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Industrie : à Jorf Lasfar, Falcon veut produire le graphite qui manque au Maroc

Sans graphite, pas de batterie électrique. C’est ce maillon discret, mais indispensable, que Falcon Energy Materials veut produire à Jorf Lasfar. Retardée par l’arrivée d’équipements depuis la Chine, son usine pilote s’apprête à démarrer. Mais avant la grande unité prévue à l’horizon 2028, l’entreprise doit franchir l’étape qui décidera de tout : convaincre les industriels de la batterie que le produit marocain peut entrer dans leurs chaînes d’approvisionnement. Voici tout ce qu'il faut savoir sur ce grand pari industriel pour le Maroc.

Industrie : à Jorf Lasfar, Falcon veut produire le graphite qui manque au Maroc
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Le 10 juin 2026 à 18h26 | Modifié 10 juin 2026 à 19h01

L’essentiel :

  • Le lancement de la production de l'usine pilote de Falcon Energy Materials à Jorf Lasfar est imminent, après un retard lié au transport maritime depuis la Chine.
  • L'usine pilote doit permettre de qualifier et de certifier le graphite marocain auprès des clients, étape préalable à la signature d'un contrat d'achat ferme (offtake) qui consolidera la décision finale d'investissement.
  • La grande usine, d'une capacité de 25.000 tonnes de graphite sphérique purifié et enrobé (CSPG) par an, devrait être mise en service entre fin 2027 et début 2028, pour un investissement de 86 millions de dollars.
  • L'implantation à proximité de Fluoralpha sécurise l'approvisionnement en acide fluorhydrique, intrant clé difficile à transporter, tandis que la révocation du permis de la mine de Lola en Guinée est compensée par une suroffre mondiale de graphite.
  • Au-delà du graphite, Falcon étudie l’extension de son modèle à d'autres minéraux critiques, dont le manganèse et le tungstène.

-oOo-

Les détails :

Parallèlement aux projets de fabrication de composants de batteries qui se multiplient dans le Royaume, l'usine d'anodes en graphite que Falcon Energy Materials développe à Jorf Lasfar revêt une valeur stratégique dans la chaîne de valeur des batteries que le Maroc est en train de bâtir.

Lors d'une présentation publique, le président-directeur général (PDG) de Falcon, Matthieu Bos, a fait le point sur l'état d'avancement du projet, dont la mise en production pourrait intervenir fin 2027 ou, au plus tard, début 2028.

Lancement imminent de l’usine pilote à Jorf Lasfar

Le lancement de la production de l'usine pilote de graphite sphérique purifié et enrobé (CSPG) de Falcon Energy Materials à Jorf Lasfar est imminent. Prévue initialement pour le quatrième trimestre 2025, la mise en service a subi un retard lié aux difficultés du transport maritime depuis la Chine, d'où provient la majeure partie des équipements.

Deux facteurs expliquent ce décalage. D'une part, les perturbations liées aux conflits au Moyen-Orient, qui ont désorganisé les routes maritimes. D'autre part, la saturation générale du fret international, qui a allongé les délais d'acheminement.

Ces obstacles sont désormais levés, car tous les équipements critiques sont installés sur le site, ce qui ouvre la voie à l'inauguration prochaine de l'usine pilote.

Au-delà de l'usine pilote, la compagnie prépare déjà la phase suivante. La construction d'une unité industrielle à grande échelle suppose un changement d'échelle de l'organisation elle-même. C'est précisément à quoi doit servir une partie des fonds levés en début d'année, destinée à renforcer substantiellement les équipes de Falcon.

L'usine pilote, sésame vers les contrats d'achat fermes

L'étape de l'usine pilote est stratégique. Elle permettra de qualifier, de certifier puis de commercialiser le graphite produit au Maroc. Une fois l'unité mise en service, les clients potentiels pourront tester la qualité du produit marocain pour leurs applications dans l'industrie des batteries.

L'étape suivante sera la signature d'un contrat d'achat ferme (offtake), qui viendra consolider la décision finale d'investissement (FID) pour la grande usine.

Dans ce processus de qualification, Falcon s'appuie sur le groupe chinois Shanshan, leader mondial des matériaux d'anodes. Le groupe intervient en assistance technique et commerciale pour aider Falcon à atteindre les seuils de qualification exigés par les clients.

Au-delà du contrat d'achat ferme, Falcon Energy Materials doit également sécuriser le foncier de sa grande usine. Deux options sont à l'étude, l’une à l’intérieur et l’autre à l’extérieur du parc industriel Park X, à Jorf Lasfar.

Viendront ensuite le bouclage du montage financier définitif et la décision de lancer la construction, dont la durée est estimée à 15 mois. Falcon espère finaliser ces deux étapes au second semestre 2026, pour un démarrage de la production au plus tard début 2028.

Le chantier lui-même ne présente pas de complexité particulière. Le site est très compact, avec une emprise de cinq à six hectares. Un seul grand bâtiment y sera érigé. Il abritera l'intégralité du procédé de fabrication, depuis le circuit de broyage jusqu'au circuit d'enrobage, en passant par la purification.

La construction de l’enveloppe extérieure du bâtiment constitue la première tâche. L'acheminement et l'installation des équipements forment la deuxième étape. Restera enfin la qualification finale du produit.

Proximité stratégique pour l'acide fluorhydrique, abondance rassurante pour le graphite

Le choix du foncier découle du partenariat commercial conclu entre Falcon et Fluoralpha pour la fourniture d'acide fluorhydrique (HF), un intrant essentiel à la purification du graphite. L'usine de Fluoralpha est actuellement en construction. Elle devrait approvisionner Falcon Energy Materials et, potentiellement, Tinci pour la fabrication de sels de lithium.

Comparé à d'autres acides, l’HF est extrêmement corrosif et très difficile à transporter. Le scénario optimal consiste à relier l'usine de Fluoralpha à celle des anodes par un pipeline. D'où la nécessité d'implanter le site au plus près de cette installation.

Les discussions commerciales se poursuivent entre les deux partenaires. Falcon espère aboutir à un prix équitable pour cet acide. La compagnie relativise toutefois l'enjeu. L’HF ne représente pas un poste majeur de coûts. L'ensemble des intrants chimiques – à savoir l'acide fluorhydrique, l'acide nitrique et l'acide chlorhydrique – pèse entre 20% et 30% des coûts de production.

Côté matière première, le projet reposait initialement sur un auto-approvisionnement depuis la mine de Lola, en Guinée. Conakry a depuis révoqué l'ensemble des permis miniers détenus par des opérateurs étrangers, privant Falcon de cet actif.

Ce revers ne devrait toutefois pas constituer un surcoût ni une source d'incertitude à court terme. Contrairement à d'autres métaux critiques, le prix du graphite n'a pas significativement bougé. De très grandes mines sont en activité en Afrique de l'Est et en Afrique australe, auxquelles s'ajoutent les nombreuses mines chinoises. Le marché est en situation de suroffre complète, souligne la direction.

Au-delà du graphite, d'autres minéraux critiques en ligne de mire

L'Europe reste géographiquement le débouché le plus proche. Mais le marché américain figure également parmi les cibles principales de Falcon. À terme, ce produit marocain permettra aux clients de réduire leurs frais logistiques par rapport à un approvisionnement depuis l'Asie.

La grande usine devrait être mise en service entre le quatrième trimestre 2027 et le premier trimestre 2028. Elle produira pour la première fois au Maroc du graphite sphérique purifié et enrobé (CSPG), utilisé dans les anodes de batteries. Sa capacité atteindra 25.000 tonnes par an.

Les paramètres économiques du projet sont jugés très attractifs par la direction. Le coût de production est estimé à 3.500 dollars la tonne. Le prix de vente moyen est attendu autour de 6.500 dollars, un niveau proche du prix spot actuel. La marge d’excédent brut d’exploitation (Ebitda) ressort ainsi à 3.000 dollars la tonne. Rapportée à une production de 25.000 tonnes, elle représente 75 millions de dollars d'Ebitda par an. Un rendement jugé remarquable au regard d'un investissement initial de 86 millions de dollars américains.

La présence de Falcon au Maroc ne devrait pas se limiter à la valorisation du graphite. D'autres projets, encore à un stade préliminaire, sont en cours de maturation.

La méthode mise au point par la compagnie au cours des quatre dernières années serait applicable à d'autres minéraux critiques. Falcon estime avoir beaucoup appris sur la manière d'opérer au Maroc et de s'associer avec des partenaires chinois, tout en levant des fonds sur les marchés de capitaux occidentaux.

D'autres métaux mineurs sont ainsi à l'étude. La compagnie vise les filières où les connaissances occidentales sur les schémas de procédé restent limitées. Le recours à un schéma de procédé chinois s'imposerait alors de nouveau, comme pour les anodes en graphite. Le manganèse et le tungstène font partie des pistes évoquées.

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Le 10 juin 2026 à 18h26

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