Bank Al-Maghrib a décidé, lors de son premier Conseil de l’année 2026, de maintenir son taux directeur inchangé à 2,25%. Dans ce contexte, quelle a été la réaction du marché face à cette décision ?
Nous avons contacté plusieurs sources de marché, dont des analystes et investisseurs, pour sonder leurs réactions. Et le résultat a été unanime : "Le statu quo de Bank Al-Maghrib a été largement anticipé et il n’y a aucune surprise dans cette décision".
Une décision largement anticipée, accueillie sans surprise par le marché
Plusieurs opérateurs de la place expliquent que cette décision était déjà intégrée dans les scénarios de marché, compte tenu à la fois de la détente inflationniste observée en début d’année et des incertitudes persistantes sur le plan international.
"Bank Al-Maghrib a choisi la prudence et de suivre l’évolution de la situation économique étape par étape. Sa décision est bien orientée. Déjà, il n’y a aucune urgence pour baisser son taux, ce scénario étant devenu un peu éloigné dans le contexte actuel. Je trouve que la politique actuelle est adaptée, le temps de bien continuer sa transmission complète vers l'économie", estime un analyste de la place.
"Le contexte macroéconomique de notre Royaume est bien favorable, mais le facteur géopolitique (la guerre entre Israël, les États-Unis et l’Iran) impose la prudence. C’est de l’incertitude. Le prix du pétrole augmente et il faut anticiper l’avenir. Ce facteur énergétique est très important, il touche l’économie marocaine dans son ensemble à travers plusieurs canaux de transmission", estime l’un de nos interlocuteurs.
"Même si l’inflation a nettement reculé et est maîtrisée au niveau domestique, le principal risque aujourd’hui reste celui d’une inflation importée. Le Maroc demeure exposé aux chocs externes, notamment via l’énergie. Une hausse des prix du pétrole se transmet rapidement à l’économie à travers les coûts d’importation, les charges des entreprises et les prix à la consommation. Dans ce contexte, Bank Al-Maghrib n’a pas intérêt à agir trop tôt, car l’incertitude internationale reste élevée et pourrait inverser rapidement la tendance", estime un autre interlocuteur.
"En maintenant son taux directeur, la Banque centrale indique qu’elle ne considère pas que les conditions sont encore réunies pour enclencher une baisse des taux, malgré la détente de l’inflation", ajoute-t-il.
"Ce n’est pas une surprise. Le marché était clairement positionné sur un maintien du taux directeur. Dans le contexte actuel, Bank Al-Maghrib n’avait pas intérêt à bouger trop vite", confie un analyste d’une société de bourse.
D’ailleurs, pour de nombreux professionnels, la décision reflète avant tout une logique de prudence. "La désinflation est là, mais elle reste fragile. Avec les tensions géopolitiques et les incertitudes sur les prix de l’énergie, il était plus cohérent de temporiser que d’enclencher une baisse des taux", explique un gérant d’actifs.
Or, au-delà de la décision elle-même, c’est le message envoyé par la Banque centrale qui retient l’attention. "Bank Al-Maghrib montre qu’elle reste focalisée sur la stabilité et qu’elle ne réagit pas uniquement aux données de court terme. C’est un signal de crédibilité important pour le marché".
Dans ce contexte, les acteurs du marché estiment que la Banque centrale conserve une approche équilibrée entre soutien à l’activité et maîtrise des risques. "Pour 2026, parler d’une baisse des taux reste peu probable. La priorité aujourd’hui, c’est de garder de la visibilité dans un environnement encore incertain", ajoute une source du marché.
Ainsi, plus qu’un signal d’orientation, cette décision est perçue comme une confirmation de la trajectoire actuelle de la politique monétaire. "On n’est pas encore dans un cycle de baisse. Le marché reste en attente de signaux plus clairs avant d’anticiper un changement de cap", conclut l'un de nos interlocuteurs.
Le statu quo de Bank Al-Maghrib a été largement anticipé et il n’y a aucune surprise dans cette décision
Un consensus quasi total du marché en faveur du statu quo selon BKGR
Il faut savoir que le sondage réalisé par BKGR auprès des investisseurs institutionnels a fait ressortir un signal particulièrement clair. En effet, il y a eu un alignement quasi total des anticipations autour d’un maintien du taux directeur à 2,25%. Ainsi, 100% des participants anticipaient un statu quo lors du Conseil de mars, ce qui montre un niveau de visibilité rarement observé sur une décision de politique monétaire.
D’ailleurs, ce consensus ne se limite pas à l’échéance immédiate. Il s’étend à l’ensemble de l’année, puisque 86% des répondants n’anticipent aucune baisse des taux en 2026, tandis qu’une minorité évoque au maximum un ajustement limité à une seule baisse.
Dans le même sens, les investisseurs portent un jugement très homogène sur l’orientation actuelle de Bank Al-Maghrib. L’ensemble des répondants considère que la politique monétaire actuelle est adaptée, ce qui confirme une lecture globalement rassurée de l’équilibre macroéconomique.
Pourtant, ce consensus ne traduit pas une attente d’assouplissement monétaire, bien au contraire. Malgré le recul marqué de l’inflation en début d’année, les investisseurs ne plaident pas pour une baisse des taux à court terme.
Ainsi, même à horizon fin 2026, la majorité des anticipations converge vers un maintien du taux directeur à son niveau actuel, avec 71% des sondés qui le projettent à 2,25%, contre 29% qui envisagent un léger ajustement à 2%.
Facteurs mis en avant par Bank Al-Maghrib
La Banque centrale explique que cette décision est liée à plusieurs facteurs. En effet, l’institution met en avant la poursuite d’une dynamique économique favorable au niveau national, avec une croissance attendue en amélioration, portée notamment par le rebond de l’activité agricole et la solidité des secteurs non agricoles. Par ailleurs, l’inflation évolue à des niveaux bas, autour de 0,8% en 2026, après le repli des prix des produits alimentaires et des carburants.
Or, malgré cette détente, Bank Al-Maghrib souligne que les pressions inflationnistes pourraient réapparaître à moyen terme, notamment sous l’effet de la hausse attendue des prix du pétrole. Cette évolution s’inscrit dans un contexte international marqué par une forte incertitude, accentuée par les tensions géopolitiques au Moyen-Orient, qui pèsent déjà sur les marchés des matières premières, en particulier ceux de l’énergie.
Néanmoins, la Banque centrale insiste également sur les risques liés à l’environnement externe, notamment à travers le canal des comptes extérieurs et le renchérissement potentiel de la facture énergétique. Dans ce sens, le prix du Brent devrait s’établir autour de 78,9 dollars le baril en 2026, ce qui pourrait se traduire par une hausse des coûts d’importation et, in fine, par des tensions inflationnistes importées.
Par ailleurs, Bank Al-Maghrib prend également en compte la transmission des précédentes baisses de taux, estimant que leurs effets continuent de se diffuser dans l’économie, notamment à travers les conditions de financement. De même, les anticipations d’inflation restent globalement maîtrisées, ce qui conforte l’orientation actuelle de la politique monétaire.
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