L'essentiel
– Malgré la hausse des dividendes distribués au titre de l’exercice 2025, le rendement moyen de la Bourse de Casablanca reste limité à près de 2,6%, en dessous du rendement du BDT à 5 ans. Ce recul du D/Y s’explique surtout par la forte progression des cours et de la capitalisation boursière, qui compresse mécaniquement les rendements.
– Le dividende ne suffit plus à lui seul pour lire l’attractivité d’une valeur. Les investisseurs regardent désormais davantage le rendement total, qui combine dividende, potentiel de plus-value et croissance future des bénéfices. Une valeur peut donc rester recherchée malgré un rendement modeste, si le marché anticipe une progression durable de ses résultats.
– La hausse de la masse des dividendes reste en partie portée par quelques grands contributeurs, notamment Maroc Telecom, qui explique à lui seul 43% de l’augmentation globale. Cela montre que l’amélioration des dividendes distribués ne se traduit pas automatiquement par un rendement élevé sur l’ensemble du marché.
– Avec un PER de marché autour de 21,5x les bénéfices attendus en 2026, la Bourse de Casablanca se traite sur des niveaux qui imposent davantage de sélectivité. Le stock picking devient central, car tous les secteurs ne justifient pas leurs multiples de la même manière.
— Les écarts de valorisation sont importants. Les banques restent sur des multiples plus modérés, avec un PER 2026E de 12,0x pour le secteur, tandis que les mines se traitent sur des niveaux beaucoup plus élevés, autour de 82,6x, portées par les anticipations sur les métaux, les volumes et les projets industriels.
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Les détails
Le marché boursier marocain a pratiquement effacé ses pertes durant le mois d’avril, après avoir affiché un recul de près de 13% depuis le début de l’année au 3 mars 2026. Une correction que plusieurs analystes jugent aujourd’hui "excessive au regard des fondamentaux du marché".
Durant cette phase de baisse, plusieurs secteurs commençaient justement à apparaître comme des points d’entrée intéressants. Les analystes d’AGR avaient d’ailleurs recommandé certains compartiments comme les banques, le BTP, la santé, le ciment ou encore les ports. Car dans ce type de correction, une partie des investisseurs cherche aussi à se repositionner sur des dossiers capables de bénéficier ensuite d’un mouvement de revalorisation.
Pourtant, malgré le rebond du marché et la hausse des dividendes distribués, le rendement moyen de la Bourse de Casablanca reste relativement faible. Aujourd’hui, le dividend yield (D/Y) moyen du marché tourne autour de 2,6%, soit un niveau inférieur au rendement du BDT à 5 ans.
Dans le même temps, les dividendes annoncés en 2026 au titre de l’exercice 2025 ont fortement progressé, avec davantage d’entreprises cotées distributrices et un taux de distribution global dépassant les 54%. Il faut également rappeler que le taux de retenue à la source sur les dividendes a été ramené à 12,5% en 2025, avant une poursuite graduelle de la baisse à 11,25% en 2026 puis à 10% en 2027.
À première vue, cela peut sembler paradoxal. Les dividendes augmentent, alors que le rendement moyen du marché continue de reculer. Dès lors, comment expliquer cette situation ? Pourquoi certaines valeurs continuent-elles de progresser malgré des rendements parfois modestes ? Le marché accorde-t-il désormais davantage de poids à la croissance future des bénéfices qu’au rendement immédiat ? Cette logique est-elle en train de redessiner les arbitrages entre valeurs de rendement et valeurs de croissance à la Bourse de Casablanca ?
Source: medias24.com
Un marché qui privilégie la croissance au rendement immédiat
Le premier paradoxe tient au comportement même du rendement. En 2026, les sociétés cotées ayant déjà communiqué leur dividende devraient distribuer 25,2 MMDH au titre de l’exercice 2025, soit une hausse de 26% à périmètre constant. Le mouvement est assez large puisque 42 sociétés ont relevé leur dividende par action, contre seulement 3 qui l’ont abaissé, tandis que 10 l’ont maintenu stable. Le taux de distribution global ressort, lui, à 54,2%. Autrement dit, les entreprises cotées distribuent davantage et l’effort de rémunération des actionnaires reste significatif.
Pourtant, le rendement moyen du marché reste limité à 2,6%, un niveau inférieur au rendement du BDT à 5 ans, ressorti à 2,79%. L’écart est donc négatif de 23 points de base. Pour un investisseur qui compare uniquement le revenu immédiat, la question se pose naturellement. Pourquoi accepter le risque actions lorsque le rendement affiché devient inférieur à celui d’un placement obligataire de référence ?
"Il faut toutefois rappeler que le dividend yield ne résume pas à lui seul la performance recherchée en bourse. Selon la composition de son portefeuille, un investisseur peut chercher un revenu régulier à travers les dividendes, mais aussi une plus-value, réalisée ou latente, lorsque le cours de l’action progresse. C’est précisément ce qui change la lecture du marché. Une valeur peut afficher un rendement modeste et rester attractive si les investisseurs estiment que ses bénéfices vont continuer à croître et que cette croissance peut se traduire, à terme, par une hausse du cours", explique un analyste de la place.
La réponse se trouve donc dans la mécanique même du dividend yield. Le rendement ne dépend pas seulement du dividende versé. Il dépend aussi du cours de bourse. Quand le prix des actions augmente plus vite que les dividendes, le rendement baisse mécaniquement. Une société peut ainsi distribuer davantage à ses actionnaires tout en affichant un rendement plus faible, simplement parce que son cours a fortement progressé.
AGR relève d’ailleurs que "la capitalisation de la Bourse de Casablanca a augmenté de 70% depuis 2023. Cette hausse comprime mécaniquement le rendement moyen du marché. Le dividende progresse, mais la base sur laquelle il est rapporté, c’est-à-dire la valeur boursière des sociétés, a progressé encore plus vite. Le D/Y faible ne signifie donc pas que les sociétés distribuent moins. Il traduit surtout un marché qui paie plus cher une partie des bénéfices futurs attendus".
C’est là que l’analyse devient intéressante. "La baisse du rendement moyen n’est pas seulement un sujet de dividende, c’est aussi un sujet de valorisation. Les investisseurs acceptent aujourd’hui, sur certains dossiers, de recevoir un rendement immédiat plus limité parce qu’ils anticipent une croissance plus forte des résultats, une amélioration des marges ou une revalorisation du titre. Dans ce cas, le dividende ne disparaît pas de l’analyse, mais il devient une composante du rendement total, à côté de la plus-value potentielle et de la dynamique bénéficiaire attendue", ajoute l’analyste de la place.
Il faut aussi tenir compte d’un autre élément. La hausse de la masse des dividendes est en partie tirée par quelques grands contributeurs. Maroc Telecom explique à lui seul 43% de l’augmentation de la masse globale, grâce au relèvement de son dividende par action de 1,43 DH en 2024 à 4 DH en 2025, soit un apport additionnel de 2,3 MMDH. Cette donnée montre que la progression globale des dividendes ne se traduit pas automatiquement par un rendement élevé sur l’ensemble du marché. Elle peut être portée par quelques poids lourds, pendant que d’autres valeurs voient leur rendement se réduire sous l’effet de la hausse de leur cours.
Le sujet n’est donc pas de dire que le rendement a baissé. Il reste un critère important, surtout pour les investisseurs qui recherchent des revenus réguliers. Le point central est ailleurs. À la Bourse de Casablanca, une partie du marché semble aujourd’hui accepter des rendements plus faibles lorsque les perspectives de croissance paraissent suffisamment solides. Le rendement immédiat reste regardé, mais il ne suffit plus toujours à expliquer les arbitrages des investisseurs.
Le rendement moyen de la Bourse de Casablanca reste limité à près de 2,6%, en dessous du rendement du BDT à 5 ans
La valorisation impose davantage de sélectivité
Avec une capitalisation qui dépasse désormais les 1.080 MMDH et un PER de marché autour de 21,5x, la Bourse de Casablanca se traite sur des niveaux qui exigent plus de sélectivité. Il faut surtout regarder quels secteurs peuvent encore justifier leurs multiples par la progression attendue des bénéfices, et lesquels intègrent déjà beaucoup d’anticipations dans les cours. C’est là que le stock picking devient central.
Cette lecture devient d’autant plus importante que les écarts de valorisation sont très larges. Le secteur bancaire, par exemple, ressort à un PER 2026E de 12,0x, bien inférieur à la moyenne du marché. Des valeurs comme BCP, CIH, Crédit du Maroc ou Attijariwafa bank se traitent respectivement à 9,3x, 10,5x, 11,9x et 13,2x les bénéfices attendus en 2026. Ici, le marché paie une croissance plus régulière, liée à l’évolution du PNB, au coût du risque et à la rentabilité des fonds propres. Ce ne sont pas les multiples les plus élevés de la cote, mais ce sont des dossiers où la visibilité des résultats peut continuer à peser dans les arbitrages.
À l’inverse, les mines se situent sur des niveaux beaucoup plus exigeants, avec un PER 2026E de 82,6x pour le secteur. Managem et SMI ressortent toutes les deux autour de 85x les bénéfices attendus. Ces multiples montrent que le marché ne regarde plus seulement les résultats déjà publiés, mais anticipe une poursuite de la dynamique portée par les métaux, les volumes et les projets industriels. Ce type de valorisation peut se défendre si la croissance suit, mais il laisse beaucoup moins de place à la déception.
Le BTP et les infrastructures offrent une lecture intermédiaire. Le secteur construction, matériaux et infrastructure ressort à 24,8x les bénéfices attendus en 2026. Dans ce compartiment, TGCC se traite à 29,8x et SGTM à 34x. Le marché paie ici des carnets de commandes, un cycle d’investissement favorable et une capacité d’exécution. Là aussi, le niveau du multiple suppose que les sociétés continuent à transformer leur activité en résultats.
La santé reste également un secteur à regarder valeur par valeur. Akdital ressort à 26,4x les bénéfices 2026E, tandis que Vicenne se traite à 29,9x. Ces niveaux restent élevés, mais plus lisibles que d’autres segments très tendus, à condition que la croissance des capacités, le taux d’occupation et la rentabilité opérationnelle suivent. Le marché accepte de payer la croissance, mais il attend désormais des preuves dans les chiffres.
