Incivilités : le CESE propose un plan national pour changer les comportements
Du trottoir aux stades, en passant par les services publics, l’institution présidée par Abdelkader Amara dresse un état des lieux sévère des usages de l’espace commun. Son avis, présenté le mercredi 10 juin, met en cause autant l’éducation, l’application des règles que la gestion de proximité.
Le Conseil économique, social et environnemental (CESE) a présenté, ce mercredi 10 juin 2026, son avis intitulé "Le comportement civique dans les espaces et lieux publics : vers le renforcement des valeurs de citoyenneté au service du développement durable". À cette occasion, il a dressé un état des lieux des comportements civiques au Maroc et mis en lumière les principales formes d’incivilité observées dans l’espace public.
Présenté par le président du CESE, Abdelkader Amara, puis détaillé par Abdessadek Saïdi, président de la commission de la régionalisation avancée et du développement rural et territorial, l’avis part d’un constat : le comportement civique constitue un indicateur de la qualité du vivre-ensemble et du degré de maturité des relations entre les individus et la collectivité.
Un diagnostic sévère de l’espace public
Le Conseil relève toutefois la persistance de comportements jugés contraires aux exigences de la citoyenneté et à la préservation des biens collectifs. Ces incivilités prennent différentes formes, allant des atteintes à la propreté des espaces publics aux nuisances sonores, en passant par les insultes, les dégradations des équipements publics ou encore certains comportements dangereux sur la voie publique, pouvant parfois avoir des conséquences mortelles.
Les stades et infrastructures sportives ne sont pas épargnés. Le CESE souligne que ces espaces connaissent occasionnellement des débordements liés aux tensions et aux émotions générées par la compétition sportive.
Selon l’institution, ces comportements résultent d’un ensemble de facteurs psychologiques, sociaux, économiques et organisationnels. Ils sont également liés aux transformations des modes de socialisation, dans un contexte marqué par l’essor des outils numériques et la multiplication des sources d’influence qui façonnent les comportements individuels. Le Conseil évoque aussi le poids des inégalités sociales, des situations de vulnérabilité, ainsi que les limites observées dans l’application effective des règles et la gestion de proximité.
Cet avis a été élaboré selon une approche participative. Il est le fruit de larges débats menés au sein des différentes composantes du Conseil, ainsi que des conclusions des séances d’écoute organisées avec les principaux acteurs concernés.
À travers cet avis, le CESE cherche ainsi à mieux comprendre les ressorts du civisme dans les espaces publics, en interrogeant à la fois les mécanismes de socialisation, l’efficacité des règles existantes et les pratiques observées au quotidien.
Concernant les pistes d’action, Abdessadek Saïdi a présenté plusieurs recommandations visant à renforcer durablement le civisme dans les espaces publics.
Une charte nationale du civisme en ligne de mire
Le CESE préconise notamment le lancement d’un projet national intégré de promotion du civisme, fondé sur une approche participative et décliné aux niveaux national et territorial. Ce projet serait adossé à une charte nationale définissant les règles de comportement à respecter dans les espaces publics.
Le Conseil recommande également d’examiner l’opportunité d’élargir le champ d’intervention de la "Fondation Maroc 2030" afin qu’elle contribue à la mise en œuvre de ce projet, en coordination avec les différents acteurs concernés, notamment les associations de la société civile.
Sur le plan réglementaire, le CESE appelle à une application stricte des dispositions pénales relatives aux infractions et délits mineurs portant atteinte à l’ordre public et à la tranquillité publique, tout en veillant à la mise en œuvre effective des peines alternatives. Il recommande également l’instauration d’un cadre normatif unifié des sanctions administratives liées aux atteintes au civisme dans l’espace public, tenant compte des spécificités régionales et intégrant des mesures éducatives et réparatrices, notamment les travaux d’intérêt général.
L’institution plaide par ailleurs pour l’élaboration d’un code national de conduite civique dans les services publics, qui aurait pour objectif de clarifier les responsabilités des agents et des usagers, d’harmoniser les standards de qualité des prestations et de renforcer le rôle exemplaire des services publics dans la promotion du civisme et des principes de bonne gouvernance.
Le Conseil recommande également d’intégrer explicitement le développement des comportements civiques dans les curricula, programmes et manuels scolaires, dès le préscolaire et à tous les niveaux du système éducatif. Il insiste sur la nécessité de traduire ces orientations en pratiques concrètes à travers des approches pédagogiques adaptées et le renforcement des activités parascolaires.
Les stades aussi dans le viseur
Par ailleurs, le CESE a consacré un volet spécifique au civisme dans les manifestations sportives nationales et internationales. Soulignant l’importance de ces événements, il appelle à renforcer les comportements citoyens au sein des enceintes sportives afin de garantir des manifestations sûres, inclusives et de qualité, tout en faisant du sport un vecteur de cohésion sociale et de rayonnement du Royaume.
À cet effet, le Conseil recommande de promouvoir les valeurs de respect, de fair-play et de vivre-ensemble auprès des publics, de renforcer les dispositifs de prévention et de médiation dans et aux abords des stades, d’améliorer la sécurité, l’accessibilité et la gestion des infrastructures sportives, ainsi que de mobiliser les outils numériques pour anticiper les risques, optimiser la gestion des flux et renforcer la sécurisation des événements.
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