrée dans les prix.
- Les sondages de BKGR et d’AGR confirment un consensus massif : 90% des institutionnels interrogés par BKGR anticipent un taux inchangé jusqu’à fin 2026, tandis qu’AGR attribue une probabilité de 93% au statu quo.
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Les détails
Bank Al-Maghrib a décidé, pour la 5ᵉ fois consécutive, de maintenir son taux directeur à 2,25% à l’issue de sa deuxième réunion trimestrielle de l’année. Cette décision, sans surprise, était largement anticipée par les analystes et les opérateurs de marché. Si le statu quo était attendu, les commentaires accompagnant cette décision, tout comme les nouvelles prévisions de la banque centrale, étaient particulièrement scrutés. Comment les marchés ont-ils réagi ? Quelles conséquences pour les taux, les banques et la Bourse ?
Les sources de marché interrogées convergent sur ce point : "le maintien du taux directeur à 2,25% était largement anticipé. Cette décision ne constitue pas une surprise au regard du contexte actuel. Les incertitudes qui persistent à l'échelle internationale, ainsi que les conditions économiques du moment, justifient le statu quo adopté par Bank Al-Maghrib", estime l’une de nos sources.
"Le maintien du taux directeur était largement attendu. Ce qui est plus intéressant dans ce Conseil, c'est que BAM reconnaît un retour progressif des tensions inflationnistes, tout en considérant qu'elles restent compatibles avec la stabilité des prix", ajoute-t-elle.
"Il y a quelque temps, le débat portait surtout sur la désinflation. Aujourd'hui, le sujet est davantage celui de l'inflation importée. La Banque centrale estime visiblement que le risque existe, mais qu'il ne justifie pas, à ce stade, un changement d'orientation de sa politique monétaire".
"BAM se retrouve dans une situation relativement confortable. La croissance est solide, le crédit continue d'accélérer et l'inflation demeure modérée. Dans ces conditions, elle peut se permettre d'attendre et d'observer l'évolution de l'environnement international".
"Le véritable facteur de vigilance reste le pétrole. Tant que les prix de l'énergie demeurent élevés et que les tensions géopolitiques restent présentes, la Banque centrale aura intérêt à conserver une approche prudente".
"La Banque centrale semble davantage préoccupée par les risques extérieurs que par les facteurs domestiques. La hausse des prix des carburants, le renchérissement attendu de la facture énergétique et les incertitudes géopolitiques constituent aujourd'hui les principaux points de vigilance".
"Le statu quo ne doit pas être interprété comme un signal restrictif. Il reflète plutôt la volonté de préserver des marges de manœuvre dans un contexte où les risques proviennent essentiellement de l'extérieur".
"Le Conseil confirme que la priorité n'est plus de soutenir davantage l'économie par une baisse des taux. La croissance reste solide et l'inflation est désormais orientée à la hausse. Dans ce contexte, il devient très difficile de justifier un nouvel assouplissement monétaire à court terme. On pourrait même, en fonction de l'évolution des conditions dans les prochains mois, envisager un resserrement des taux si cela s'avérait nécessaire", estime un analyste.
Quelles implications ?
Du côté du marché obligataire, les professionnels ne s'attendent pas à une réaction significative après cette décision, largement intégrée dans les anticipations.
"Le statu quo était déjà intégré par les investisseurs. L'attention va désormais se porter sur l'évolution de l'inflation, des cours du pétrole et des besoins de financement du Trésor. Ce sont ces facteurs qui détermineront la trajectoire future des taux", souligne un analyste.
Pour les actions, le Conseil n'apporte pas non plus de nouveau catalyseur. Selon plusieurs intervenants, la décision conforte plutôt un scénario de stabilité monétaire pour les prochains mois.
"Une baisse des taux aurait constitué un soutien supplémentaire pour certaines valorisations. Mais ce scénario n'était pas attendu et personne n'en parlait réellement dans le contexte actuel. Le maintien du statu quo ne change donc pas fondamentalement la lecture du marché, mais il n'apporte pas non plus de nouvel élément de soutien", estime un gérant d'actifs.
Les analystes rappellent par ailleurs que les précédentes baisses du taux directeur continuent de produire leurs effets sur le financement de l'économie. L'accélération du crédit aux entreprises et au secteur non financier est régulièrement citée parmi les éléments ayant conforté la Banque centrale dans son choix de ne pas agir davantage.
"La transmission de la politique monétaire se poursuit. Le crédit progresse, l'investissement reste bien orienté et les conditions de financement demeurent favorables. Bank Al-Maghrib peut donc se permettre d'attendre avant d'envisager un nouveau mouvement", estime l’un d’eux.
Pour les banques, enfin, "le maintien du taux directeur préserve un environnement globalement favorable. La progression du crédit et l'absence de nouvelle baisse des taux devraient continuer de soutenir l'activité du secteur dans les prochains trimestres".
Un consensus unanime du marché en faveur du statu quo
Quelques jours avant la réunion du Conseil, BMCE Capital Global Research avait déjà relevé un consensus particulièrement fort en faveur d'un maintien du taux directeur à 2,25%. Dans le cadre d'un sondage réalisé auprès d'investisseurs institutionnels marocains, l'ensemble des répondants anticipait un statu quo de Bank Al-Maghrib, traduisant une forte visibilité du marché sur l'issue de cette réunion.
Ce consensus s'accompagne également d'une validation quasi unanime de l'orientation actuelle de la politique monétaire. Tous les investisseurs interrogés estiment que la stratégie suivie par la banque centrale reste adaptée au contexte économique actuel.
Plus largement, les anticipations recueillies par BKGR suggèrent que le marché ne s'attend pas à un changement majeur de cap au cours des prochains mois. Ainsi, 90% des répondants projettent un maintien du taux directeur à son niveau actuel jusqu'à fin 2026, tandis que seuls 10% envisagent une baisse limitée à 2%. Parallèlement, aucun des investisseurs interrogés ne considère une hausse des taux comme un scénario envisageable d'ici la fin de l'année.
Pour BKGR, cette anticipation repose sur plusieurs éléments. D'un côté, l'économie marocaine continue d'afficher une croissance soutenue, portée par le redressement de l'agriculture et la bonne tenue des activités non agricoles. De l'autre, l'inflation reste globalement maîtrisée, malgré une légère remontée observée ces derniers mois sous l'effet des prix énergétiques. Dans ce contexte, la Banque centrale dispose encore de marges pour maintenir une politique monétaire favorable au financement de l'économie, tout en restant vigilante face aux risques d'inflation importée liés aux tensions géopolitiques et à l'évolution des cours du pétrole.
Les conclusions d'Attijari Global Research (AGR) vont dans le même sens. Dans son enquête réalisée auprès de 35 investisseurs parmi les plus influents du marché financier marocain, AGR fait ressortir un consensus quasi unanime en faveur d'un maintien du taux directeur lors du Conseil du 23 juin.
Selon les résultats du sondage, la probabilité attribuée à un statu quo atteint 93%, contre seulement 7% pour une hausse de 25 points de base. À l'inverse, aucun des investisseurs interrogés n'anticipe une baisse du taux directeur.
Dans le détail, les institutionnels locaux, les acteurs de référence et les personnes physiques affichent une unanimité totale en faveur du maintien du taux directeur. Seuls les investisseurs étrangers se montrent légèrement plus partagés, tout en privilégiant largement le scénario central d'un statu quo, auquel ils attribuent une probabilité de 80%, contre 20% pour une hausse de 25 points de base.
Bank Al Maghrib maintient le taux directeur inchangé à 2,25%
